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La justice, cette grande mascarade...

Publié le 25 juin 2012

Retour sur le procès d’un prisonnier jugé pour une altercation avec des surveillants du centre de détention de Roanne en mai dernier.

C´est une histoire qui a fait quelques lignes dans la presse torchon, une histoire très ordinaire, dans le sens où des histoires comme ça, il s’en passe des dizaines. Une taule, où les mesquineries et pressions diverses de l’administration pénitentiaire et des matons, qui se répètent, face à une personne, génèrent ce qu’on pourrait appeler un pétage de plombs, une réponse, une révolte... Il s’en prend alors plein la gueule, mais pour eux ce n´est pas assez. Il passe ensuite en procès, pour que la société bien pensante et ses représentants en remettent une couche.
Dans cette histoire (c´est assez rare), les informations ont circulé. Voilà une retranscription de quelques éléments du procès, et un retour sur les faits...

Juin 2012, tribunal de Roanne, une salle d’audience ambiance moderne, froide et sombre.

Un box vitré où est amené L., pri­son­nier sous escorte. Il n’a pas pu voir son avocat pour pré­pa­rer sa défense. Une dizaine de per­son­nes dans la salle dont 2 matons sur les 4 se por­tant partie civile. Leur avocat semble bien connaî­tre les lieux ainsi que le juge en charge du dos­sier. Ce der­nier annonce qu’il va com­men­cer par énoncer les faits, qu’il juge « rela­ti­ve­ment sim­ples »... Tout ça ne sent pas très bon. Ça donne l’impres­sion que c’est joué d’avance.

L. est jugé pour des faits qui se sont passés en déten­tion début mai. Au moment de la dis­tri­bu­tion des repas, il avait demandé des expli­ca­tions aux sur­veillants pré­sents concer­nant le fait qu’on n’était pas venu le cher­cher pour la pro­me­nade le matin. Il s’est énervé suite à leur refus de lui répon­dre, a jeté la bar­quette du repas dans leur direc­tion sans cher­cher à les viser (d’après L.) au visage (d’après les sur­veillants) et les a insulté. Puis il pousse le frigo en direc­tion de la porte pour la blo­quer, et les main­te­nir à dis­tance.
Suite à cela, les matons sont partis cher­cher du ren­fort et reve­nus en nombre (4 ou 6, ce n’était pas clair) en tenue de pro­tec­tion. L. refu­sant de se lais­ser embar­quer, il sera maî­trisé par la force.

Le juge énonce les chefs d’inculpa­tion et les peines encou­rues :

  • « violence volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique sans ITT (interruption du temps de travail) : 3 ans » ;
  • « rébellion avec arme, en l’occurrence un frigo ou une porte de frigo, ce n’est pas clair : 5 ans » ;
  • « menace de mort sur personne dépositaire de l’autorité publique : 5 ans » ;
  • « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique  : 6 mois » ;
  • « dégradation de bien public, soit la cellule et le mobilier qui s’y trouve  : 5 ans ».
    Le juge précise immédiatement qu’il s’agit de récidive pour laquelle interviennent des peines plancher. Il dira plus tard « le sursis simple est bien évidemment impossible... ».

Oui, « les faits sem­blent rela­ti­ve­ment sim­ples »...
L. va s’en pren­dre une énième fois plein la gueule. Lorsque les matons sont inter­ve­nus « pour le calmer », ils en ont pro­fité pour le tabas­ser. Quand sa famille l’a vu au par­loir quel­ques jours plus tard il était cou­vert de bleus. Le juge men­tion­nera pen­dant le procès les « clés de bras et de doigts » qui ont servi à le maî­tri­ser, L. parle de « coups de pieds et coups de poings à la tête », « la tête cognée contre le mur et le sol ».
Le pro­cu­reur uti­li­sera plus tard un ton dra­ma­ti­que pour dire « les sur­veillants revien­nent pro­té­gés... Croient-ils. ». On dirait un pré­sen­ta­teur d’une émission sur TF1. A gerber. Rappelons quand même qu’ils sont mini­mum 4 armés et pro­té­gés (casque avec visière, bou­clier et jam­biè­res...) face à une per­sonne seule, certes vénère (et on le com­prend), mais désar­mée. Les « armes » soit disant uti­li­sées par L. sont une baguette en alu­mi­nium et un bout de fil électrique arra­chés au frigo. On ne peut pas dire que ça pèse lourd face aux autres.

D’après le juge qui regarde les photos de la cel­lule, celle-ci serait entiè­re­ment détruite. Il ne cher­che pas à reve­nir sur le fait que du sang de L. a été retrouvé à plu­sieurs endroits de la cel­lule.
En fait, pen­dant tout le procès il ne sera évoqué que la des­truc­tion du frigo et de la télé. L. a uti­lisé le frigo pour essayer de les tenir à dis­tance en blo­quant la porte et il conteste avoir touché à la télé, d’après lui ça a été fait après pour l’accu­ser. C’est une méthode lar­ge­ment employée pour « gon­fler » une plainte, on s’en étonne à peine. En plus de la « des­truc­tion » de la cel­lule, le juge égrène les dégâts : « un sur­veillant a été blessé au pouce droit, la visière d’un casque a été cassée et un bou­clier abîmé ». En fait pen­dant tout le procès, le voca­bu­laire et le ton employés par le juge, l’avocat des matons et le pro­cu­reur auront tou­jours pour but de nous faire pren­dre un pet de mouche pour une tor­nade.
« C’est un degré de gra­vité qu’on n’avait pas vu depuis long­temps » dira le pro­cu­reur en fai­sant le paral­lèle avec la prise d’otage d’un maton en 2010. Le pri­son­nier qui est passé en procès pour ces faits a pris 4 ans fermes. (Soyons clair, il n’est pas ques­tion ici de ren­trer dans leur jeu de hié­rar­chi­sa­tion des faits de rébel­lion en taule. Prémédités ou pas, indi­vi­duels ou col­lec­tifs, recou­rant ou pas à ce que cette jus­tice qua­li­fie de « vio­lence » on y voit des per­son­nes qui refu­sent de se lais­ser casser par la taule sans réagir. Et on se sent soli­dai­res de ces actes.)
Le pro­cu­reur ne se lasse pas d’uti­li­ser sa voix TF1 pour raconter ça et « le climat chaud de ce week-end ». Tout y pas­sera, la météo, l’incen­die d’une cel­lule par un détenu puis sa ten­ta­tive de pen­dai­son (per­sonne ne s’en émeut), des inci­dents avec d’autres déte­nus et un par­loir sau­vage par des per­son­nes de l’exté­rieur. « Le per­son­nel a fini exté­nué » (...).

On pour­rait se dire que ces éléments sont plutôt à décharge pour L., que c’est une taule à l’ambiance tendue... L’avocat des matons parle du fait qu’au CD de Roanne, il y a régu­liè­re­ment des inci­dents avec les sur­veillants, (plu­sieurs dans la même semaine).
Pour rappel d’ailleurs, fin avril, un texte de reven­di­ca­tions écrit par des pri­son­niers de Roanne est rendu public. Pour la fer­me­ture des quar­tiers d’iso­le­ment, du quar­tier dis­ci­pli­naire, la fin des mesu­res de quar­tiers semi-ouverts et fermé, des fouilles aux par­loirs, de l’exploi­ta­tion dans les ate­liers de tra­vail...
Mais bien évidemment non, sans aucun pro­blème le pro­cu­reur porte ces événements à charge, ce qui n’étonne pas le juge.

Ce sera comme ça pen­dant tout le procès, notam­ment à la lec­ture de l’exper­tise psy­chia­tri­que. (L. était d’abord passé en com­pa­ru­tion immé­diate, où un report avait été demandé pour qu’une exper­tise psy­chia­tri­que soit faite). Le juge énonce ce qu’il y a dans le rap­port : « le méde­cin demande s’il ne se sent pas un peu para­noïa­que ». S’adres­sant à L. sur un ton infan­ti­li­sant, il lui expli­que « vous avez dû lui dire que tout le monde vous en vou­lait, c’est ça qu’on appelle para­noïa ». Le juge insiste et cher­che à faire dire à L. qu’il est para­noïa­que, que les pres­sions de la part des matons qu’il raconte sont inven­tées. L. est jugé ce jour-là pour avoir insulté les matons qui ne vou­laient pas lui répon­dre quand il deman­dait pour­quoi on n’avait pas été le cher­cher pour la pro­me­nade. Ce n’était en effet pas la pre­mière fois. Dans sa dépo­si­tion, L. dit « ça fait 4 jours qu’on ne me laisse pas aller en pro­me­nade, ils me ren­dent la vie impos­si­ble », « ils me réveillent par l’inter­phone la nuit, ils font tout pour me faire cra­quer ».

Ce n’est pas la pre­mière fois qu’on entend de tels récits de har­cè­le­ment de la part de matons sur des pri­son­nier.es. Le psy­chia­tre qui parle de para­noïa sous-entend que ces faits sont des inven­tions. Entre les fois où les rap­ports d’exper­tise psy­chia­tri­ques ser­vent à main­te­nir les gens en prison, leur refu­ser l’accès à la condi­tion­nelle, les enfon­cer dans les tri­bu­naux... La fonc­tion des experts psy­chia­tres qui col­la­bo­rent avec l’admi­nis­tra­tion péni­ten­tiaire et la jus­tice semble être avant tout de donner une cau­tion pseudo scien­ti­fi­que à la ver­sion, ou la posi­tion des auto­ri­tés.
Car que dire des let­tres rédi­gées par plu­sieurs déte­nus, soli­dai­res de L. malgré le risque de se faire eux-même emmer­der par l’AP, qui confir­ment le har­cè­le­ment qu’il subit ? épidémie de para­noïa ? Aucun extrait de ces let­tres por­tées au dos­sier par l’avocat de L. ne sera lu par le juge, contrai­re­ment à tous les rap­ports, décla­ra­tions et autres vieux dos­siers uti­li­sa­bles à charge.

Que dire également de la pres­sion qu’on a conti­nué à lui mettre après les événements alors qu’il vient de se pren­dre un mois de mitard ?
Une semaine après l’alter­ca­tion il avait un par­loir prévu avec sa com­pa­gne. Quelques jours avant, des matons lui disent que ce sera un par­loir double, ce qu’il annonce à son amie. Lorsque pen­dant le par­loir on vient les inter­rom­pre pour leur dire que c’est ter­miné, elle et il ne com­pren­nent pas et deman­dent des expli­ca­tions. Les matons se fou­tent de leur gueule, font mine de vou­loir en décou­dre avec L. Celui-ci s’énerve et se fait embar­quer de force alors que son amie et lui n’ont pas pu se dire au revoir. Cet inci­dent sera le pré­texte pour sup­pri­mer leur UVF (unité de vie fami­liale, nom donné à des par­loirs excep­tion­nels, plus longs, et dans des lieux qui per­met­tent plus d’inti­mité) prévue de longue date.

Rendre la jus­tice est une ques­tion d’inter­pré­ta­tion... Mais la grille de lec­ture de ceux qui ont le pou­voir de déci­der de la vie des autres va tou­jours dans le même sens.

Rentrer pour quelques mois en taule, en faire finalement plusieurs dizaines

Ce procès (comme tant d’autres, il ne faut pas l’oublier) montre bien com­ment un élément peut être uti­lisé de manière tota­le­ment oppo­sée selon qui l’entend. Par exem­ple, tou­jours dans le rap­port psy­chia­tri­que, le méde­cin dit que L. est « stressé, anxieux ». Cette phrase lue par le juge et uti­li­sée par l’avocat des matons est enten­due comme une preuve irré­fu­ta­ble que cette per­sonne est dan­ge­reuse... Ah bon ? Parce que vous ne croyez pas qu’on peut être stressé et anxieux en pas­sant devant un psy­chia­tre après un tabas­sage et plu­sieurs jours au mitard sachant l’impor­tance qu’aura son rap­port au moment du procès ? Parce que deux ans et demi de taule c’est pas un peu stres­sant et anxio­gène ? Surtout quand à la base tu ren­trais pour quel­ques mois et que régu­liè­re­ment la date de sortie s’éloigne parce que, une fois en taule, les peti­tes peines qui auraient été amé­na­gea­bles te tom­bent dessus en ferme.
Sans comp­ter le genre d’embrouilles comme celle pour laquelle il est jugé ce jour-là, qui selon com­ment ta gueule revient ou pas est jugée au tri­bu­nal ou au pré­toire (sorte de conseil de dis­ci­pline interne à la taule). Ça peut donner des peines en plus ou « sim­ple­ment » du mitard et des remi­ses de peines qui sau­tent.

 Vous avez pris un an à ce moment, on ne pouvait donc pas faire moins, là on vous donne deux ans

Dans le cas de L., c’est la totale : après un mois de mitard, le tri­bu­nal le jugera cou­pa­ble de tous les faits repro­chés et le condam­nera à 2 ans fermes (le pro­cu­reur en avait demandé 3) et des indem­ni­tés de 500 euros cha­cune à deux des matons (ils étaient 3 à en deman­der allant de 800 à 1500 euros). On peut pré­ci­ser que ce genre d’affaire, jugée au tri­bu­nal plutôt qu’au pré­toire permet aux matons d’arron­dir leur fin de mois en récla­mant des dom­ma­ges et inté­rêts.

Toujours concer­nant l’exper­tise psy­chia­tri­que, le pro­cu­reur l’uti­li­sera pour enfon­cer encore plus L. Et le juge expli­que à L., sur un ton infan­ti­li­sant : « je vais vous tra­duire, les méde­cins ils uti­li­sent des mots com­pli­qués. Ça veut dire que quand on vous chauffe un peu, vous répon­dez tout de suite, je veux dire, vous répon­dez tout de suite avec beau­coup de vio­lence » … On peut aussi tra­duire ça autre­ment : ça veut sur­tout dire qu’en taule, les maton.nes ont le droit de te « chauf­fer un peu » mais que toi tu dois rester calme, poli.e, ne pas réagir. Ce sont eux/elles qui ont le pou­voir et si elles/eux en abu­sent, tu dois fermer ta gueule.

Le juge uti­li­sera à plu­sieurs repri­ses ce ton infan­ti­li­sant pour s’adres­ser à L., mais aussi une forme d’humour mépri­sant pour com­men­ter cer­tains docu­ments, notam­ment la dépo­si­tion du détenu auxi­liaire qui ser­vait les repas. Il dira à ce sujet : « Monsieur Z. est polo­nais, il veut ren­trer chez lui -sans doute pour regar­der le match de foot-, il ne veut pas pren­dre parti, ne veut pas se mêler des affai­res des autres. » Il dira à propos de L., mais s’adres­sant plutôt au reste des per­son­nes pré­sen­tes qu’à lui et sur un ton entendu : « oui, on voit bien que vous êtes un peu hyper­ac­tif, hyper-réac­tif... » alors qu’il a en face de lui quelqu’un qui est calme, inquiet certes, mais qui ne s’énerve pas de tout le procès (cha­peau d’ailleurs). Le pro­cu­reur uti­li­sera aussi un ton mépri­sant pour parler de L. lorsqu’il évoque les his­toi­res de pro­me­na­des « C’est comme si les sur­veillants étaient res­pon­sa­bles du fait que L. n’était pas des­cendu en pro­me­nade (bein oui, qui d’autre sinon ? ), alors qu’il se com­por­tait comme une girouette. On allait le cher­cher, il ne des­cen­dait pas, puis il tam­bou­ri­nait à sa porte, sa majesté vou­lait des­cen­dre ». Comme si c’était deman­der des pri­vi­lè­ges que de vou­loir des­cen­dre en pro­me­nade.

Là il est impor­tant de pré­ci­ser com­ment se pas­sent les sor­ties en pro­me­nade. Pour les per­son­nes du centre de déten­tion qui sont en régime ouvert, (c’est à dire que la cel­lule est ouverte en jour­née), il y a 4 tours de pro­me­nade dans la jour­née. Le pre­mier est à 8h30, puis 10h30, 14h30 et 16h.
Les pri­son­niers sont sensés être prêts à sortir quand les matons vien­nent les cher­cher, habillés, chaus­su­res aux pieds, etc. Or il peut y avoir par­fois des bat­te­ments qui vont jusqu’à 1/4 heure entre l’heure à laquelle le sur­veillant est sensé venir, et celle à laquelle il vient vrai­ment.
Certains sur­veillants arri­vent en cel­lule, ouvrent, disent que c’est l’heure de la pro­me­nade, et si la per­sonne n’est pas prête tout de suite, refer­ment la porte et s’en vont. Il ne reste plus qu’à taper contre la porte en espé­rant qu’íls revien­nent. On peut ima­gi­ner que le matin, on n’est pas for­ce­ment prêt. On peut ima­gi­ner que quand il pleut, on n’a pas envie d’avoir ses chaus­su­res dégueu aux pieds, à atten­dre à l’inté­rieur qu’ils arri­vent.
Avoir envie que ça traîne, gagner un peu de temps... On peut ima­gi­ner tout sim­ple­ment ne pas vou­loir être a leur botte, prêt quand ils arri­vent.

Pour arri­ver à com­pren­dre de quoi il est ques­tion, il faut pou­voir s’ima­gi­ner ce que peut repré­sen­ter la pro­me­nade quand on est enfermé ; il faut aussi s’ima­gi­ner un quo­ti­dien où le moin­dre détail peut engen­drer des situa­tions conflic­tuel­les, rap­ports de force et humi­lia­tions. Ce genre de fait peut être une des nom­breu­ses gout­tes d’eau qui font débor­der un vase trop plein depuis bien long­temps.

Le juge essaye à plu­sieurs repri­ses de piéger L. en pre­nant un air com­pré­hen­sif pour lui poser des ques­tions rapi­des, qui s’enchaî­nent. Alors qu’il conteste les mena­ces, il dit :
« Vous avec le sang chaud, vous avez le bouillon comme on dit dans le forez, vous _ étiez énervé ce jour-là, on sait bien que quand on s’énerve les mena­ces peu­vent sortir rapi­de­ment non ? Vous êtes d’accord que ça peut arri­ver, que ça aurait pu vous arri­ver, que vous avez pu le dire ».
« Votre petite amie, c’est un sujet sen­si­ble, il ne fait pas trop en parler » (… ?)
« Vous faites exprès de faire du gra­buge en vous disant que comme ça vous serez trans­féré près de votre famille ? »

Il y a des éléments contra­dic­toi­res ou des ano­ma­lies qui ne sont jamais creu­sées. Les matons se contre­di­sent pour­tant plu­sieurs fois dans leurs décla­ra­tions. L’un dit que lorsqu’ils revien­nent pro­té­gés pour maî­tri­ser L. celui-ci les attend « armé » de la baguette en alu­mi­nium et du fil électrique alors que son col­lè­gue déclare : « il n’avait rien dans les mains mais était en posi­tion de garde ». Un maton dit que L. leur a jeté le frigo dessus, appuyé par le pro­cu­reur qui dira « si il y a dys­fonc­tion­ne­ment admi­nis­tra­tif (com­pren­dre « har­cè­le­ment de la part des matons »), cela n’excuse en rien ce déchaî­ne­ment de vio­lence, de lancé de frigo (sic) sur les sur­veillants qui ne font que leur tra­vail (comme d’hab’). » L’autre maton pré­sent à ce moment-là confirme pour­tant ce que L. déclare, c’est-à-dire qu’il a poussé le frigo pour blo­quer la porte.
Le pro­cu­reur sou­li­gne le fait que L. n’a pas fait de plainte admi­nis­tra­tive concer­nant le pro­blème d’accès aux pro­me­na­des pour dire que ça n’a pro­ba­ble­ment pas existé. Quel rap­port ?

L’un des matons qui décla­rait ne pas avoir été blessé ni s’être senti visé par les insul­tes demande fina­le­ment une indem­nité de 800 euros pour pré­ju­dice moral. Concernant les cer­ti­fi­cats médi­caux, il est men­tionné dans le dos­sier que les matons n’ont pas eu d’ITT alors que le pro­cu­reur dira en par­lant d’eux « l’un avait une jambe dans une gout­tière, l’autre avait le bras main­tenu bandé lors de la pre­mière audience, ce qui démon­tre bien la vio­lence qui a été uti­li­sée ». L’avocat des matons arrive d’ailleurs avec un deuxième cer­ti­fi­cat établi plus tard « il faut par­fois des délais pour ce genre de choses » (…) qui don­nera fina­le­ment une jour­née d’ITT à l’un des matons. Faites-nous pleu­rer !
Par contre pour L. il n’y aura pas de pré­ju­dice moral ou « d’Interruption du Temps de Détention » pour les coups qu’il a pris. Le cer­ti­fi­cat médi­cal fait en garde à vue juste après le tabas­sage men­tionne « une pos­si­ble frac­ture de l’orteil, un œdème au front, des traces de grif­fu­res », il est encore en deçà de ce que sa famille a vu une semaine après au par­loir. Et comme par hasard, il ne figure pas au dos­sier.
C’est l’avocat de L. qui a dû en deman­der une copie pour pou­voir l’amener le jour du procès. Le cer­ti­fi­cat fait par le méde­cin au centre de déten­tion est quant à lui, impos­si­ble à trou­ver. Quelle coïn­ci­dence !

Pour ter­mi­ner, avant de lire le ver­dict, le juge revien­dra sur des faits simi­lai­res dans un autre centre de déten­tion, qui avaient valu à L. une peine d’un an ferme quel­ques mois avant. Il dit alors « vous avez pris un an à ce moment, on ne pou­vait donc pas faire moins, là on vous donne deux ans »

Exemple parmi tant d’autres du fonc­tion­ne­ment de cette machine à broyer qu’est la jus­tice, qu’est la prison... De leur com­pli­cité. A Corbas, à Bourg en Bresse, à Varces, on a entendu parler d’his­toi­res simi­lai­res. Et il y en a un tas d’autres qui res­tent méconnues, où les pri­son­niers com­pa­rais­sent par­fois sans avocat. Ils pren­nent des mois ou des années sup­plé­men­tai­res, pour des faits sur­ve­nus pen­dant la déten­tion... et la peine ini­tiale s’allonge à l’infini.
Quand on dit que la prison veut casser les indi­vi­dus et les faire ren­trer dans le moule, ce ne sont pas que des for­mu­les... C’est pour ça qu’on veut raconter ce procès, mon­trer com­ment ils fonc­tion­nent, faire tomber leur mas­ques hypo­cri­tes...

Cette his­toire évidemment nous met en colère, et il n’est pas ques­tion de bais­ser les bras.

P.-S.

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  • Le 11 novembre 2012 à 09:38, par man

    mon fils est incarcere au cd de bourg en bresse il purge une peine de 10 ans pour vol agrave il a fait plusieur cd roanne ou il a eu rapport sur rapport mitart peine prison il on essayer de le faire craquer a mainte reprise tranfert a bourg ou encore et toujour ces matons font un max pour le faire craquer il travaillait declasser pour vol de bonbon faux archis faux mais il on toujours raison il demande une condi aucune reponse tout le monde s en fou la spip la direction et tout le reste qque faire cela fait 7ans et demi qu il est en prison on se demande s il va en sortir un jour il n y a aucun avocat digne de se nom pour intervenir sinon il coute un bras

  • Le 28 juin 2012 à 17:19, par le silence est de rigueur !

    je peux vous citer un cas, devant subir une peine de 48 mois de détention, et incarcéré aux prisons de Lyon,( Saint Paul/Saint Joseph), a la suite d’une bagarre en pleine nuit, avec un co détenus, dans la cellule, je fus conduit au Mitard, ou 2 jours après, le prétoire me condamna, à la peine de 45 jours de quartier disciplinaire. l’administration Pénitentiaire, porta plainte à mon encontre, aprés une rapide instruction du parquet, l’affaire fut juger, par le tribunal corréctionnel ,qui me condamna, a la peine de, 24 mois de détention supplémentaire. Aprés ce fut ,le tour de France, des prisons de la région, ou pour finir j’attéris, à Moulins, ( la centrale !!!) Un Mouroir ! vérs la fin de ma libération, la commission d’application des peines, me refusa, 12 mois de remise de peine, et ce malgré ma volonté de vouloir m’insérer ,et ce malgré mon associabilité. aujourd’hui ,insérer, socialement, et proféssionnellement. l’A.P. voulait ma peau, m’est ils ne l’ont pas eu. un pied de nez !

  • Le 27 juin 2012 à 17:49, par Sophie Perrin

    Je ne sais pas si la justice est une grande mascarade, hypocrite. Peut-être qu’ils sont sincères, quand ils disent ça... et c’en est juste d’autant plus inquiétant.

    Révélateur peut-être du fait que - je reprends un vocabulaire qui pourrait leur parler, à eux - un.e citoyen.ne qui commet une faute reconnue comme telle par la justice, devient à leurs yeux non pas « un.e citoyen.ne qui a commis une faute », mais « une racaille ou un monstre » (racaille = auteur.e de délit(s), monstre = auteur.e de crime(s)). C’est à dire un être pas comme nous, un être qui a le crime ou le délit en lui, comme si c’était devenu sa nature, presque. Et comme s’il ne pouvait, du coup, plus « changer de nature »... plus changer tout court. Un peu comme dans les théories du criminologue Lombroso.

    Dès lors, la peine, la prison, apparaît comme un moyen de bannissement total du monde : du fait que tu as commis un acte (ou été jugé.e l’ayant commis... les erreurs judiciaires, ça existe), ta parole, c’est de la merde, et il faut te faire payer sans fin et les matons ont raison de le faire.

    D’ailleurs, l’autorité a toujours raison, c’est bien connu. Les abus de pouvoir, en prison, dans la famille, à l’école ou à l’université, ça n’existe pas : les enfants, les femmes, les détenu.e.s, les étudiant.e.s, sont des méchants mythomanes qui harcèlent moralement les gentilles autorités avec leurs banaves.

    Le vrai problème de la justice, je crois, c’est sa manière stigmatisante de considérer les gens : t’es à la barre une fois ? Bah t’es à la barre toujours.

    Ce qui est curieux, c’est qu’on ne voit jamais de magistrat.e.s à la barre ... ah oui, pardon, ils ont des auréoles autour de la tête, c’est pour ça ;-)

    Et donc peuvent se permettre d’expédier en enfer les racailles et les monstres qui le méritent.

    Bigre, où est passée la révolution de 1789 ?

    (Allez, si, je suis de mauvaise foi - cela arrive, des magistrat.e.s à la barre, que les raisons soient bonnes ou non : http://www.levif.be/info/belga-generique/france-un-juge-soupconne-de-corruption-inculpe-et-incarcere/article-1194928193272.htm http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1310).

    Le vrai problème de la justice, je crois, c’est sa manière stigmatisante de considérer les gens : t’es à la barre une fois ? Bah t’es à la barre toujours. Je ne sais pas si c’est seulement le problème de la justice, d’ailleurs - y’a qu’à voir les discours communs, et haineux, sur les délinquants qui ont « même la télé en prison, sont nourris logés à nos frais ». Je crois que ce qu’on peut percevoir, au premier abord, comme un tort de la justice, est aussi un tort plus généralisé, de la société dans son ensemble ou presque.

    Tant que cette société ne reconnaîtra pas les auteur.e.s d’actes de délinquance ou de crimes comme des membres d’elle à part entière, la situation faite aux auteur.e.s d’actes répréhensibles au sens de la loi d’Etat ne s’améliorera que très difficilement.

    Et pour moi, c’est important, parce que le fait d’avoir une juste vision de cette situation pourrie, c’est une des choses majeures qui m’a fait reculer longtemps avant de porter plainte contre mon père pour ses crimes à mon égard.

    Et franchement, il y a trop de gens qui ne font pas la différence, dans leur haine viscérale envers des criminels et des délinquants qui ne leur ont rien fait à eux, entre justice et vengeance. Que des actes graves (et là je parle pas de barrettes de shit en auto production) méritent sanction, c’est une chose. Que la sanction soit d’être mis.e au ban de l’humanité, d’être expédié.e en enfer, c’est autre chose.


Infos locales

17 avril

  • Résistances et solidarités internationales

    Débat « L’Ukraine, entre capitalisme à la russe et impérialismes occidentaux »

    Depuis quel­ques mois, l’Ukraine est deve­nue un champ de batailles où s’affron­tent les vieilles puis­san­ces impé­ria­lis­tes d’Europe occi­den­tale et des États-Unis, et le capi­ta­lisme russe dési­reux de se cons­truire une puis­sance régio­nale. L’étincelle et Union pour le Communisme pro­pose une réu­nion publi­que / débat le jeudi 24 avril à 18H à l’Université Lyon 2 (Quais).

  • Résistances et solidarités internationales

    Conférence-débat : officiers français et génocide des Tutsi

    Les expli­ca­tions, déné­ga­tions et jus­ti­fi­ca­tions des offi­ciers fran­çais pré­sents au Rwanda en 94, dans le texte. Une démar­che ori­gi­nale pour com­pren­dre le rôle des offi­ciers fran­çais dans le géno­cide tutsi à partir de leur pro­pres décla­ra­tions. Conférence - débat le 26 avril à la librai­rie Terre des Livres.


16 avril


13 avril

  • Vie des quartiers - urbanisme - initiatives

    Goûter solidaire contre la fin de la trêve hivernale

    Depuis le 31 mars, fin de la trêve hiver­nale, plu­sieurs famil­les dont les enfants sont sco­la­ri­sés à l’école Gilbert Dru se retrou­vent à la rue ou dans des situa­tions d’héber­ge­ment très pré­cai­res. C’est pour­quoi des parents et des ensei­gnants de plu­sieurs écoles et col­lè­ges de l’agglo­mé­ra­tion lyon­naise s’orga­ni­sent et vous invite le jeudi 17 avril.


12 avril

  • Résistances et solidarités internationales

    Rencontre autour de la naissance d'une école autogérée

    Rencontre débat avec des cama­ra­des venu-e-s de Barcelone pré­sen­ter leur projet d’école auto­gé­rée, coo­pé­ra­tive et com­mu­nau­taire, le mer­credi 16 avril.


11 avril

  • Salariat - précariat

    Blocage du site ERDF de Vénissieux

    Depuis jeudi 10 avril, une tren­taine de sala­riés du groupe ERDF de Vaise et Vénissieux, blo­quent l’entrée du site de Vénissieux deman­dant entre autre le retrait des cour­riers d’aver­tis­se­ment et de blâmes adres­sés à cer­tains d’entre eux. Il se sont relayés toute la nuit du 10 au 11 avril dans l’attente d’une négo­cia­tion juste.

  • Résistances et solidarités internationales

    « Les négociations Israélo-Palestiniennes » : Premier bilan et perspectives

    Conférence d’Élias Sanbar, ambas­sa­deur de la Palestine auprès de l’UNESCO, mer­credi 16 avril à 18h, salle Victor Hugo, Lyon 3e.


9 avril

  • Discriminations

    Lecture de soutien à Act Up-Paris

    Pour sou­te­nir l’asso­cia­tion, rendre visi­bles ses actions et ses combat en matière de lutte contre le sida, deux évènements sont orga­ni­sés à Lyon dans la jour­née du samedi 12 avril


7 avril

  • Ecologie - nucléaire - Alternatives

    « No Gazaran » : Film & débat au ciné Caluire

    Projection le ven­dredi 18 avril à 20h30, avec le Collectif Caluire Environnement, du film docu­men­taire « No gaza­ran » suivi d’un débat. Avec la pré­sence de la réa­li­sa­trice Carole Menduni.


6 avril

  • Droits sociaux - santé - services publics

    Rassemblement contre la casse de l'assurance chômage

    Rassemblement contre la casse de l’assu­rance chô­mage à l’occa­sion de la venue de Pierre Gattaz (pré­si­dent du Medef) à Lyon 1, le mardi 8 avril à partir de 17h45. Et assem­blée géné­rale le mer­credi 9 avril à 15h à l’Opéra de Lyon.

  • Informatique

    Infokiosque et atelier informatique au squat Le Kajibi

    Ce mardi 8 avril à partir de 14h, le squat Kajibi pro­pose un info­kios­que et un ate­lier infor­ma­ti­que sur le thème « com­pren­dre et auto­gé­rer/par­ta­ger sa connexion Internet ».


3 avril


1er avril


30 mars


28 mars


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