Ils sont trois à avoir été annoncé.e.s pour un meeting de lancement de campagne électorale. Trois députés qui peuvent paraître jeunes au regard de la moyenne d’âge du Parlement français. Tout comme la tête de gondole du parti, ils incarnent cette nouvelle génération de politiciens « patriotes » qui, à contrairement aux fondateurs du parti, seraient lavés de tout soupçons fascisants. La "dédiabolisation" médiatique du Rassemblement national passe ainsi par ce genre de profil. Penchons nous un peu sur ces trois députés annoncés à Villeurbanne : Julien Odoul, Tiffany Joncour et Edwige Diaz.
Julien Odoul
Commençons par celui qui tient le bon rôle, celui qui a la belle gueule et qui ne semble pas être de la pire extraction. Julien Odoul ne paraît pas être le plus dangereux du trio tant il plaît à se pavaner dans les médias et adopter une posture de victime ou de défense des victimes. Il est vrai qu’à 40 ans, le porte-parole du RN ne peut se voir accuser de traîner un historique particulièrement fascisant. Ce parisien formé aux études historiques semble avoir longtemps cherché un débouché à ses ambitions et atouts : une belle gueule, une rhétorique affûtée et une maîtrise de la science historique fort utile à tout politicien. Il sait que pour exister politiquement, il faut incarner « la rupture » ; il faut aussi avoir du flair, sentir quand le vent tourne. Pas facile me direz-vous. En 2005, le jeune Julien a choisi de suivre l’aventure Fabius à la gauche du PS en opposition au projet constitutionnel européen. Le néo-libéralisme sur de lui et destructeur ne alors fait plus vraiment recette aussi bien sur les bancs des amphis que dans les cafés du pays. Cependant, il a de beaux jours devant lui au sein du Parti socialiste.
Dès lors, l’échec de ce courant (22% au congrès du Mans de 2005) qui amène Mélenchon et d’autres à fonder le parti de gauche en 2008 pousse le jeune Odoul à entamer un mouvement vers une droite dont les divisions semblent se limiter à une compétition entre personnalités. Il rejoint tout d’abord le Nouveau Centre d’Hervé Morin (ministre des armées, toujours disposées à financer des historiens complaisants) alors qu’il fait ses armes en tant que conseiller d’un fin politicien et figure de la droite francilienne, André Santini (maire d’Issy les Moulineaux depuis 1980 et à la tête du syndicat des eaux d’île de France depuis 1983). Alors que le PS remplace l’UMP à la tête de l’État en 2012, Odoul décide de rejoindre l’UDI, mais sent rapidement que le centre a peu de chance de lui offrir une carrière (1,60% aux législatives). C’est sans doute le vieux Santini qui a du lui apprendre nombre de tours en politique, notamment l’importance du clivage. Mais attention, ce clivage doit reposer sur du solide ! En 2012-2014, le point de clivage semble bien se concrétiser autour d’un sujet particulier : l’islam. De l’Égypte (courte prise du pouvoir des frères musulmans) à la Syrie (affaiblissement de la révolution citoyenne et montée en puissance des groupes islamistes), de l’Irak (ascension de l’EI) au Mali (coup d’État militaire et intervention française face aux djihadistes), en passant par Gaza (renforcement du Hamas malgré le conflit de l’été 2014) et le Nigéria (insurrection de Boko Haram), les islamistes semblent fournir une incarnation parfaite de l’ennemi contre lequel Odoul (et ceux qui financent son bouquin) pourra se dresser. Repli raciste et islamophobe, discrédit des « partis de gouvernement », le résultat des élections municipales de 2014 achèvent de convaincre le jeune historien de miser sur la fascisation du pays. Il se place dans la foulée de Hollande qui met Valls à Matignon et de Bolloré qui engage la restructuration du groupe Canal+. Du côté du FN, l’heure est à la « dédiabolisation », autant dire que le profil du jeune homme intéresse au plus au point l’héritière du borgne.
Est-ce son travail mené sur l’armée quatre années durant qui l’a amené à se rapprocher du parti fasciste ? Son ouvrage consacré au Conseil supérieur de la fonction militaire traduit un intérêt, voire une certaine admiration pour l’armée, qu’il évoque comme "miroir du peuple". Cet ouvrage, il l’a présenté à Hollande et au ministre des ventes d’armes en 2013, un moment fort je suppose, mais sans lendemain. Car être un lettré, cela ne nourrit pas son homme. On le rappelle : son entrée au FN en 2014 correspond à la bascule militariste et autoritaire de l’État français en 2014-2015. Odoul a du flair. Ainsi, lorsque la terrible année 2015 plonge le pays dans une psychose raciste et xénophobe, le FN lui offre un premier mandat, ainsi qu’une petite rente au parlement européen (56 000 euros en 10 mois). Une fois le pied dans la porte, le disciple de Santini et protégé de Marine Le Pen est lancé. Le macronisme se chargera du reste pour faire décoller sa carrière d’élu incarnant une extrême-droite « sociale », « patriote » et « anti-système ».
On constate donc bien qu’Odoul n’est pas directement sorti du creuset fasciste de l’extrême droite mais qu’il a navigué dans des espaces autrement plus feutrés et acceptables. Il est d’ailleurs considéré comme étant une « prise de guerre » du FN-RN, ce qui fait de lui un élément particulièrement dangereux, et ce pour plusieurs raisons. Sa formation intellectuelle et politicienne est bien supérieure à la plupart de ses acolytes du RN, ce qui fait de lui un adversaire à ne pas sous-estimer. Mais ce qui doit nous inquiéter concerne la position particulière qu’il occupe au sein de son parti. En effet, ce transfuge au passé plutôt « clean » (tout est relatif) a de nombreux ennemis au sein de l’extrême-droite française. De fait, Odoul se doit d’afficher une certaine radicalité, notamment en ces temps d’accélération fascisante.
La dédiabolisation appartenant au passé, il doit taper fort et taper dur. C’est sans doute ce qui explique la froideur, la cruauté et le outrances par lesquelles il s’est rendu célèbre. On se rappelle de l’agression d’une mère de famille accompagnant la classe de sa fille au conseil général de Bourgogne, des remarques déplacées relatives au sort fait aux Gazaouis, de ses capacités à plaisanter sur le suicide d’un agriculteur et, plus récemment, de polémiquer autour des cérémonies du 13 novembre. La liste est si longue qu’on croirait du sarkozisme : un coup d’éclat qui vient chasser une polémique avant d’envoyer une punchline bien clivante.
Ce produit du centrisme francilien semble vivre de son alliance (de circonstance ?) avec les affreux nazillons de son parti ; faut-il rappeler que son tout premier fait d’arme au sein du FN est relatif à un emploi fictif ? Il ne s’est d’ailleurs pas gêné de ranger son fusil lorsque les pétainistes se faisaient pendre sur la place publique suite à une messe en l’honneur de Pétain, ce qui lui a valu un violent retour de bâton de la part de la fachosphère. Mais il s’en fiche, son terrain d’élection, c’est avant tout le département de l’Yonne et les plateaux télé. Ce jeu d’équilibriste entre rupture, polémique et normalisation lui ont plutôt réussi électoralement et font de lui un danger aussi bien au sein de son parti que pour l’ensemble de la société.
En tant que communiquant et porte-parole du RN, le recours régulier au mensonge est particulièrement avéré chez Odoul, qui semble en abuser. Cette figure de l’intellectuel frustré au lointain passé "socialiste", retourné par l’extrême-droite avant de devenir maître de la propagande fasciste est presque archétypale. On pense à Goebbels bien sur, mais aussi à Mussolini ou, plus récemment, à Robert Ménard et à toute la bande du printemps républicain. À la manière de Zemmour ou Charlie Kirk, ces individus pourrissent profondément et volontairement le débat public, incarnant le fer de lance d’une société de la post-vérité qui leur ouvre des portes et remplit leur compte en banque. S’appuyant sur leur maîtrise du discours et des concepts de la gauche qu’ils ont digéré à un moment de leur lointaine formation intellectuelle, ces petits propagandistes possèdent un avantage certain face à la médiocrité du personnel journalistique et politique qu’ils fréquentent.
Le 7 décembre on peut compter sur Julien Odoul pour être celui qui jouera la victime et qui s’attaquera à la mobilisation antifasciste, qu’il qualifiera surement de manœuvre antidémocratique. On pourra aussi s’attendre à des outrances zemmouristes associant Villeurbanne à une commune où prospère l’insécurité, la vache à lait de la propagande du RN. À nous de lui montrer qu’il n’en est rien et que ce qui prospère à Villeurbanne, c’est le vivre ensemble, la solidarité, le brassage heureux des cultures sous la protection d’une longue tradition antifasciste. Combattre Odoul c’est réaffirmer le besoin de se débarrasser de ces petits politiciens ambitieux qui ne vivent que sur la manipulation des électeurs et profitent des trop nombreuses failles de ce système politique agonisant ; c’est aussi réaffirmer la nocivité que constitue le RN pour la société en ce qu’il permet à des menteurs pathologiques de prospérer en bâtisseurs d’un régime de la post-vérité ; il s’agit également de rappeler les complicités de nombreux médias qui offrent bien trop d’espace à un individu condamné à un an d’inéligibilité et qui, à maintes reprises, utilise son temps d’antenne pour agresser et insulter de larges pans de la société. Oui, Odoul peut avoir une belle gueule, mais le danger qu’il représente pour la sphère publique et médiatique ne doit pas être traité à la légère.
Tiffany Joncour
La députée du Rhône et candidate à la métropole de Lyon a su, au fil des années, apprendre à se faire discrète et se construire une image bien lisse. C’est que, contrairement à Julien Odoul, elle n’a pas besoin d’afficher des outrances racistes pour se faire valider par la tendance la plus radicale de son parti, qu’elle aurait rejoint à 18 ans. Mais quand on brigue des mandats électoraux, il faut disposer d’une certaine image publique. Celle qui était auparavant habituée aux bas-fond du milieu identitaire lyonnais fréquente désormais le Palais Bourbon. Elle n’a pas tort de se faire discrète. Mais c’est sans compter sur le travail de veille journalistique menée par Médiacité, Streetpress, Mediapart ou encore Buzzfeed. En plus de son engagement précoce au sein du FN, la Lyonnaise est marié à Maxime Gaucher, une figure du hooliganisme néonazi et cadre de la mouvance identitaire lyonnaise.
Selon Streetpress, « Entre 2008 et 2016, il a été impliqué dans une dizaine d’affaires, alternant entre violences en réunion, menaces de mort, destructions de biens publics ou d’autrui, ou encore violences sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Outre ses activités de hooligan, il fait partie du noyau dur de Génération identitaire, connue pour ses provocations racistes et xénophobes. Tout comme son futur époux, Tiffany Jouncour s’est engagée dans le mouvement de la Manif pour tous. Ses relations avec les éléments les plus radicaux du milieu identitaire lyonnais sont désormais bien documentés, mais assez peu reprises par les grands médias locaux ou nationaux, qu’elle se garde bien de fréquenter. Elle incarne effectivement l’autre forme de « dédiabolisation » du parti fasciste, à savoir un effort pour gommer toute forme de radicalité fasciste et se donner une image lisse. Il convient donc de rappeler que le profil de n’importe quel candidat doit être transparent.
Avec sa figure de mère en croisade contre l’insécurité, Tiffany Joncour est le cheval de Troie d’une mouvance responsable de l’insécurité qui gangrène Lyon depuis bien trop longtemps. Cette personne représente un danger direct pour de nombreuses personnes qui, encore aujourd’hui, ne peuvent pas circuler en sécurité dans certains quartiers lyonnais. Et que dire de ses votes à l’AN ? Ils sont ceux d’un petit soldat frontiste. Elle fait partie des 27 députés du RN ayant voté contre l’inscription du consentement dans la définition pénale du viol. Elle a également voté pour la loi Duplomb sur l’agriculture et pour la suppression du droit du sol à Mayotte. Membre de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation, elle s’est fait discrète durant l’étude du scandale de Betharam. Mais dans ses valises, elle a amené et salarié à Paris Tim Bouzon (chef des jeunes du RN dans le Rhône et candidat à Décines-Charpieu) et Florian Patard (référent du RN à Lyon). Ainsi, de simples militants fascistes ont désormais accès aux lieux de pouvoir du pays. Ce qu’elle voudrait imposer comme une normalité, nous devons le dénoncer comme une dangereuse dérive qui, à terme, risque de condamner la pratique parlementaire. Car ces individus ne croient ni en la démocratie, ni en l’État de droit. Il suffit de rappeler la campagne d’influence illicite pendant les législatives, où des fausses affiches instrumentalisant un fait divers crapuleux ont été placardées dans toute la circonscription, calomniant le candidat du NFP.
Cachés derrière la figure de cette « mère modèle », le vrai visage de ces militants est celui de pratiques politiques autoritaires, de la haine et de la violence que Génération identitaire a incarné en son temps. Joucour et la bande de Lyonnais qui l’accompagne représente les vrais durs, échaudés à la confrontation et qui ne cherchent pas seulement à capter de l’argent public mais portent un projet d’épuration violente qui viserait en particulier la population de Villeurbanne.
Edwige Diaz
Contrairement à Tiffany Joncour, elle n’a d’affiliations néonazies à démentir dans les médias - quoi que… Donc elle y va, avec le culot qui caractérise cette génération de politiciens frontistes. Vu qu’on arrive à la fin de l’article, on va aller vite sur le CV. Ancienne sarkozyste, passée rapidement par l’UMP, elle rejoint le FN en 2014 et, comme Julien Odoul, elle obtient son premier mandat aux régionales de 2015 puis ne cessera de grimper dans l’organigrame du parti (elle est vice-présidente du parti depuis 2022).
Edwige Diaz semble sortie de nulle part, simple politicienne néophyte s’étant sentie trompée (comme beaucoup de racistes) par Sarkozy en 2007. Elle incarne bien cette France étriquée, xénophobe et repliée sur elle-même. Contrairement au mercenaire Odoul ou à l’identitaire Joncour, Diaz peut faire figure de madame tout le monde, la Française moyenne, bien rurale, bien blonde comme sa cheffe. Bon évidemment si on cherche un peu comme l’a fait le Pavé Brulant de Bordeaux, on trouve rapidement de nombreuses accointances ouvertement fascistes. Un conseiller de ses conseillers parlementaires, Jordi Vives Carceller, était un identitaire, ancien proche du GUD et ex-membre de la Ligue du Midi, groupuscule régionaliste violent qui s’est notamment illustré par le saccage de centres d’accueil pour réfugiés.
En tant que vice-présidente du RN, Diaz a su se montrer à la hauteur de son parti quand l’opportunité de siphonner de l’argent public s’est présentée. Ainsi, la baronne du RN dans la région Nouvelle-Aquitaine a couvert une quantité de frais de déplacement de ses petits soldats (dont un seul a pu être élu) : ils ont essayé de se faire rembourser plus de 73000 euros, sans fournir de justificatifs. Tout cela pour rappeler que le RN ce n’est pas seulement une couverture pour fascistes mais aussi une entreprise de prédation qui s’efforce, plus que tout autre parti, de se gaver d’argent public et, au passage, plumer ses militants.
Les votes de la baronne du RN en Aquitaine montrent bien l’ambiguïté du RN dans sa relation au « peuple ». Si certaines mesures sociales médiatisées et bloquées par les députés macronistes sont votées (repas à 1 euro pour les étudiants), on constate que Diaz veille aux intérêts de la bourgeoisie (il serait malvenu de voter contre les intérêts de son électorat). Ainsi, elle a voté contre l’augmentation du SMIC à 1500 euros net, l’augmentation de la progressivité de l’impôt sur le revenu, l’instauration d’une contribution différentielle sur les hauts revenus ou encore la modulation de l’assurance chômage en fonction de la conjoncture économique. Elle s’est prononcé en faveur de l’interdiction aux salariés en CDD qui refusent un CDI de toucher une allocation chômage, de l’augmentation de l’abattement sur les successions et donations et la modification du corps électoral en Nouvelle-Calédonie.
On se demande d’ailleurs si Diaz enverra un arrêt maladie à l’AN afin de disposer du temps nécessaire pour profiter de la fête des lumières. Diaz a un côté Trump : son incompetence et sa mauvaise foi font partie intégrante du personnage et de sa technique de séduction de l’électorat. Mais le danger réside également dans ce qui a fait sa réussite : un travail militant acharné et régulier mené depuis maintenant dix ans au contact de l’électorat. Cette capacité à s’investir localement, à recruter et à former des militants pas forcément issus des milieux d’extrême-droite nous rappelle l’importance de tenir tous les espaces qui échappent encore aux milliardaires d’extrême droite et à un État qui se fascise un peu plus chaque jour.
En route vers le pire ?
Sans la diffusion de discours de haine et d’exclusion, de nombreux crimes et génocides n’auraient pu prendre place, qu’il s’agisse de la rhétorique antisémite produite par l’extrême droite française et russe puis développée par les nazis, de la diffusion de la haine anti tutsi par la Radio-milles-colines au Rwanda ou de la culture de la ségrégation et de la colonisation développée aussi bien aux États-unis, dans les empires coloniaux qu’en Israël. C’est parce qu’on a laissé parler et agir des individus aux idées haineuses et criminelles que tant de populations se retrouvent endeuillées et traumatisées. Depuis des mois, Julien Odoul s’illustre par une défense acharnée du narratif génocidaire israëlien. Il ment, attaque, insulte à tout va affichant un mépris ahurissant pour les vies humaines des Palestiniens. Et tout cela sous les yeux de l’Arcom. Odoul et de ses collègues du conseil général de Bourgogne-Franche-Comté ont d’ailleurs été signalés à la CPI. Pour aller plus loin, je vous invite à consulter cet article qui rapporte l’activité violente du RN : Agressions, meurtres, attentats : extrême-droite coupable, gouvernement complice.
Un carriériste fascisant, un cheval de Troie des milieux identitaires lyonnais et une dangereuse politicienne. Voilà ce que le RN ramène à Villeurbanne ce 7 décembre.






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