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Une répression qui s’emballe : récit de mes 4 jours d’enfermement

Arrêté vendredi lors du rassemblement contre le squat néo-nazi dans le centre de Lyon, un camarade antifa a passé 4 jours en détention provisoire dans l’attente de son procès.

Le 2 juin 2017, un rassemblement antifasciste était appelé place des Jacobins à Lyon, par le groupe antifasciste de Lyon et relayé par le milieu militant de Lyon, des environs et de France.

Je me rendais donc au rassemblement avec du matériel militant afin d’alerter la population lyonnaise de l’installation d’un squat occupé par le GUD Lyon qui, d’après leur propagande, celui-ci serait réservé pour accueillir des SDF « français » donc comprendre SDF blancs, en plein centre ville proche de la place des Jacobins.

Pour alerter la population nous avions prévu plusieurs centaines de tracts qui se trouvaient dans le sac que je transportais, avec aussi un mégaphone afin de faire plusieurs prises de paroles, et pour le folklore et les photos des fumigènes et des pétards. Tout ce matériel se trouvait dans mon sac.

Je suis alors intercepté par les CRS pour un contrôle d’identité et une fouille de mon sac, 30m avant la place des Jacobins. J’ouvre mon sac et présente mes papiers d’identité. Mais voilà, première trouvaille des CRS qui les fait frémir : le mégaphone, les tracts et le drapeaux du groupe antifasciste de Lyon. S’en suit la découverte des pétards (une quinzaine) et d’un fumigène.

Je suis alors accompagné par les CRS vers un camion que nous connaissons sous le nom panier à salade, je comprends alors qu’on veut m’emmener en garde à vue. Je me fait donc interpeller alors que des nazillons me tournent autour, avec croix celtique en tatouage sur l’avant bras tranquille.

On me notifie que ma garde à vue commence pour « participation à une manifestation interdite ». Arrivé au commissariat Marius Berliet la procédure de garde à vue se met en place, avocat, médecin, déposition, emprunte et enfermement.

Mon premier interrogatoire a tourné à 80% autour du groupe antifasciste, comment sommes-nous organisés ? Y-a t’il des chefs ? Une hiérarchie ? Qui écrit les tracts ? Avons-nous des locaux ? Comment nous nous finançons le matériel militant qui était en ma possession ce jours là ?

Ensuite des questions sur les pétards : où est-ce que nous les achetons ? Et pourquoi j’avais ces pétards et fumigènes sur moi ? Puis retour au matériel militant, où ils bloquent sur un autocollant se trouvant sur le mégaphone représentant un policier recevant un cocktail molotov pendant la loi travail, avec marqué « PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX ». Ils me demandent qui les à fait et qu’est-ce que j’en pense.

Ensuite le policier m’accompagne à ma cellule et me dit « Bon, demain avant midi max tu es dehors je pense » Je savais pas que la machine allait s’emballer.

Le lendemain, après une nuit de merde dans les cellules de Marius, toujours pas de nouvelles, je ne prends pas mes repas car ça m’énervait d’être là pour rien et j’étais sûr de sortir avant midi.

Mais les heures passent sans nouvelles et le samedi à 17h l’OPJ vient me chercher ( ça fait 23h que je suis en garde à vue ) et me dit assis toi tu vas faire une visio conférence avec le procureur pour qu’il me notifie que ma garde à vue est prolongée de 24H pour être présenté en comparution immédiate mardi ( et oui j’ai pas de chance lundi est férié ).

Là je comprends pas et je lui dis « Juste pour une manifestation et quelques pétards ? » L’OPJ me dit c’est pas nous, faut assumer, les ordres viennent de plus haut, c’est POLITIQUE. Ensuite il me rajoute que les pétards sont considérés comme une arme (après qu’il ait fait une journée d’enquête chez des artificiers de Lyon pour confirmer leurs doutes) donc on me reproche maintenant « manifestation interdite avec armes ». Je signale donc au magistrat en visio-conférence que j’ai arrêté de m’alimenter et que je ferai une grève de la faim jusqu’à ce qu’on me libère.

Et c’est reparti pour une nuit à Marius Berliet.

Le lendemain, direction le palais de justice afin de savoir si je serais libéré entre le dimanche et le mardi ou alors écroué à la maison d’arrêt de Corbas.

Mon passage devant le procureur est tendu, je lui dis que cette arrestation est politique et qu’ils tentent d’effacer tout le contexte de mon arrestation. Sa réponse est que je suis « à coté de la plaque » et que je suis poursuivi seulement pour transport de matière explosive en l’occurrence des pétards polonais et un fumigène de bateaux et donc rien à voir avec la politique.

AH BON ? Alors pourquoi il a ordonné la destruction du mégaphone et du drapeau Antifasciste, ainsi que la saisie de plusieurs de nos tracts ?

Avant de passer devant la juge d’application des peines je lui fais savoir que je continuerai ma grève de la faim jusqu’à ma liberté, et il me répond en me disant que si j’essaye de faire pression j’ai vraiment rien compris.

Malheureusement, le passage devant la juge d’application des peines confirme leur acharnement à me voir tomber : je suis écroué à la maison d’arrêt de Corbas de dimanche à mardi jour de ma comparution immédiate sous le prétexte, « risque de récidive » en ayant pourtant toutes les garanties de représentations (travail, domicile).

Un passage en maison d’arrêt n’est pas facile car nous sommes pas en attente mais écroué comme tout ceux enfermés et on te laisse peu d’espoir sur une probable libération, y compris les surveillants, médecins, détenus… tout le monde te parle comme si tu allais rester plusieurs mois, tu prends ton package, ta cantine, j’avais aussi obtenu des rendez vous programmés avec la psy la semaine qui suivait et j’étais inscrit pour les activités culturelles, bref mentalement avant une comparution immédiate ça te détruit et en règle générale le peu que j’ai vu en deux jours et deux nuit là-bas c’est que la prison est une machine à détruire l’humain.

Mardi, jour de la comparution immédiate, mon avocat commis d’office (car mon avocat habituel n’était pas en France), me dit qu’il faut que j’accepte la comparution immédiate car le procureur veut mon maintien en détention.
Ayant pas mon avocat habituel et étant mentalement fatigué par les 48hde GAV et les deux jours à Corbas, j’accepte de me faire juger même si ce n’est pas forcément une bonne idée, mais dans ma tête à ce moment là je voulais juste sortir et rejoindre ma famille, mes ami-es et tout les militant-es venus par dizaines me soutenir au tribunal.
Alors, je renonce à me défendre politiquement n’ayant pas la force, pas le temps de préparer ma défense et pas mon avocat.
Me sentant me rabaisser, le procureur demande la levée de la détention mais demande quand même 3 à 5 mois de prison ferme.
Le délibéré est plutôt de mon coté, je suis reconnu coupable et je dois payer 100 jours d’amende à 12 euros soit 1200 euros avant les 100 jours qui suit le procès sinon retour en prison.

Je suis soulagé, je vais revoir tout le monde ce soir, un magnifique comité d’accueil m’attends à ma sortie de la maison d’arrêt de Corbas avec une très belle banderole.

Une pause bien méritée mais le combat continu, le lendemain j’apprends par mon avocat que le parquet a fait appel de la condamnation.
Je vous ferais savoir la suite.

Je tiens vraiment à remercier vous toutes et tous qui m’avez soutenu pendant ce week-end qui a dû être long pour vous aussi, ma famille très présente, et les potes et camarades de toute la France et de l’étranger aussi, merci à ceux et celles qui continuent à m’écrire pour savoir comment me soutenir financièrement et à ceux et celles qui ont prévus des initiatives comme des concerts de soutien.

Si vous souhaitez en savoir plus vous pouvez me contacter via les camarades du groupe antifascistes Lyon et environs sur Facebook.

La Lutte continue.

La solidarité est une arme.

P.-S.

Photos du soutien à Bordeaux et à Lyon.

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