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Prostitution : liberté sexuelle ou liberté de consommer du sexe ?

Publié le 20 juillet 2010

Depuis des siè­cles, la pros­ti­tu­tion est l’un des piliers fon­da­men­taux de la domi­na­tion mas­cu­line. A pré­sent, même si les per­son­nes pros­ti­tuées ne sont pas toutes des femmes, elles s’iden­ti­fient rare­ment comme appar­te­nant à une caté­go­rie iden­ti­taire de genre mas­cu­lin. Ce qui n’est pas le cas de la clien­tèle. La pros­ti­tu­tion ali­mente le mythe d’un « besoin sexuel » supé­rieur chez les hommes et celui d’une véna­lité « natu­relle » chez les femmes qui ne consen­ti­raient que dans le cadre d’un échange pour obte­nir autre chose qu’un rap­port sexuel.

Selon les sché­mas du patriar­cat, un homme se défi­nit par lui-même, sa sexua­lité n’aura pas d’inci­dence majeure sur son iden­tité, par contre une femme est défi­nie par rap­port aux hommes, et de sa sexua­lité décou­lera l’iden­tité que la société lui attri­buera. Cela se confirme, entre autre, par l’obser­va­tion des habi­tu­des lan­ga­giè­res. Par exem­ple, l’usage quo­ti­dien et admi­nis­tra­tif impo­sant le qua­li­fi­ca­tif intru­sif et infan­ti­li­sant du terme « made­moi­selle » aux femmes céli­ba­tai­res (ou sup­po­sées l’être) ainsi qu’aux peti­tes filles induit l’idée selon laquelle l’inti­mité d’une humaine doit être étalée sur la place publi­que. De même, cer­tai­nes admi­nis­tra­tions attri­buent d’office à une femme mariée le nom de son époux même lorsqu’il appa­raît clai­re­ment qu’elle ne l’a pas choisi, et fei­gnent d’igno­rer qu’un homme marié peut porter le nom de son épouse.

Sous l’Antiquité à Rome et en Grèce, la pros­ti­tu­tion était encou­ra­gée pour pré­ser­ver la famille patriar­cale. Le sys­tème patriar­cal cons­truit, pour se péren­ni­ser, des car­cans iden­ti­tai­res aux­quels les femmes doi­vent se confor­mer. Ils se divi­sent en deux gran­des caté­go­ries : la femme « puri­fiée » qui appar­tient à un seul homme, est lavée de son « impu­reté ori­gi­nelle » en accé­dant au rôle sacra­lisé de « la mère qui enfante dans la dou­leur » (ex : la ména­gère fidèle dont la sexua­lité est niée à l’image de la « vierge » marie), et celle qui est « impure », appar­tient à tous les hommes et sert de récep­ta­cle aux « pul­sions sexuel­les » des domi­nants afin de pré­ser­ver la « vertu » de l’autre femme (la pros­ti­tuée qui n’existe qu’à tra­vers une sexua­lité dont elle est dépos­sé­dée).

Objets sacra­lisé ou méprisé, on les oppose alors qu’elles sont les deux facet­tes de la même femme alié­na­ble ou alié­née, jamais pro­prié­taire d’elle même. Il existe de mul­ti­ples formes de rela­tions pros­ti­tu­tion­nel­les qui ne sont pas reconnues comme telles (ex : dépen­dance économique et « devoir conju­gal » des « femmes au foyer »). La pros­ti­tu­tion par­ti­cipe à leur main­tien au tra­vers des repré­sen­ta­tions qu’elle véhi­cule par sa simple exis­tence. Elle encou­rage la volonté de toute puis­sance des indi­vi­dus qui pré­fè­rent payer plutôt que pren­dre le risque de vivre des rela­tions sexuel­les égalitaires. « Mais ce qu’ils achè­tent, en un sens, c’est le pou­voir. Nous sommes cen­sées nous confor­mer à leur bon plai­sir. Ils nous dic­tent leur volonté et nous, nous devons leur plaire, obéir à leurs ordres. Même dans le cas des maso­chis­tes, qui aiment obéir, c’est encore sur leur ordre à eux que nous les com­man­dons. La pros­ti­tu­tion rabaisse non seu­le­ment les femmes, mais aussi le sexe... oui, elle rabaisse le sexe.[...] il y a dans la pros­ti­tu­tion une indi­gnité par­ti­cu­lière, comme si le sexe était une chose sale et que les hommes ne pou­vaient en jouir qu’avec quelqu’un de bas. Ça impli­que une espèce de mépris, de dédain, et une sorte de triom­phe sur un autre être humain. » [1]

Dès le Moyen Âge, l’Eglise est favo­ra­ble à la pros­ti­tu­tion. « « Supprimez les pros­ti­tuées, disait saint Augustin, vous trou­ble­rez la société par le liber­ti­nage. » Et plus tard saint Thomas [...] déclare : « Retranchez les femmes publi­ques du sein de la société, la débau­che la trou­blera par des désor­dres de tous genre. Les pros­ti­tuées sont dans une cité ce qu’est le cloa­que dans un palais : sup­pri­mez le cloa­que, le palais devien­dra un lieu mal­pro­pre et infect. » » [2]. « Et Mandeville dans un ouvrage qui fit du bruit : « Il est évident qu’il existe une néces­sité de sacri­fier une partie des femmes pour conser­ver l’autre et pour pré­ve­nir une saleté d’une nature plus repous­sante. » » [3].

« A mon avis, la convic­tion que les femmes sont sales, que les orga­nes géni­taux sont sales, nous colle vrai­ment à la peau. Si je n’aime pas qu’un type me jouisse dessus, je croie que c’est pour ça. Parce que je me trouve sale. Je n’aime pas ça parce que j’ai l’impres­sion que je suis sale... et qu’eux ne le sont pas. Peut-être qu’eux, ça les lave. Le fait qu’on se croie sale est très impor­tant. » [4]. Il est donc clair qu’en réa­lité, l’idéo­lo­gie puri­taine rejette la liberté sexuelle et non la pros­ti­tu­tion car cette der­nière lui sert d’exu­toire. Les puri­tain-e-s ont inté­rêt à entre­te­nir la confu­sion entre les deux pour occulter l’exis­tence poten­tielle ou vécue d’une jouis­sance ina­lié­na­ble.

On peut cons­ta­ter que l’Eglise a réussi son entre­prise de condi­tion­ne­ment mental dura­ble et pro­fond car la pros­ti­tu­tion rem­plit tou­jours son rôle de force de répres­sion contre la libé­ra­tion des per­son­nes domi­nées en impo­sant l’image d’une véna­lité « natu­relle » et le sen­ti­ment de culpa­bi­lité dans leur sexua­lité. « L’une des pires choses, c’est de faire sem­blant. Il fal­lait mimer l’orgasme. Les hommes l’atten­dent parce que c’est la preuve de leur viri­lité.C’est une des pires choses. Ça, c’est vrai­ment se conduire en putain, cette mal­hon­nê­teté. » [5]

Au contraire, la véri­ta­ble liberté sexuelle fait du désir et de la jouis­sance de chaque per­sonne une fin en soi et exclut les « non-dits », la simu­la­tion ainsi que les rap­ports de domi­na­tion. Les « tra­vailleu-se-r-s du sexe » qui récla­ment la règle­men­ta­ri­sa­tion de la pros­ti­tu­tion décla­rent sou­vent ne pas vendre leur corps mais un « ser­vice sexuel ». Ce « ser­vice » se tra­duit quoi qu’il en soit par une mise à dis­po­si­tion du corps. Une sorte de loca­tion, comme si le corps d’une per­sonne était un objet... un objet exté­rieur à elle-même. Et c’est à ce rap­port de cho­si­fi­ca­tion et de divi­sion avec leur propre corps que les per­son­nes pros­ti­tuées sont contrain­tes de se sou­met­tre pour satis­faire les exi­gen­ces de leur clien­tèle. Cette vision réduc­trice du corps devenu objet est bana­li­sée car pro­fon­dé­ment inté­grée dans les men­ta­li­tés. Ils influen­cent les prises de posi­tion des régle­men­ta­ris­tes et des légi­ti­mis­tes qui accu­sent les abo­li­tion­nis­tes de puri­ta­nisme. Il est pour­tant le fruit du condi­tion­ne­ment mental puri­tain qui consiste à vou­loir sépa­rer ce qui est sup­posé être « le corps » de ce qui est sup­posé être « l’esprit » en les pla­çant dans un rap­port hié­rar­chi­que. Puisque le corps est jugé « infé­rieur », il peut alors servir d’usten­sile, d’outil de tra­vail.

Cette divi­sion hié­rar­chi­que sert aussi de sup­port à l’exploi­ta­tion capi­ta­liste en géné­ral, qu’elle se tra­duise par le sala­riat où par n’importe quel autre forme de rap­port mar­chand. Cependant, dans la pros­ti­tu­tion ce ne sont pas seu­le­ment cer­tai­nes par­ties du corps qui sont uti­li­sées, mais le corps tout entier selon les envies du client qui, comme dans tous com­merce est « roi ». « Le pire, dans la pros­ti­tu­tion, c’est qu’on est obligé de vendre, non seu­le­ment son sexe, mais aussi son huma­nité. C’est ça le pire : ce qu’on vend, c’est sa dignité humaine. » [6]

Le mot « tra­vail » vient du latin « tri­pa­lium » qui dési­gnait un ins­tru­ment de tor­ture. Et jusqu’à main­te­nant, il a gardé son sens pre­mier : la souf­france, la péni­bi­lité, le tour­ment. Il inclut un sens sacri­fi­cielle et appar­tient à la morale reli­gieuse : « Tu tra­vaille­ras désor­mais à la sueur de ton front [...] » (La Genèse). D’ailleurs, le « Qui ne tra­vaille pas ne mange pas. » de St Paul fait écho à la morale capi­ta­liste et à ses consé­quen­ces désas­treu­ses. Pour vivre (ou sur­vi­vre) il fau­drait se sou­met­tre à l’obli­ga­tion de sacri­fier son temps et son corps, gâcher une partie plus ou moins impor­tante de sa vie et de sa santé dans la souf­france.

Avec le déve­lop­pe­ment de la bour­geoi­sie, le sens de ce mot s’est élargi à celle d’acti­vité mar­chande, l’ins­cri­vant ainsi dans la dimen­sion de l’échange qui induit la com­pé­ti­tion entre les indi­vi­dus et leurs iné­ga­li­tés économiques et socia­les. L’idéo­lo­gie du tra­vail s’impose et empri­sonne les per­son­nes dans cette obli­ga­tion du « don – contre don » qui sert de jus­ti­fi­ca­tion « indis­cu­ta­ble » à la domi­na­tion et à l’exploi­ta­tion. Par consé­quent, il n’est pas étonnant que le tra­vail soit une valeur d’extrême droite. A l’entrée du camps de concen­tra­tion d’Auschwitz il était écrit « Le tra­vail rend libre » et la devise du Maréchal Pétain était « Travail, Famille, Patrie ».

Pour que le tra­vail soit aboli, il fau­drait que les acti­vi­tés utiles soient dis­tri­buées et exer­cées dans une dyna­mi­que de par­tage et de gra­tuité qui prenne en compte les besoins et les désirs de chaque per­sonne, et non dans un main­tien des rap­ports mar­chands qui, eux, sont basés sur une logi­que d’échange.

D’autre part, par le biais de la por­no­gra­phie com­mer­ciale dite « pro­fes­sion­nelle », de la publi­cité sexiste et des dif­fé­ren­tes formes de pros­ti­tu­tions, le capi­ta­lisme a inté­rêt à faire passer la consom­ma­tion de sexe pour de la liberté sexuelle. Elene Vis, fon­da­trice de « l’école du sexe » au Pays-Bas déclare à ses élèves « Vous pouvez parler de tech­ni­ques de vente. Vous devez vous vendre et peu importe qu’il s’agisse de votre propre corps ou d’aspi­ra­teurs. Le prin­cipe est le même ». Vouloir qu’un acte sexuel puisse être un « ser­vice » rendu dans le cadre d’un échange revient à vou­loir défen­dre l’idée selon laquelle les per­son­nes domi­nées doi­vent « natu­rel­le­ment » s’abs­te­nir de recher­cher le plai­sir pour elles-mêmes. C’est vou­loir que la sexua­lité soit un pro­duit qui se vend plutôt qu’un plai­sir qui se par­tage. La pros­ti­tu­tion, c’est l’alié­na­tion de la sexua­lité au capi­ta­lisme !

Vouloir la créa­tion d’un statut pro­fes­sion­nel de « tra­vailleu-se-r-s du sexe » c’est reconnaî­tre une uti­lité sociale à la pros­ti­tu­tion, c’est adhé­rer à la morale puri­taine, à la mar­chan­di­sa­tion et au patriar­cat. La pros­ti­tu­tion ne repré­sente aucun danger pour le sys­tème. Au contraire, elle est à son ser­vice et le sert avec une effi­ca­cité redou­ta­ble lorsqu’elle se reven­di­que « libre­ment choi­sie ».

La loi Sarkozy contre le « raco­lage passif » cri­mi­na­lise les per­son­nes pros­ti­tuées les plus vul­né­ra­bles. L’écrasante majo­rité d’entre elles n’ont pas choisi de se pros­ti­tuer parce qu’elles en éprouvaient le désir, mais pour sur­vi­vre en espé­rant que cette situa­tion sera tem­po­raire. Pourtant ce n’est pas à elles que les médias capi­ta­lis­tes et machis­tes ont donné la parole au moment de la pro­mul­ga­tion de cette loi, mais à des com­mer­cia­les du sexe ultra mino­ri­tai­res qui s’ins­cri­vent dans une démar­che règle­men­ta­riste et/ou légi­ti­miste et non pas révo­lu­tion­naire, reven­di­quant le titre de « tra­vailleu-se-r-s du sexe ». Leur argu­ment cen­tral est que la pros­ti­tu­tion serait majo­ri­tai­re­ment un « choix pro­fes­sion­nel », et que son exis­tence serait une néces­sité.

C’est ce que pen­sent également les anti-fémi­nis­tes (comme par exem­ple Eric Zémmour), dont celles et ceux qui, comme Elizabeth Badinter, affi­chent une étiquette de « fémi­niste ». Le dis­cours de Christine Boutin et Chantal Brunel (dépu­tée UMP de Seine-et-Marne) est plus hypo­crite encore, car tout en admet­tant que la pros­ti­tu­tion est une vio­lence faite aux femmes, elles pré­co­ni­sent la réou­ver­ture des mai­sons closes.

On entend sou­vent « Si elles décla­rent que c’est un choix, où est le pro­blème ? ». D’une part elles sont ultra-mino­ri­tai­res à décla­rer que « c’est un choix » même si elles s’expri­ment au nom de toutes. D’autre part, qu’enten­dons-nous par « c’est un choix » ? Dans le cas d’un objet, « l’essence – c’est à dire l’ensem­ble des recet­tes et des qua­li­tés qui per­met­tent de le pro­duire et de le défi­nir – pré­cède l’exis­tence » (J-P Sartre). Le concept « table » pré­cède et condi­tionne la fabri­ca­tion de tables. A l’inverse, pour les humain-e-s, l’exis­tence pré­cède l’essence car aucune divi­nité n’est à l’ori­gine de notre « créa­tion ». « Il n’y a donc pas de nature humaine puisqu’il n’y a pas de dieu pour la conce­voir » (J-P Sartre). Nous exis­tons d’abord, nous nous défi­nis­sons ensuite par l’ensem­ble de nos actes. Chaque per­sonne est donc res­pon­sa­ble de ce qu’elle est, car elle n’est pas l’oppres­sion qu’elle subit ni l’un de ses actes isolé des autres. Elle est ce qu’elle choisi de faire et de dire dans les limi­tes de la marge de manœu­vre dont elle dis­pose qui dépend du contexte dans lequel elle se trouve. Elle est son propre projet, le fruit de ses choix, de ses choix uni­que­ment, et l’injus­tice dont elle est la cible ne la défi­nit abso­lu­ment pas. Être cons­cient-e-s nous oblige en per­ma­nence à faire des choix car nous n’avons pas d’ins­tinct pour nous dicter notre conduite.

La res­pon­sa­bi­lité que la condi­tion humaine nous confère peut être angois­sante, mais elle est aussi le signe de nos liber­tés poten­tiel­les. La plu­part des choix sont des choix par dépit, des choix stra­té­gi­ques de survie ou d’auto-des­truc­tion maté­rielle et/ou psy­chi­que, plus rare­ment, nous esti­mons avoir l’oppor­tu­nité de choi­sir par désir. Tout acte humain est donc le résul­tat d’un choix, mais ce choix est la plu­part du temps un consen­te­ment sans désir. Au sein des armées, il y a des indi­vi­dus qui y sont entrés volon­tai­re­ment, parce qu’ils adhè­rent à l’idéo­lo­gie mili­ta­riste. Il y a aussi des per­son­nes qui y sont entrées volon­tai­re­ment, mais sans désir ni convic­tion, parce qu’elles ne voyaient pas d’autre moyen pour sur­vi­vre. Et il y en a aussi qui sont enrô­lées de force, parmi elles cer­tai­nes font le choix de tenter une évasion et d’autres se sui­ci­dent.

On ne peut pas défen­dre la liberté sexuelle en se satis­fai­sant de la notion de consen­te­ment (qui d’ailleurs convient par­fai­te­ment à la jus­tice étatique dans de nom­breux cas de viols). Il est très fré­quent qu’une per­sonne consente à avoir une rela­tion sexuelle, non pas parce qu’elle en éprouve le désir mais parce qu’elle pense qu’elle le doit, ou estime ne pas pou­voir s’y sous­traire sans pren­dre de ris­ques qu’elle ne pour­rait sup­por­ter. Une passe, c’est un viol tarifé !

L’expres­sion « liberté de choix » avan­cée dans les dis­cours régle­men­ta­ris­tes sonne creux... Au tra­vers de son uti­li­sa­tion, il appa­raît une confu­sion entre la défi­ni­tion de la liberté dans la doc­trine libé­ra­liste et la défi­ni­tion de la liberté d’un point de vue anar­chiste. Pourtant, d’un côté on s’ins­crit dans un sys­tème de com­pé­ti­tions et de per­for­man­ces qui répar­tie les pos­si­bi­li­tés d’exer­cer le libre arbi­tre de manière iné­gale. De l’autre côté on estime que la véri­ta­ble liberté, celle pour laquelle on se bat, ne peut s’accom­plir que dans l’égalité économique et sociale incondi­tion­nelle. Il est évident que ces deux défi­ni­tions s’oppo­sent même si les « tra­vailleu-se-r-s du sexe » décla­rent choi­sir leur clien­tèle et pré­ten­dent aimer « le sexe ».

Mais il y a aussi des per­son­nes pros­ti­tuées qui choi­sis­sent de deman­der de l’aide aux ser­vi­ces sociaux et aux asso­cia­tions abo­li­tion­nis­tes pour trou­ver la force et les moyens de quit­ter la pros­ti­tu­tion. Je sup­pose qu’elles ont leurs rai­sons... leurs situa­tions sont com­pli­quées et elles sont très nom­breu­ses aux regard des moyens dont dis­po­sent ces ser­vi­ces sociaux et ces asso­cia­tions. En fai­sant l’apo­lo­gie de la pros­ti­tu­tion, les « tra­vailleu-se-r-s de sexe » font un choix idéo­lo­gi­que et poli­ti­que ultra-libé­ra­liste et non liber­taire, de la pro­pa­gande par l’acte contre la liberté sexuelle. « Une liberté qui ne s’emploie qu’à nier la liberté doit être niée », Simone de Beauvoir. Adhérer à leurs dis­cours n’est pas com­pa­ti­ble avec une quel­conque soli­da­rité a l’égard de l’écrasante majo­rité des per­son­nes pros­ti­tuées.

C’est facile de se pro­cla­mer « de gauche », voir « liber­taire » comme le font cer­tains indi­vi­dus favo­ra­bles à la pros­ti­tu­tion. Certains grou­pus­cu­les et partis d’extrême droite se pré­ten­dent bien anti-racis­tes et/ou fémi­nis­tes, eux aussi... C’est un moyen très effi­cace pour brouiller les pistes que de se vau­trer, avec une bonne rhé­to­ri­que, dans la mal­hon­nê­teté intel­lec­tuelle avec ou sans paillet­tes. Pour l’audi­toire, il peut appa­raî­tre plus confor­ta­ble de se blot­tir dans le voile ras­su­rant d’une néga­tion bien fice­lée. Il y a bon nombre de lâches et de cré­du­les avides de cli­chés nour­ris­sant leurs fan­tas­mes de domi­na­tion pour croire à des décla­ra­tions pro­fé­rées par des per­son­nes qui s’auto­pro­cla­ment repré­sen­ta­ti­ves parce qu’elles par­lent beau­coup plus fort que les autres. Par contre c’est très com­pli­qué, pour le plus grand nombre des per­son­nes pros­ti­tuées de faire enten­dre leur véri­ta­ble point de vue. Non seu­le­ment parce que les médias ne leur don­nent que très rare­ment la parole, mais aussi parce que dans la pros­ti­tu­tion le men­songe et la simu­la­tion sont obli­ga­toi­res, vis à vis de la clien­tèle avé­rées ou poten­tiel­les, des « col­lè­gues », et des proxé­nè­tes, c’est une ques­tion de survie.

Alors, entre l’écrasante majo­rité des per­son­nes pros­ti­tuées qui ne dis­po­sent pas de la marge de manœu­vre néces­saire pour s’expri­mer libre­ment, et les « tra­vailleu-se-r-s du sexe » qui uti­li­sent les médias pour vanter les méri­tes de la ser­vi­tude sexuelle volon­taire, il y a effec­ti­ve­ment une dif­fé­rence fon­da­men­tale.

Il est aber­rant de croire que qui­conque a la capa­cité de parler à la place, ou au nom de l’ensem­ble des per­son­nes pros­ti­tuées. Cela revien­drait à croire qu’elles ont toutes le même point de vue. C’est nier une grande part de ce qui fait leur condi­tion humaine, à savoir leurs sub­jec­ti­vité. Parmi les per­son­nes sans-papiers, il y en a qui se bat­tent pour la régu­la­ri­sa­tion de tout le monde et pour la liberté de cir­cu­la­tion incondi­tion­nelle. Il y a aussi des sans-papiers qui défen­dent la régu­la­ri­sa­tion au cas par cas, et même des per­son­nes régu­la­ri­sées qui exploi­tent des nouve-lles-aux sans-papiers. De nom­breu­ses per­son­nes sans-papiers sont iso­lées et épuisées par tout ce qu’elles sup­por­tent et esti­ment ne pas avoir la force de se battre dans une dimen­sion col­lec­tive. Il y a des femmes vic­ti­mes de vio­len­ces conju­ga­les qui se révol­tent, s’orga­ni­sent et/ou vont cher­cher de l’aide pour échapper à leurs oppres­seurs. D’autres croient avoir mérité les coups qu’elles ont reçu. Et cer­tai­nes pen­sent que lors­que cela arrive à la voi­sine, cette der­nière « l’a bien cher­ché ». Je pour­rais mul­ti­plier les exem­ples d’exploi­ta­tion, d’oppres­sions, d’alié­na­tions et de stig­ma­ti­sa­tions, on retrouve par­tout la même diver­sité d’opi­nions.

Quand on a la chance de pou­voir s’expri­mer libre­ment, il est plus hon­nête d’admet­tre sa propre sub­jec­ti­vité et de l’assu­mer. Ma sub­jec­ti­vité, quant à elle est influen­cée par l’idéo­lo­gie à laquelle j’adhère. Et elle me conduit à choi­sir mon « camp », du côté des per­son­nes pros­ti­tuées, et non de celui des « tra­vailleu-se-r-s du sexe ».

L’Etat fran­çais se pré­tend abo­li­tion­niste alors que sa poli­ti­que est un mélange de règle­men­ta­tion (pré­lè­ve­ment d’impôts sur les reve­nus des per­son­nes pros­ti­tuées, reconnues par le Trésor Public comme « Travailleurs indé­pen­dants », ce qui les condamne à une ren­ta­bi­lité accrue, par­ti­cipe à leurs fré­quents endet­te­ments et fait de l’Etat le pre­mier proxé­nète de France) et de pro­hi­bi­tion (lois contre le « raco­lage passif »). La confu­sion entre abo­li­tion­nisme et pro­hi­bi­tion­nisme est récur­rente dans les dis­cours des régle­men­ta­ris­tes. Le pro­hi­bi­tion­nisme, comme le régle­men­ta­risme décou­lent logi­que­ment de tout sys­tème étatique et/ou capi­ta­liste. Alors que l’abo­li­tion­nisme est la posi­tion la plus cohé­rente avec les valeurs fon­da­men­tale du com­mu­nisme liber­taire révo­lu­tion­naire.

Un des argu­ments du régle­men­ta­risme est basé sur la croyance en une amé­lio­ra­tion de la situa­tion sociale et sani­taire des per­son­nes pros­ti­tuées. En réa­lité, il leur impose un contrôle médi­cal accom­pa­gné d’une ins­crip­tion sur les regis­tres poli­ciers. Il fait le jeu des proxé­nè­tes qui béné­fi­cient d’une forte com­pli­cité de la part de la police. Et les per­son­nes pros­ti­tuées pré­fè­rent majo­ri­tai­re­ment la clan­des­ti­nité à ce fichage qui scelle leur ancrage dans la pros­ti­tu­tion.

Dans le cadre d’une régle­men­ta­ri­sa­tion com­plète de la pros­ti­tu­tion, il serait logi­que que le Pôle Emploi tente d’impo­ser aux chomeu-se-r-s en fin de droit des postes de « tra­vailleu-se-r-s du sexe » dans les mai­sons « ouver­tes » de C. Brunel. Les poli­ti­ques régle­men­ta­ris­tes et pro­hi­bi­tion­nis­tes sont pré­sen­tées comme oppo­sées, pour­tant leurs effets se res­sem­blent... Une des reven­di­ca­tions des asso­cia­tions de « tra­vailleu-se-r-s du sexe » est la légi­ti­ma­tion de la pros­ti­tu­tion. L’asso­cia­tion pari­sienne « LesPutes » par exem­ple, pro­po­sent la créa­tion d’écoles euro­péen­nes qui for­me­raient des « expert-e-s », c’est-à-dire des per­son­nes dont les com­pé­ten­ces sexuel­les seraient supé­rieu­res à celles des autres. Ceci ne pour­rait que ren­for­cer la pré­sence, déjà enva­his­sante, des notions de per­for­mance, de com­pé­ti­tion et de concur­rence dans la sexua­lité, ce qui cor­res­pond, là encore, à une concep­tion de la liberté sexuelle ultra-libé­ra­liste et non liber­taire.

Quelques « tra­vailleu-se-r-s du sexe » regroupé-e-s dans ces asso­cia­tions règle­men­ta­ris­tes et légi­ti­mis­tes s’insur­gent contre ce qu’elles nom­ment une « vic­ti­mi­sa­tion » de la part des abo­li­tion­nis­tes. Cependant, elles vic­ti­mi­sent volon­tiers leur clien­tèle, notam­ment avec des slo­gans comme « Touche pas à mon client ». Le statut de vic­time n’est pas une iden­tité dégra­dante mais le résul­tat d’une situa­tion injuste, et sa prise de cons­cience est néces­saire à la révolte et au désir de libé­ra­tion. Se reconnaî­tre et être reconnu-e comme vic­time est la pre­mière étape d’un pro­ces­sus qui va per­met­tre à la per­sonne de se recons­truire et de se libé­rer du sen­ti­ment de culpa­bi­lité induit par les humi­lia­tions. C’est aussi pour cela qu’il est impor­tant de s’oppo­ser à la véri­ta­ble vic­ti­mi­sa­tion, celle des cou­pa­bles que sont les pros­ti­tueurs, clien­tèle et proxé­nè­tes en tête. Car en vic­ti­mi­sant les cou­pa­bles on culpa­bi­lise les vic­ti­mes et on tombe dans une sorte de néga­tion­nisme. Très à la mode en ce moment, le rejet de la notion de vic­time résulte d’un nar­cis­sisme fondé sur l’admi­ra­tion de l’image du domi­nant. Et de fait, ce rejet est tota­le­ment anti-sub­ver­sif. En effet, s’il n’y a pas de vic­time, alors c’est qu’il n’y a pas d’injus­tice et aucune raison de com­bat­tre, ni même de cri­ti­quer ce « mer­veilleux » sys­tème. Les pro-pros­ti­tu­tion, « tra­vailleu-se-r-s du sexe » ou pas, nient la sor­dide réa­lité du vécu concret de l’écrasante majo­rité des per­son­nes pros­ti­tuées, de la traite de cen­tai­nes de mil­liers d’ humain-e-s dont cer­tain-e-s sont des enfants et des pro­fits finan­ciers qu’elle génère pour les proxé­nè­tes.

Lorsque le capi­ta­lisme, le puri­ta­nisme et le patriar­cat auront été abolis, la pros­ti­tu­tion sous toutes ses formes aura dis­paru !

Alors bat­tons nous pour de meilleurs droits pour tou-te-s, des droits incondi­tion­nels et non soumis au statut de « tra­vailleu-se-r du sexe » (ni même de tra­vailleuse-r de quel­que domaine que ce soit). Pour l’égalité économique et sociale !

Pour la sup­pres­sion des lois qui taxent, cri­mi­na­li­sent et empê­chent les per­son­nes pros­ti­tuées de s’échapper de la pros­ti­tu­tion !

Pour l’annu­la­tion totale des dettes qu’elles ont contrac­tées ! Pour une aug­men­ta­tion consé­quente des mon­tants de mini­mas sociaux, assor­tie de la sup­pres­sion de l’obli­ga­tion qui incombe aux béné­fi­ciai­res de « s’inser­rer pro­fes­sion­nel­le­ment » !

Pour une aug­men­ta­tion consé­quente des moyens attri­bués aux asso­cia­tions et ser­vi­ces sociaux abo­li­tion­nis­tes afin de pou­voir pro­po­ser à toutes les per­son­nes pros­ti­tuées un accom­pa­gne­ment social et un accès à des soins adap­tés.

Régularisaton dura­ble et sans condi­tion de tou-te-s les sans-papier ! Pour une véri­ta­ble liberté de cir­cu­la­tion et d’ins­tal­la­tion et l’accès aux même droits pour tou-te-s !

Pour une éducation sexuelle fondée sur la valeur ina­lié­na­ble de la sexua­lité de chaque per­sonne !

Mélusine Ciredutemps


Pour appro­fon­dir la réflexion :

- L’excel­lent roman auto­bio­gra­phi­que de Jeanne Cordelier « La Dérobade » (Phébus), qui raconte les quatre années de sa vie durant les­quel­les elle était pros­ti­tuée.

- « Anarchisme, fémi­nisme, contre le sys­tème pros­ti­tu­tion­nel » Hélène Hernandez et Elisabeth Claude (Editions du Monde Libertaire).

- « Femmes Libres » de Mary Nash (La pensée sau­vage) qui met en lumière l’orga­ni­sa­tion fémi­niste et anar­chiste espa­gnole « Mujeres Libres » de 1936 à 1939.

- « Planète sexe » de Franck Michel à propos du tou­risme sexuel et de ses liens avec les autres formes de pros­ti­tu­tion (Editions Homnisphères).

- L’arti­cle de Mona Chollet « Prostitution : les pièges du prag­ma­tisme », sur « péri­phé­rie.org » (malgré un désac­cord concer­nant le rap­port pros­ti­tu­tion­nel dans le mariage à l’époque où Simone de Beauvoir a écrit Le Deuxième Sexe).

- Le télé­film en deux par­ties du réa­li­sa­teur David Yates : « Sexe trafic ».

P.-S.

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Prostitution : liberté sexuelle ou liberté de consommer du sexe ?

Une première version moins approfondie de cet article a été publiée dans le Courant Alternatif d’avril 2008 (n°179) et est en ligne sur le site internet de l’Organisation Communiste Libertaire.

Notes

[1Témoignage de J, ancienne prostituée, dans : La prostitution. Quatuor pour voix féminines de Kate Millett (Denoël Gonthier – collection femme)

[2Simone de Beauvoir ’’Le deuxième sexe’’ Tome1

[3Simone de Beauvoir ’’Le deuxième sexe’’ Tome2

[4Témoignage de J, ancienne prostituée, dans : La prostitution. Quatuor pour voix féminines de Kate Millett (Denoël Gonthier – collection femme)

[5Témoignage de J, ancienne prostituée, dans : La prostitution. Quatuor pour voix féminines de Kate Millett (Denoël Gonthier – collection femme)

[6Témoignage de J, ancienne prostituée, dans : La prostitution. Quatuor pour voix féminines de Kate Millett (Denoël Gonthier – collection femme)

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  • Le 4 septembre 2010 à 11:59

    Misères de l’anarchisme fin de race. On trouvera dans l’ignominieux dernier numéro d’alternative libertaire un dossier entier défendant le même type d’arguments. Misère, misère. Je pense au collectif d’auto-support Stella de Montréal, je pense aux formes de soins radicalement nouveaux qu’elles mettent en oeuvre, sans moraline. Je pense au manifeste des putes de Calcutta, à ce quartier entier autogéré par les femmes elles-mêmes. Par quelle malveillance tordue vouloir à tout prix abattre les prostituées qui s’organisent ?

  • Le 9 août 2010 à 22:12

    L’intellectualisme est un isme qui rime trop souvent avec sexisme. Je ne sais pas si les gentes abolitionnistes ou légalistes qui se permettent de parler à la place des putes ont déjà foutu un pied dans la rue ou dans le milieu du tapin, mais j’en doute. C’est sur que quand on a des parents qui vous payent des études pendant pleins d’années, on peut se permettre de dire aux autres qu’il faut pas travailler. Dans un monde merveilleux de romantico révolutionnaire, je n’aurais pas tapiner puisque l’argent n’existerais pas. Mais excuse moi de te dire Melusine qu’on est très loin de ça. Tu devrais pourtant le savoir, toi qui sais tant de choses. Je n’ai jamais rencontré unE seulE travailleureuse du sexe négationniste. L’idée n’est pas de nier mais de s’organiser contre toutes formes d’agressions : flics, clients, proxénètes, puritainEs et intellectualistes de merde. Qui de mieux qu’un groupe d’autosupport, c’est à dire les travailleureuses du sexe elles même, pour pouvoir s’assumer, se libérer et s’entraider. Ce n’est pas en écrivant une thèse synthétique et abolitionniste sur un média libre que les choses vont réellement évoluer. Ce n’est pas le moment de faire revivre des langues mortes. Moi je tapine et je ne débattrais pas plus longtemps, je n’ai pas a justifier de mes actes, surtout quand il s’agit de mon cul. Mais juste dire que les meilleures discussions que j’ai eu de ma vie sur les questions de genre et de sexualité, c’est avec des clients. Eux n’ont aucun intérêt à se la jouer pro-féministe ou intello de gauche. Alors ils me disent merci, ils me respectent, ils apprennent que c’est pas grave d’être éjaculateur précoce, que ils sont pas obligés d’être des monstres de performance. Ouais y’a un échange. Chose que beaucoup de personnes du milieux oublient, préférant théoriser un humanisme dégueulasse plutôt que de vivre réellement les choses.

  • Le 3 août 2010 à 13:18, par Alexis

    D’accord avec toi Mélusine, je ne comprends pas que certains libertaires se jettent sans vergogne dans la gueule béante du « tout s’achète tout se vend ». Le retour sur les notions de « choix » et de « liberté » était en particulier indispensable. Je souligne que je me suis pris des coups à une époque pour avoir défendu des opinions semblables aux tiennes.

    J’ai tout de même sursauté lorsque tu affirmes que le travail est une notion d’extrême-droite... La mise en avant du travail (et en particulier salarié) comme activité indispensable, gratifiante, etc., peut-être. Mais il me semblait que c’était justement une notion très importante dans l’univers libertaire : comment l’organiser, travailler mais pour quoi, avec qui, dans quelles conditions, comment travailler moins... Lorsque des personnes créent, rénovent et modèrent le site Rebellyon, écrivent un article comme celui-ci, fabriquent une brochure pour diffuser des idées, organisent même une fête, ne s’agit-il pas de travail ?

    L’effort, l’application nécessaire pour faire quelque chose, et par extension le résultat de cet effort.

    Or il se trouve que plus un « travail » te plaît, moins l’effort que tu lui consacres te paraît insurmontable... Beaucoup de gens, qui affirment ne pas aimer le travail, travaillent en fait beaucoup plus qu’ils (ou elles, et ce sera ma seule féminisation de texte) ne le croient :)) De mon point de vue, ce n’est pas tant une question de temps, et encore moins d’argent, mais bien de motivation... Que ce soit pour des salaires de médecin ou pour quelques heures dans la semaine, c’est lorsque tu fais quelque chose qui ne te plaît pas que tu en reviens au « tripalium »...

    De ce point de vue, l’utopie ci-dessous imaginée par Biribi : manger à sa faim sans argent sans travail, n’est pas une utopie mais un non-sens d’humain des pays riches et tempérés :) Le problème avec le travail, ce n’est pas l’activité en soi, mais ce qu’elle génère (pour la société et chez le travailleur), et les conditions dans lesquelles elle est organisée. Quant au « sans argent », on est accord, c’est une utopie :)

    Alors si quelques personnes aiment cette activité au point d’en vivre et de l’échanger avec quiconque, par choix délibéré : pourquoi pas, et même, quelque part, grand bien leur fasse ! :)

    Là où la pilule passe moins, c’est lorsque ces personnes tentent une sorte de généralisation et prétendent, comme tu le soulignes, calquer leur situation sur celle beaucoup moins enviable de l’immense majorité du reste de la population prostituée... hommes ou femmes, blancs ou noirs, beaux et fins ou moches et gros, qui n’ont pas d’autre choix pour vivre et qui parfois y risquent leur peau.

    Pour des salaires de misère et à plein temps : le tripalium dans toute son ampleur.

    J’ai un très bon ami qui court sur la trentaine bien tassée. Plutôt petit, un peu gros, dégarni, très timide, très sympa, intelligent, il n’a jamais connu de femme parce que personne ne l’a jamais accepté dans son lit, à part les prostituées.

    Alors peut-être qu’il faudrait, je ne sais pas moi, réglementer l’abolitionnisme... :]

  • Le 25 juillet 2010 à 23:39, par biribi

    Marre des gens qui parlent a la place des autres, moi aussi, et notament des non-putes qui parlent a la place des putes. Marre du travail moi aussi, mais de tout travail et quand a faire, j’essaye d’en choisir un qui me rapporte beaucoup et vite. Marre du puritanisme moi aussi, alors si des gens aiment faire du sex’e contre de l’argent, pourquoi pas ? (car oui, certaines rennent leur pied) Marre de la famille, moi aussi, plutot pute que mère-femme-sainte. Marre des lois et de la légalisation, moi aussi, alors crève l’abolitionnisme. Marre du non choix dans cette société capitaliste, moi aussi, de geindre devant pole emplois pour avoir mon rsa, ou de bosser pour un patron, mais en attendant de vivre dans l’utopie ou tout le monde mangera a sa faim sans argent sans travail (tripalium), je voudrais pouvoir faire ce que je veux. Marre des normes esthetiques et sexuelles, moi aussi, alors luttons pour que chacune puisse avoir du taf en tant que travailleuse du sexe, meme grosse ou moche (a travail egal, salaire egal !), mais que toutes soit forte dans son travail, prête à se defendre, à se faire respecté, à faire respecté le contrat sexuel. Marre de la domination masculine, moi aussi, alors je lutte de mille manière contre l’heteropatriarcacapitalisme, et si je peut, j’essaye d’en tirer mon partie, car pour pouvoir baiser avec un mec, il faut que je soit payer, sinon, ça ne vaut pas le coup. Marre de la dictature du sexe, contrairement a toi.... marre d’entendre parler de liberté sexuelle, de bonne sexualité, de ce qui est bien de faire, de comment le faire, de avec qui.... quand on CHOISI (car le choix existe un minimum dans un contexte donné) DE NE PAS AVOIR DE SEXUALITÉ, D’AUCUNE MANIÈRE, AVEC PERSONNE. Cet article douteux me parrait meme dangeureux et meriterai de partir plutot a la poubelle que d’etre mis en avant.

  • Le 24 juillet 2010 à 13:31

    Petite critique sur le sujet sur le site de « l’En dehors » Panique morale chez certains anarchistes

  • Le 23 juillet 2010 à 00:00, par Guy

    Dommage que cet article ne soit pas mis en avant, à la place de celui sur pirate-punk par exemple, qui, je trouve, est d’une inutilité vis-à-vis d’une question cruciale qui est celle du débat abolitionniste/légalisationniste, un réel enjeu il me semble dans les luttes féministes, dont beaucoup soutiennent la légalisation dans un faux féminisme petit-bourgeois au nom de la liberté, et tombent, comme le fait remarquer l’auteur, dans une logique capitaliste et puritaine...


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