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On achève bien les mineur·es isolé·es étranger·es

L’Etat français a un problème avec les mineur·es isolé·es étranger·es. Avant d’être des étranger·es, ce sont des mineur·es, à ce titre protégé·es par la Convention internationale des droits de l’enfant que la France a promulguée il y a maintenant 28 ans. Alors, pour faire de ces enfants des sans-papiers comme les autres, l’Etat n’hésite pas, depuis juillet dernier, à les enfermer dans des centres, les DDAEOMIE, où des éducateur·ices zélé·es ont pour mission de déclarer majeur·es au moins 80% d’entre elleux. Et pour cela, toutes les méthodes sont bonnes : interrogatoires, menaces, humiliations, comptage de dents, test osseux... Si bien que ces jeunes, qui ont survécu à l’enfer de la traversée, deviennent en France des candidat-es au suicide. Jean, 16 ans, originaire du Cameroun, a accepté de témoigner.

- Est ce que tu veux te présenter un petit peu et nous dire comment ça s’est passé quand t’es arrivé à Toulouse ?

Je suis arrivé d’Espagne. J’ai pas voulu rester là bas, parce que je voulais pas rester quelque part où je comprenais pas la langue. La destination dès le départ pour moi c’était la France, parce que c’est tout bête mais moi on m’a toujours appris que c’était le pays des droits de l’homme, une terre d’asile. C’est cette image que j’avais de la France.

Ce qu’il faut savoir c’est que je suis venu avec un ami, qui est mort pendant la traversée. Je suis arrivé en gare Matabiau, je connaissais personne. Tout était différent pour moi, je voyais plein de gens... C’est pas comme en Afrique quoi, tout le monde va a ses activités, personne se salue. J’avais un peu peur de parler aux gens. J’ai rencontré une dame, une Centrafricaine, j’ai raconté ma situation. Elle m’a dit que j’avais la possibilité d’aller au Conseil Général. Elle m’y a conduit, et là-bas ils m’ont dit qu’ils venaient de créer un organisme, le DDAEOMIE. Je suis arrivé au DDAEOEMIE quelques jours après son ouverture.

- C’étaient quoi les questions qu’ils te posaient plusieurs fois par jour ?

Ta date de naissance, le nom de ton père et de ta mère, par quelles villes t’es passé pour venir, il fallait tout savoir en fait. Parfois on peut te dire des choses comme : tu parles pas comme un mineur, tu parles trop bien pour un mineur. Ils ont dit aussi que j’étais trop timide, trop réservé dans mon coin, que je me mélangeais pas trop au groupe, comme si j’avais des choses à cacher. Mais vu mon parcours, vu tout ce que j’ai traversé, je vais pas arriver là et parler à tout le monde !

Là-bas moi j’ai l’impression qu’ils ont que des clichés dans la tête en fait. Si tu parles bien français par exemple, t’es pas mineur. Je sais pas comment un mineur camerounais est censé parler. Je sais pas, il faut être bête peut-être.

Ils s’en foutent du parcours que t’as pu avoir, leur problème c’est de trouver une petite raison pour prouver que t’es pas mineur. C’est pas tellement pour écouter ce que t’as à dire en fait. T’as l’impression que c’est un jeu pour eux. Il faut juste trouver une raison pour dire : lui il est pas mineur.

Par exemple il y a des gens qui se trompaient sur la date de naissance de leurs parents, c’est possible, en Afrique on nous demande pas en fait. Moi par exemple on me demande le jour du décès de mes parents. Je connais l’année, le mois, mais j’ai pas besoin de connaître le jour ! Mais il faut que tu saches ça.

Tous les jeunes qui étaient là ils se sentaient vraiment, vraiment mal dans cet environnement. On avait l’impression d’être des gens suspects, d’avoir fait quelque chose de mal, je sais pas comment expliquer ça. C’était vraiment comme un interrogatoire de police. Et on ne pouvait pas sortir.

La suite à lire sur : https://iaata.info/On-acheve-bien-les-mineur-es-isole-es-etranger-es-1879.html

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