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21 juin 1943 : arrestation de Jean Moulin à Caluire

Publié le 21 juin 2011

Maj le 18 octobre 2006

Nouvel épisode de l’Almanach de Myrelingue

L’arrestation de Caluire

Ce lundi 21 juin 1943, aux alen­tours de 15 heures, tout en haut de la montée Castellane qui domine l’île Barbe, sor­tant de trois trac­tions avant noires, une dizaine d’hommes de la Gestapo com­man­dés par Klaus Barbie encer­clent la maison du Docteur Dugoujon, place Castellane, à Caluire et Cuire, près de Lyon, où se tient une réu­nion clan­des­tine de la résis­tance orga­ni­sée autour de Jean Moulin. L’objet de cette réu­nion de Caluire, deve­nue si tris­te­ment célè­bre, était pour Jean Moulin de ren­contrer des res­pon­sa­bles de la résis­tance pour orga­ni­ser rapi­de­ment la relève à la tête de l’Armée Secrète qui vient d’être déca­pi­tée par l’arres­ta­tion du géné­ral Delestraint le 9 juin 1943 à Paris.

De ce rendez-vous fatal de Caluire, on retien­dra que Jean Moulin fut en retard de trois quarts d’heure à la « consul­ta­tion spé­ciale » du Docteur Dugoujon ; la ges­tapo, pré­ve­nue, en retard de trois quarts d’heure aussi...

Un seul des huit résis­tants par­vien­dra sans mal à s’échapper : René Hardy. Il y a de grande chance que ce soit lui qui ait vendu la mèche...

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Raymond Aubrac

Les sept autres, dont Raymond Aubrac [1], sont trans­fé­rés à la prison Montluc de Lyon. Le 25 juin, usant de métho­des bar­ba­res, Klaus Barbie par­vient à sup­po­ser l’iden­tité de « Max », alias Jean Moulin, qui est trans­féré à Paris à la fin du mois. Jean Moulin, martyr de la Résistance, l’homme qui ne par­lera pas, même sous la tor­ture, meurt, des suites des hor­ri­bles sévi­ces infli­gés par les tor­tion­nai­res de la Gestapo, vrai­sem­bla­ble­ment le 8 juillet 1943, en gare de Metz ou de Francfort, lors de son trans­fert par train à Berlin qui le conduit vers les camps de concen­tra­tion.

La carrière préfectorale

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Jean Moulin

Jean Moulin est né à Béziers le 20 juin 1899. Mobilisé en 1918, il par­ti­cipe aux der­niers mois de la Première Guerre mon­diale, puis obtient une licence de droit en 1921. Il entre alors dans l’admi­nis­tra­tion pré­fec­to­rale, comme chef de cabi­net du préfet de la Savoie, en 1922, puis comme sous-préfet d’Albertville, de 1925 à 1930. Il y est à l’époque le plus jeune sous-préfet de France.

Parallèlement, il publie des cari­ca­tu­res et des des­sins humo­ris­ti­ques dans la revue « Le Rire » sous le pseu­do­nyme de Romanin. En sep­tem­bre 1926, il se marie avec Marguerite Cerruti, dont il divorce en 1928.

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Avec Pierre Cot

Il occupe le poste de sous-préfet de Châteaulin en 1930. Pierre Cot, minis­tre des Affaires étrangères, le nomme chef adjoint de son cabi­net en décem­bre 1932. Sous-préfet de Thonon-les-Bains en 1933, il occupe paral­lè­le­ment la fonc­tion de chef de cabi­net de Pierre Cot au minis­tère de l’Air. En 1934 il assure les fonc­tions de secré­taire géné­ral de la pré­fec­ture de la Somme à Amiens et est de nou­veau nommé chef de cabi­net au minis­tère de l’Air, où il aide les Républicains espa­gnols en leur envoyant des avions et des pilo­tes.
Il devient le plus jeune préfet de France, dans l’Aveyron, à Rodez, en jan­vier 1937. Puis il est nommé en 1939 préfet d’Eure-et-Loir à Chartres.

La Résistance

Le 17 juin 1940, les Allemands occu­pent la ville de Chartres et exi­gent du préfet Moulin qu’il signe un texte accu­sant des tirailleurs séné­ga­lais d’avoir commis des viols et des mas­sa­cres sur les popu­la­tions civi­les, en réa­lité vic­ti­mes de bom­bar­de­ments et mitrailla­ges alle­mands. Jean Moulin refuse de signer ce texte, est vio­lem­ment frappé par les Allemands et, crai­gnant de flan­cher, tente de se sui­ci­der, pour ne pas avoir à se désho­no­rer, en se tran­chant la gorge avec un débris de verre. Il en a gardé une cica­trice qu’il cache avec une écharpe. Le récit de cet épisode adressé quel­ques mois plus tard à sa soeur, Laure, a été publié en 1947 par celle-ci sous le titre « Premier combat » (Editions de Minuit, 1947, réé­di­tion 1983). Au vu de ses idées, le préfet Moulin est révo­qué le 2 novem­bre 1940 par le gou­ver­ne­ment de Vichy.

Il s’ins­talle alors dans sa maison fami­liale de Saint-Andiol (Bouches-du-Rhône) et entre dans la Résistance.

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De Gaulle à la BBC

Il réus­sit à partir pour Londres en sep­tem­bre 1941, en pas­sant par l’Espagne, après s’être pro­curé lui-même tous les papiers néces­sai­res, sous le nom de Joseph Jean Mercier. Après avoir refusé de “tra­vailler” avec les Anglais, il ren­contre le géné­ral de Gaulle, chef des “Forces fran­çaise libres” qui lui confie la mis­sion de décou­vrir et de placer sous ses ordres les plu­sieurs grou­pe­ments de Résistance exis­tant en zone non occu­pée. Parachuté à l’aveu­glette dans les Alpilles, en Provence, dans la nuit du 31 décem­bre 1941 au 1er jan­vier 1942, Jean Moulin va accom­plir, en un an et demi, une tâche consi­dé­ra­ble : il réus­sit, tout en chan­geant en per­ma­nence de lieu et d’iden­tité, à rem­plir la mis­sion confiée. Il emploie les pseu­do­ny­mes de Rex puis de Max.

Il ins­talle alors son quar­tier géné­ral à Lyon, ville qui se prête à la résis­tance et en devient la capi­tale. Il a alors 43 ans, n’est pas très grand, d’appa­rence assez frêle, d’un natu­rel enjoué et il est doté d’un véri­ta­ble talent de pein­tre.

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Henry Frenay

Rien ne sem­blait le pré­dis­po­ser à l’action clan­des­tine dont il igno­rait tout. Il va pour­tant s’y adap­ter et révé­ler de gran­des qua­li­tés d’homme d’action, de res­pon­sa­bi­lité, et de per­sua­sion. De petits grou­pe­ments se for­ment autour de jour­naux clan­des­tins, mais ils man­quent d’argent, d’armes, d’expé­rience et ils sont réduits à la pro­pa­gande. Bref la Résistance existe mais elle est pauvre, désar­mée, peu nom­breuse, divi­sée et pra­ti­que­ment sans rela­tion avec la France libre.

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Jean-Pierre Lévy
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Emmanuel d’Astier

Jean Moulin va patiem­ment s’effor­cer de déci­der les res­pon­sa­bles de trois grou­pes prin­ci­paux : Henry Frenay pour Combat, Jean-Pierre Lévy pour Franc-tireur et Emmanuel d’Astier de la Vigerie pour Libération (qui, lui, était hébergé chez le pein­tre résis­tant Jean Couty à St Rambert l’île Barbe, face à Caluire, au nord de Lyon). Il leur pro­cure de l’argent, des postes émetteurs de radios... et par­vient, non sans mal, à apla­nir leurs dif­fé­rents, avec l’aide de Marcel Peck, res­pon­sa­ble lyon­nais de Combat, qui permit de faire avan­cer la dési­gna­tion d’un res­pon­sa­ble en écartant défi­ni­ti­ve­ment la can­di­da­ture de Frenay, son chef de file. Leur action abou­tit, en octo­bre 1942 à la créa­tion de l’Armée Secrète, fusion des grou­pes para­mi­li­tai­res de ces trois grands mou­ve­ments, dont le com­man­de­ment est confié au géné­ral Delestraint. Début 1943, Jean Moulin va faire fusion­ner com­plè­te­ment leurs moyens dans les Mouvements Unis de la Résistance (MUR).

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Delestraint

En février 1943, il retourne à Londres en com­pa­gnie du géné­ral Delestraint chef de l’Armée Secrète. Il en repart le 21 mars 1943, chargé pour mis­sion de créer le Conseil National de la Résistance (CNR), tâche peu aisée, car chaque mou­ve­ment cher­che à conser­ver son indé­pen­dance. La pre­mière réu­nion du CNR se tient à Paris le 27 mai 1943 et il en devient le pre­mier pré­si­dent.

C’est donc ici, à Caluire, le 21 juin 1943, que Jean Moulin, dit « Max », tombe aux mains du « Sicherheitsdienst », le ser­vice de ren­sei­gne­ments et de sécu­rité du IIIe Reich. Funeste jour­née que ce 21 juin 1943 où la tra­gé­die du drame per­son­nel qui se noue le dis­pute au carac­tère sor­dide de l’arres­ta­tion qui a changé le cours de l’his­toire de la Résistance.

Mais fai­sons atten­tion de ne pas nous can­ton­ner à la « Résistance des chefs », comme celle de Jean Moulin, pour ne pas occulter la « Résistance des mili­tants », celle des petits réseaux, des dis­si­dents ano­ny­mes dont l’action fut pour­tant tout à la fois essen­tielle et déci­sive.

P.-S.

Voir aussi :
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Moulin
- le livre de Daniel Cordier : Jean Moulin - La République des catacombes (Gallimard - 1999)
- le livre de Lucie AUBRAC : Ils partiront dans l’ivresse (Le Seuil, 1984)
- et celui de Pierre Péan : Vies et morts de Jean Moulin (Fayard-1998)

Notes

[1Lucie Aubrac réussira à le faire évader...


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