ZAD urbaines, ZAD rurales

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Lyon 7e 1 complément

Résistances contre la dépossession urbaine et rurale, par des grands projets « inutiles », de quartiers, de territoires et de modes de vies, en passant par le lien existant entre toutes Zad, rurales de Roybons, Sivens, et urbaine du quartier de la Guillotière...

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Place Mazagran, aux allures de Dresde après les bombardements (photo de l’Achèvement)

Bref aperçu, textes et photos, extraits de chansons, d’une zone urbaine à défendre : la place Mazagran, un quartier de la Guillotière (Lyon 7e), où comme le disait le Maréchal Lyautey, lui qui savait "pacifier" les colonies françaises : Un chantier vaut un bataillon.

Où le quartier de la Guillotière est un rare cas, en France, où une population avait fait une pétition et mené une résistance contre la guerre faite aux familles Roms qui vivaient dans ce quartier populaire, pour qu’il le reste dans un projet urbain commun. C’est ici aussi un hommage restitué à cette population, où cette place populaire a été totalement détruite et transformée, excluant la population du projet, expulsant les populations pauvres du quartier : déclassement du quartier populaire en quartier gentrifié, où la place « Mazagran » est devenu le symbole d’une nouvelle colonisation par un dit grand projet "inutile" en centre ville.

Touche toponymique d’un lieu, place « Mazagran », nom d’une victoire coloniale en Algérie.

Texte collectif, de Guillotines-Guillontins

Zad urbaines, Zad rurales

Un chantier vaut un bataillon, disait le Maréchal Lyautey qui savait "pacifier" les colonies françaises.

Place Mazagran est une place populaire du quartier de la Guillotière, cette Zad urbaine a été détruite pour un grand projet inutile, refusé par les habitants du quartier. Ils avaient résisté et lutté pendant de nombreuses années, contre les expulsions de nombreuses familles pauvres, contre la destruction d’immeubles, contre la destruction des aménagements de la place par les habitants : —bancs, tables, barbecue, toilettes seiches-, contre la menace de la destruction d’un jardin, etc... (voir ci-dessous "baptisons ensemble la place « Mazagran » !").

Partout où tes pas te mènent (chanson punk de RDA, 1981)

Où que tes pas te mènent On contrôle ton identité Et à la moindre fausse note Tu sais ce qui peut arriver

Partout où ton regard se pose
Des caméras t’observent
Elles t’accompagnent pas à pas
Et la Sécurité t’emboîte le pas
Il faut que quelque chose se passe
Car qui peut rester sans rien faire
Est-ce que tu es né
Pour te laisser soumettre
N’est-ce pas un grand pays
Que celui où tous sont libres ?

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Ruines conservées de l’immeuble du 52 rue Montesquieu, après destruction par décision des élus du Grand Lyon, où vivaient des familles pauvres expulsées, pour en faire un petit bout d’espace vert orange aux allures de Dresde après les bombardements. (Photo de l’Achèvement)

“Baptisons” ensemble la place « Mazagran » !

Publié le 2 avril 2015
La place dite « Mazagran » n’a pas encore de nom officiel, et Mazagran est le nom d’une victoire coloniale française que nous n’avons pas envie de célébrer. Alors, habitantes et habitants de la Guillotière, trouvons ensemble un nom qui salue cette place à sa juste mesure !
Communiqué commun des Guillotins et du Crieur public de la Guillotière La Guillotière, 2 avril 2015
Considérant que la place dite « Mazagran » n’a pas encore de nom puisqu’elle n’est pas encore officiellement une place, avant l’inauguration prévue pour la fin du printemps ;
Considérant que « Mazagran » est le nom d’une bataille victorieuse de l’armée coloniale française sur celle du peuple algérien, en 1840, qu’il n’est pas de notre goût de célébrer ;
Considérant la dépense de 6 057 840 euros pour réaliser un espace vert d’environ 5 000 mètres carrés en période dite d’ « austérité » ;
Considérant, depuis 2011, déconcertante concertation menée par nos autorités mégalopolitaines, qui nous expliquèrent que nous pouvions proposer des idées autant que nous voulions, mais que c’est elles qui décidaient à la fin ;
Considérant, en 2011, l’éviction des adolescents qui venaient jouer au foot dans un « city-stade » qui a désormais fait place à une aire de jeux pour enfants orangée et bien rangée, dans laquelle on leur reproche de continuer de vouloir jouer ;
Considérant, en septembre 2011, destruction municipale des toilettes sèches que des habitants décidés avaient construites, après avoir vainement demandé pendant plusieurs années que la Municipalité en installe ;
Considérant, en septembre 2012, éviction des nombreuses familles populaires// qui vivaient là, dont certaines étaient hébergées de façon parfaitement légale ;
Considérant, en octobre 2012, menace de destruction d’un jardin aimé et partagé par le plus grand nombre, qui demeure aujourd’hui le seul espace sauvage et pour tout dire vivant de la place, et qui ne fut sauvé que parce que plus de 1000 habitants décidèrent de signer une pétition pour qu’il demeure ;
Considérant, au printemps 2014, la destruction mégalopolitaine d’un immeuble habitable qui aurait pu être réhabilité pour en faire du logement social ou de l’habitat collectif, tout ça, à grand renfort d’argent public (au moins 1 million d’euros) pour en faire un petit bout d’espace vert orange aux allures de Dresde après les bombardements ;
Considérant, en mai 2014, la destruction préfectorale d’un beau barbecue public déclaré soit-disant illégal alors que les feux sont autorisés à Lyon d’octobre à mai, par arrêté municipal ;
Considérant la demande de la police, dans le cadre du réaménagement de la place, de pouvoir contrôler l’ensemble de celle-ci en un regard en passant en patrouille en voiture, et donc le refus policier de tout muret ou bosquet touffu permettant à de potentiels suspects que nous sommes tous (mais les jeunes à casquette plus que d’autres), de se cacher ;
Considérant enfin, début 2015, la décision de l’État de ne plus considérer notre quartier comme « prioritaire » c’est à dire populaire, et donc d’y accorder moins de subventions, à cause de l’élévation du niveau de vie moyen des familles qui y résident, gentrification oblige ;
Nous invitons les Guillotinnes et les Guillotins à un grand référendum. Il s’agit de donner un nom à cette place, qui salue à sa juste mesure son histoire et l’histoire de celles et ceux qui l’ont faite, sa requalification stérilisatrice par les autorités publiques, mais aussi tout ce que nous avons encore envie d’y construire, ensemble.
Venez proposer le ou les noms de baptême qui transcrivent ce que vous inspire cette place !
Les noms pourront être déposés dans la boîte à cris de la place jusqu’au 9 avril prochain à 18 heures. L’ensemble des noms proposés sera remis, officiellement, à la mairie du 7e arrondissement par le Crieur public. Par ailleurs, lors de la criée du 9 avril, il sera procédé, par acclamation, à la désignation du meilleur nom retenu.
Venez y nombreuses et nombreux !“

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Center Parc Roybon Chambaran (38) : le défrichage commence

Après la mort de Rémi Fraisse, le ministère de l’intérieur a appelé les opposants à respecter «  l’État de droit ». L’État certes, mais de quel droit ? (La Parisienne Libérée).

Une grande abatteuse
Avance lentement son bras
C’est une tombe qu’elle creuse
Au beau milieu d’un bois
L’État, mais de quel droit ?

Le droit des bétonneurs
Et des élus repus ?
Le droit des assoiffeurs
Quand le maïs a bu ? [1]

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Photo Testet, l’« appel à soutiens suite à l’expulsion de la ZAD », le 7 mars 2015

Une grande abatteuse
Avance lentement son bras
C’est une tombe qu’elle creuse
Au beau milieu d’une place
L’État, mais de quel droit ? (...)

Dans le réel, au début
Il y avait une place vivante et habitée
Maintenant je ne vois plus
Qu’un terrain désolé

Les engins mécaniques
Viennent retourner la terre
Leur cliquetis cynique
Laboure un cimetière... [2]

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Destruction en cours de l’immeuble, du 52 rue Montesquieu et de la place Mazagran, dont des familles Roms, ont été expulsées pour ensuite être livrées à la rue par les forces de l’ordre, (Photo de l’Achèvement)

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Place Mazagran devant le 52 rue Montesquieu : par décision de l’Etat notre quartier ne sera plus considéré comme « prioritaire » c’est à dire populaire. Après l’expulsion des familles pauvres, le niveau de vie moyen des familles du quartier s’est élevé. (Photo l’Achèvement).

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La déconcertante concertation menée par nos autorités mégalopolitaines, qui nous expliquèrent que nous pouvions proposer des idées autant que nous voulions, mais que c’était elles qui décidaient à la fin, pour en faire un petit bout d’espace vert orange aux allures de Dresde après les bombardements. (Photo l’Achèvement).

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La police, dans le cadre du réaménagement de la place, doit pouvoir contrôler l’ensemble de celle-ci en un seul regard de patrouille passant en voiture. (Photo l’Achèvement).

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Des zones de biodiversité, des réserves de la biodiversité, zones de relégation pure et simple, que l’on finira tôt ou tard par boucler de check points, contrôlées de loin par des caméras, des drones et des hélicoptères, protégées par des grillages « intelligents », des opérations éclairs du GIGN et des interceptions téléphoniques. S’étendent les nouvelles frontières européennes Frontex.

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Les élections ne sont que des sondages d’opinion, dont la majorité, celle des abstentionnistes (de 50% à 70% et plus), est exclue. Ce système périmé, sélectionne ses adhérents et se passe finalement parfaitement des électeurs. « La société », n’est qu’un terrain de jeu à ses yeux, aux limites floues, abstraites, technologiques, et est par là aisément révocable. Il ne nous reste plus qu’à faire sans lui, se muer en sécession. (Photo l’Achèvement).

Paroles : extrait adapté d’un texte punk de RDA
Est-ce que ça vaut le coup de marcher au pas pour celui qui ne t’aime pas ?
Est-ce que ça vaut le coup de marcher au pas pour celui que te piétine ?
Est-ce que ça vaut le coup de marcher au pas pour celui qui te hait ?
Est-ce que ça vaut le coup de marcher au pas pour celui qui t’enferme ?
Dis-le, raconte-le, crie-le, la vérité est si proche
Dis-le, raconte-le, crie-le, qu’est-ce qui peut se passer de plus de toute façon ?
Dis-le, raconte-le, crie-le, les médias sont mensongers
Dis-le, raconte-le, crie-le, les zombies nous gouvernent
Dis-le, raconte-le, crie-le, et les mouchards écoutez bien : soyez certains qu’on ne lâchera rien !

Questionnement de Guillotinnes et Guillotins à propos de Baptisons ensemble la place « Mazagran » !

La place dite « Mazagran » n’a pas encore de nom officiel, et Mazagran est le nom d’une victoire coloniale française que nous n’avons pas envie de célébrer. Certes ! Alors, habitantes et habitants de la Guillotière, devons-nous ensemble trouver un nom qui salue cette place à sa juste mesure ?
Considérant que :
Depuis 2011, vue la déconcertante concertation !
Considérant, en 2011, l’éviction des adolescents qui venaient jouer au foot !
Considérant, en septembre 2011, la destruction municipale des toilettes sèches que des habitants décidés avaient construites !
Considérant, en septembre 2012, l’éviction des nombreuses familles populaires qui vivaient là !
Considérant, au printemps 2014, la destruction mégalopolitaine d’un immeuble habitable qui aurait pu être réhabilité pour en faire du logement social ou de l’habitat collectif, et tout ça, à grand renfort d’argent public (au moins 1 million d’euros) pour en faire un petit bout d’espace vert orange aux allures de Dresde après les bombardements ;
Considérant, en mai 2014, la destruction préfectorale d’un beau barbecue public !

Considérant que, pour s’opposer à sa requalification stérilisatrice par les autorités publiques, les Guillotinnes et les Guillotins sont invités lors d’un grand référendum à donner un nom à cette place, un nom qui salue à sa juste mesure son histoire et l’histoire de celles et ceux qui l’ont faite, un nom qui salue aussi tout ce que nous avons encore envie d’y construire, ensemble.

Mais considérant :
aussi que la destruction d’un quartier populaire marque le paysage urbain comme un tombeau, est-ce aux Guillotinnes Guillotins, après cette accumulation de dépossession de cette place vivante, de nommer ce nouveau non-lieu, de faire table rase de ce tombeau, de passer l’éponge sur cette destruction, de fermer les yeux sur l’arbitraire l’égal en donnant à cette place le meilleur de notre usage poétique, de notre vie, de notre résistance et de notre solidarité, présente et à venir ?
Considérant que c’est certes l’occasion de se débarrasser de Mazagran, cette victoire coloniale, mais considérant aussi que c’est l’occasion, pour la municipalité, de tourner la page de sa propre victoire coloniale et de valider ainsi la colonisation de cet espace public et populaire par la gentrification.
Considérant aussi que l’on peut se retrouver ainsi, en renommant la place, à renommer l’innommable violence qu’a été la destruction de cette zone d’usage populaire, à valider malgré nous la gentrification de ce nouveau non-lieu et de son nouveau projet inutile ?
Considérant l’ambivalence de ce projet de requalification de la place Mazagran nous, des Guillotinnes, des Guillotins, n’avons réussi à trancher d’un côté ou de l’autre, et exprimons notre désarroi face à cette ambivalence.

Proposition, de notre part, de noms néanmoins trouvés :
La Place Bartleby, la Place je préfère ne pas nommer, la Place des hauts faits, la Place des rencontres ou la Place d’une zad perdue, la Place de la nouvelle colonie, la Place sans-nom, la Place à la recherche de la place perdue, la Place de l’effacement d’un quartier populaire, la Place du grand projet inutile, la Place des anciens partages, la Place hantée, la Place des amoureux de la vie de quartier, la Place des bannis publics, la Place du domaine public occupé, la Place qui n’a plus sa place, la Place de chacun cherche sa place…

Alors :
Requalification stérilisatrice par les autorités publiques ?
Ou, poursuivre tout ce que nous avons encore envie d’y construire, ensemble ?

Les amies et amis de l’Achèvement, Lyon, 9 avril 2015

La suite à lire sur : http://lachevement.fr/publications/zad-urbaines-zad-rurales

Notes

[1Paroles et musique de La Parisienne Libérée, "L’Etat, mais de quel droit ?" : http://www.laparisienneliberee.com/l-etat-mais-de-quel-droit/

[2Chanson adaptée d’après « L’Etat, mais de quel droit ? » de La Parisienne Libérée, après la destruction de la place Mazagran.

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  • Le 23 avril 2015 à 15:25, par CocoP

    A la Croix Rousse les dégâts sont déjà fait ; notamment sur la place des Tapis, transformée en camp de surveillance.

    Pavée pour interdire les skates et roller, arbres coupés pour priver la place d’ombre et ne pas qu’on s’y attarde, pas d’espace de jeu pour les enfants, pas de terrain de pétanque dans le quartier de la Boule Lyonnaise, sièges inamovibles positionnés à la perpendiculaire les uns des autres pour ne pas qu’on se parle, bancs inclinés pour ne pas qu’on s’y couche et surélevés pour ne pas qu’on s’y attarde, trois côtés fermés et une ouverture gigantesque sur le boulevard des Canuts.

    Le symbole de l’aspect sécuritaire de cette place est la statue du couple d’amoureux, enlevée d’un square ombragé entouré de haies (à côté de la mairie) qui assuraient un peu d’intimité aux amoureux ; la statue a été déportée place des Tapis, surélevée au point le plus haut de la place, exposée au soleil, aux yeux des passants et des automobilistes, et surveillée 24/24 par le commissariat de police qui lui fait face.

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