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2 mars 1960 : massacres au Cameroun

Publié le 2 mars 2011

Maj le 4 mars 2011

A l’aube de l’indépendance, des milliers de Camerounais ont été massacrés sous les auspices de la « maffia françafric » de De Gaulle et Foccart, ches les Bamilikés, mais aussi dans d’autres régions du Cameroun.

Le 2 mars 1960, sous la direc­tion de l’armée fran­çaise, les trou­pes came­rou­nai­ses rasent le bourg de Yogandima, mas­sa­crant près de 8.000 civils sans armes.

Mais ces effroya­bles mas­sa­cres ne sont pas du tout un fait isolé, car depuis 10 ans, l’admi­nis­tra­tion colo­niale fran­çaise fait face à la résis­tance de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) née dans les années 1940. Si l’UPC est pré­sente sur tout le Cameroun, son emprise est très forte en pays Bamiléké. Ce qui est très mar­quant c’est leur cohé­sion dans leur refus de se plier au qua­drillage, à la dis­ci­pline de la machi­ne­rie colo­niale, aux tra­vaux forcés. Ce peuple occupé fait preuve d’une for­mi­da­ble ingé­nio­sité qui se tra­duit même dans le lan­gage de résis­tance, où le signi­fiant sert ainsi à un sens second d’ordre poli­ti­que.

C’est un large front anti-impé­ria­liste qui orga­nise par exem­ple le boy­cott des élections. Ce sont de véri­ta­bles grap­pes humai­nes, sans armes, mais hos­ti­les, qui bar­rent le pas­sage des camions de l’armée et s’agrip­pent aux voi­tu­res. Rarement insur­rec­tion a été aussi popu­laire. Leur rage est d’autant plus grande que les maqui­sards, opé­rant pres­que à mains nues - mais sur plu­sieurs fronts - rem­por­tent des succès ponc­tuels. Le colo­ni­sa­teur met tout en oeuvre pour mater ces « rebel­les » et inter­dit l’UPC en 1955. Le haut-com­mis­saire fran­çais Pierre Messmer, futur minis­tre de De Gaulle, a orga­nisé des expé­di­tions puni­ti­ves san­glan­tes ainsi que l’assas­si­nat de nom­breux lea­ders de l’UPC, comme son secré­taire géné­ral et fon­da­teur, Ruben Um Nyobé, dans son vil­lage natal le 13 sep­tem­bre 1958.

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À l’indé­pen­dance, le 1er jan­vier 1960, Jacques Foccart ins­talle au Cameroun un gou­ver­ne­ment fan­to­che, pré­sidé par son ami Ahmadou Ahidjo. Il s’agit d’un homme sûr, en faveur duquel le pou­voir colo­nial met­tait depuis long­temps « des paquets de bul­le­tins dans l’urne ». Le jour même de cette « indé­pen­dance fic­tive », le jeune État signe un accord d’assis­tance mili­taire avec la France. Deux conseillers mili­tai­res vien­nent enca­drer le pré­si­dent Ahidjo : le colo­nel Noiret et le capi­taine Leroy. L’ancien minis­tre des Armées Pierre Guillaumat confirme : « Foccart a joué un rôle déter­mi­nant dans cette affaire. Il a maté la révolte des Bamilékés avec Ahidjo et les ser­vi­ces spé­ciaux ». Au pas­sage, on notera la pré­sen­ta­tion eth­ni­que d’une révolte poli­ti­que...

Charles de Gaulle dépê­che alors cinq bataillons d’infan­te­rie, com­man­dés par le géné­ral Max Briand, un vété­ran des guer­res d’Indochine et d’Algérie, sur­nommé « le Viking », aux­quels se rajou­tent un esca­dron de blin­dés, ainsi qu’un esca­dron d’héli­co­ptè­res et de chas­seurs bom­bar­diers T26.

Un Bamiléké rési­dant alors à Dschang et qui était amené à cir­cu­ler dans cette région mon­ta­gneuse, où se cachaient les résis­tants de l’UPC, racontera :

« Les sol­dats fran­çais raflaient des Bamilékés en ville, puis les relâ­chaient en pleine cam­pa­gne, en leur disant d’aller rejoin­dre leurs frères au maquis. Quelques jours plus tard, évidemment, ils les retrou­vaient errants : cela fai­saient des maqui­sards qu’ils cap­tu­raient sans mal ou tuaient sur place.

J’ai dit au Colonel Griblin, com­man­dant du grou­pe­ment de Dschang, « vive­ment que la paix revienne ». Il m’a répondu : "Bien sûr, vous, les Camerounais, vous serez contents. Mais, nous, les mili­tai­res fran­çais, qu’est-ce que nous allons deve­nir ? Heureusement qu’il y a le Congo" »

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PAYS BAMILÉKÉ

L’armée ne fait pas de quar­tier. Les cada­vres sont expo­sés dans les vil­la­ges, de même que les têtes des pri­son­niers qui ont été déca­pi­tés. Entre février et mars 1960 cent cin­quante-six vil­la­ges bami­lé­kés sont incen­diés et rasés. Un bilan méti­cu­leux des des­truc­tions de biens publics sera opéré : 116 clas­ses, 3 hôpi­taux, 46 dis­pen­sai­res, 12 sta­tions agri­co­les, 40 ponts seront détruits. Personne n’a recencé les loge­ments privés détruits ni les récol­tes incen­diées. Personne n’a pu dénom­brer les dizai­nes de mil­liers de civils qui ont été mas­sa­crés. On ne saura jamais.

Jeannette Kamtchueng témoi­gne, de ses sou­ve­nirs de petite fille :

« Le soir, les convois des mili­tai­res revien­nent rem­plis des têtes qui sont déver­sées et expo­sées au car­re­four qui devien­dra le car­re­four des maqui­sards, jusqu’à mon départ du Cameroun, en 1976, et même peut-être jusqu’à aujourd’hui. C’est au coeur de Bafoussam, à une tren­taine de mètres de la maison de mes parents que tout cela est exposé. C’est aussi là que les exé­cu­tions ont lieu. Après une cer­taine pause, en raison de la famine et en l’absence de tout secours, les popu­la­tions sont ren­trées dans les royau­mes sans mai­sons et sans cultu­res. D’autres sont allées dans les camps créés par l’occu­pant, sans eau, sans accès au bois, et ter­ro­ri­sées par les mili­tai­res.

A son retour, papa n’était qu’un témoin ren­voyé par Dieu, pour témoi­gner de ce qu’est l’hor­reur colo­niale, l’hit­lé­risme ver­sion tro­pi­cale. Il par­lait tout seul, il se défen­dait, ne sor­tait pas. Son corps était pré­sent, mais sa per­sonne, son esprit, sa per­son­na­lité étaient restés dans les camps de la mort. Certains, sur­tout l’occu­pant lui-même, ont osé avan­cer le chif­fre de 400 000 morts. Sur quelle période ? Les gens morts dans la région du Mungo sont-ils comp­tés ? Beaucoup sont morts là-bas. D’autres ont été tatoués et ren­voyés à l’Ouest où les mas­sa­cres et les entas­se­ments dans les camps fai­saient rage. A-t-on compté ceux qui mour­raient dans les camps de concen­tra­tion, ceux des camps d’exter­mi­na­tion (BBm, Yoko), tous les camps mili­tai­res de l’Ouest ? Et Bangou, qui était si redou­ta­ble, et dont on par­lait tant ? Après la guerre, la région était pres­que vide ; en 1992, ma mère m’a dit que l’Ouest est pres­que aussi peuplé qu’avant l’exter­mi­na­tion. Ma belle-mère a perdu ses 8 frères. Quelle est la période rete­nue ? La période des bom­bar­de­ments et du déver­se­ment du napalm ou la période de Terreur ?  »

Rien que de parler de cette période à un Bamiléké, cela pro­vo­que l’effroi. De cette ter­ri­ble répres­sion, la presse fran­çaise, com­plè­te­ment muse­lée, et aveu­glée par la crise algé­rienne, ne dira mot. Il est impos­si­ble de trou­ver au Cameroun des docu­ments sur ces mas­sa­cres : le gou­ver­ne­ment d’Ahidjo, à la solde de la France, a soi­gneu­se­ment tout occulté. Et ce grand crime de la France pré­mé­dité, pla­ni­fié, qu’elle a réussi à étouffer jusqu’aujourd’hui, a conti­nué encore pen­dant plu­sieurs années : ce sont fina­le­ment peut-être 400.000 Bamilékés qui furent mas­sa­crés, ou peut-être plus...(« En fait de géno­cide, les Bamilékés en ont connu entre 1955 et 1965. Les chif­fres tour­nent entre huit cent mille et un mil­lion de morts dans la région des Hauts-Plateaux et dans les autres villes telles Douala, Yaoundé, Sangmélima, Ebolowa, Nkongsamba » affirme Jacques Kago Lélé [1]). Les ser­vi­ces secrets fran­çais ont même réussi à empoi­son­ner le leader de l’UPC, Felix Moumié, le 2 octo­bre 1960, à Genève.

Voilà ce qu’en dit François-Xavier Verschave [2] :

« Le ser­vice Afrique du Sdece (ser­vi­ces secrets fran­çais) enfante et ins­truit une filiale came­rou­naise, le Sédoc : sous la direc­tion de Jean Fochivé, elle sera vite répu­tée pour sa sinis­tre « effi­ca­cité ». On y tor­ture à tour de bras. Côté police, un redou­ta­ble pro­fes­sion­nel fran­çais, Georges Conan, démon­tre ses talents - dont celui de mul­ti­plier les aveux et dénon­cia­tions.

Quelques exem­ples de tor­tu­res :

La Balançoire : les patients, tous menot­tés les mains der­rière le dos et entiè­re­ment nus, dans une pièce à peine éclairée, sont tout à tour atta­chés, la tête en bas, par les deux gros orteils, avec des fils de fer qu’on serre avec des tenailles, et les cuis­ses lar­ge­ment écartées. On imprime alors un long mou­ve­ment de balan­çoire, sur une tra­jec­toire de 8 à 10 mètres. A chaque bout, un poli­cier ou un mili­taire, muni de la longue chi­cotte rigide d’un mètre, frappe, d’abord les fesses, puis le ventre, visant spé­cia­le­ment les par­ties sexuel­les, puis le visage, la bouche, les yeux. Le sang gicle jusque sur les murs et se répand de tous côtés. Si l’homme est évanoui, on le ranime avec un seau d’eau en plein visage. L’homme est mou­rant quand on le déta­che. Et l’on passe au sui­vant...

Vers trois heures du matin, un camion mili­taire emmène au cime­tière les cada­vres. Une équipe de pri­son­niers les enterre, nus et san­glants, dans un grand trou. Si un des mal­heu­reux res­pire encore, on l’enterre vivant...

Le Bac en ciment : les pri­son­niers, nus, sont enchaî­nés accrou­pis dans des bacs en ciment avec de l’eau glacée jusqu’aux nari­nes, pen­dant des jours et des jours. Un sys­tème per­fec­tionné de fils électriques permet de faire passer des déchar­ges de cou­rant dans l’eau des bacs. Un cer­tain nombre de fois dans la nuit, un des geô­liers, « pour s’amuser », met le contact. On entend alors des hur­le­ments de damnés, qui gla­cent de ter­reur les habi­tants loin à la ronde. Les mal­heu­reux, dans leurs bacs de ciment, devien­nent fous !...

« Oui j’affirme que cela se passe depuis des années, notam­ment au camp de tor­ture et d’exter­mi­na­tion de Manengouba (Nkongsamba) »

« Ils ont mas­sa­cré de 300 à 400 000 per­son­nes. Un vrai géno­cide. Ils ont pra­ti­que­ment anéanti la race. Sagaies contre armes auto­ma­ti­ques. Les Bamilékés n’avaient aucune chance. Les vil­la­ges avaient été rasés, un peu comme Attila », témoi­gne le pilote d’héli­co­ptère Max Bardet. J’appris avec ces phra­ses le mas­sa­cre lit­té­ra­le­ment inouï d’une popu­la­tion came­rou­naise au tour­nant des années soixante, dit encore François-Xavier Verschave. Je m’atta­chai à en savoir davan­tage. Ce ne fut pas facile, tant la ter­reur, là-bas, pro­duit encore son effet. Ce n’est pas ter­miné. »

Le peuple bamiléké reste encore aujourd’hui très traumatisé. Quand la France reconnaîtra-t-elle sa culpabilité ?

P.-S.

Le rapport de Brice Nitcheu "Campagne militaire française en pays Bamiléké - chronique d’un génocide programmé" (histoire et évolution), qui arriverait à nous dégoûter d’être français, ne semble plus accessible.

Jacques et le caillou Bamiléké

Portfolio

PAYS BAMILÉKÉ

Notes

[1] Tribalisme et exclusions au Cameroun, le cas des Bamilékés. Yaoundé, CRAC, 1995, p. 16

[2] La françafrique (1958 - 1998) « Le plus long scandale de la République » François-Xavier Verschave Criminelle Françafrique.

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  • Le 25 avril 2010 à 16:42, par alanminbou

    mbamilike n’est pas un pays c’est une ethnie du Cameroun tout comme d’autre ethnie qui ont connu ces tumultes de l’époque colonial faire l’apologie du pays mbamiliké pourra nous mener a une dénonciation triballe qui emenera tour à tour d’autre ethnie a réclamer aussi justice séparément non ce que je veux dire c’est de dénoncer les exactions coloniales au Cameroun et les massacres des camerounais qui ont peri car ce qu’il y a eu l’ouest a lieu au littoral, sud ; au centre,à l’est faisont attention lors de nos réclamations c’est l’individualisme qui nous tue

  • Le 18 novembre 2007 à 20:48, par TETEDURE

    Bien dit !!!le combat nationaliste a été national et englobait les enfants de toutes les régions du pays : Um Nyobe , Ernest Ouandie, Felix Moumie , Ossende Affana....entre autres.Il n’ en demeure pas moins que les crimes les plus odieux à la fois dans leur étendue et leur réalisation ont été perpétré en terre bamiléké et bassa .Ce sont des faits , il faut le dire .Nos enfants ont le droit de savoir à quel prix nous avons arraché notre liberté ; au prix de centaines de milliers de morts .Malheureusement les génocidaires ( la France) a donné le pouvoir à tout ceux qui n’ ont pas demandé notre liberté ( ahmadou ahidjo et suivant) .

  • Le 24 août 2007 à 05:15, par Sakio Somba

    Cher ami, prière de lire l’intervention précédente. Attention à la tribalisation de la lutte pour l’indépendance et du mouvement nationaliste. Nous ne le dirons jamais assez. Il n’est pas question de Bamiléké ou de quoi d’autres. Le nationalisme est camerounais ou ne l’est pas.
    Alors, la sectarisation et la tribalisation du combat de nos pères ne fera que porter préjudice au devoir de mémoire qui s’impose à nous.

    Um Nyobè, Moumié, Ouandié et les autres l’avaient compris dès 1950. Ils reconnaissaient la valeur et la place de nos ethnies, dans lesquelles nous puissons par ailleurs toute énergie, mais ils étaient aussi conscients qu’elles sont le premier obstacle (surmontable) à l’avènement de la nation camerounaise dont nous rêvons tous.

  • Le 24 juillet 2007 à 13:56, par BOUMBOUM 1

    En lisant cette article je me rends compte que certaines personnes s’enrichissent avec. Et je me souviens qu’un Colonel de l’Armée française dit au President Camerounais : Mr Le président les Bamilékés sont comme une pièrre dans vos chaussures, et en conséquent il faut les exterminer.Quelle autorité ! Parmi les grands crimes commis par la France aux quatre coins du globe figure un, sans doute le plus scandaleux, prémédité, planifié et exécuté par le Général de Gaulle au tournant des années 60.
    En pleine guerre froide, il n’y a pas de camera pour filmer, ni de reporters pour écrire. Entre les chaînes montagneuses du pays BAMILEKE, les Chasseurs-bombardiers français se livrent à l’implacable588
    Ma question est : Est ce que la France pourrat-il payer pour tous ces crimes en pays Bamiléké ?

  • Le 31 mars 2007 à 16:40, par Paul-Léonard N. Ngwe

    Merci Brice de te découvrir enfin une âme d’upciste. Il y a des vocations tardives partout. Prière toutefois de ne pas dénaturer le sens de ce combat qui n’a rien de tribaliste. des massacres il y en a eu en pays bamileke, mais également en pays bassa, à Douala et dans le Moungo, à Djoum dans le sud etc.
    Au delà du devoir de mémoire qui nous interpelle, la vraie question est de savoir à quoi aura servi le martyr de ces compatriotes, à la lumières de la situation qui prévaut actuellement au pays.
    Si l’histoire devait se repéter où serions nous, avec les collabos ou avec les résistants ?

  • Le 14 mars 2007 à 12:26

    Le rapport de Brice Nitcheu « Campagne militaire française en pays Bamiléké - chronique d’un génocide avancé » n’est apparemment pas payant :

    Campagne militaire française en pays Bamiléké - chronique d’un génocide avancé


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