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Un faux journal « Le Nouvelliste », coup d’éclat de la Résistance à Lyon

Publié le 31 décembre 2009

Maj le 29 décembre 2007

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Le 31 décembre 1943, un faux numéro du Nouvelliste est tiré à 30.000 exemplaires et distribué dans les kiosques et chez les marchands de journaux de Lyon par des Groupes Francs de la Résistance lyonnaise, entre 5 et 7 heures du matin.

« Le soir du 11 novem­bre 1943, de retour du défilé patrio­ti­que des Maquis de l’Ain à Oyonnax [1], Charles Mohler se retrouve (en raison du cou­vre­feu) avec son adjoint, Lucien Bonnet, au domi­cile de Henri Jaboulay, chef régio­nal Maquis. Alors qu’ils écoutent tous trois la radio de Londres, ils appren­nent qu’une fausse édition du jour­nal bruxel­lois Soir a été dif­fu­sée en Belgique par des résis­tants belges. Après dis­cus­sion, ils pro­jet­tent ensem­ble de réa­li­ser quel­que chose d’ana­lo­gue à Lyon, en vue de faire connaî­tre au plus large public les actions de la Résistance. Charles Mohler sug­gère de s’en pren­dre au Nouvelliste, jour­nal ouver­te­ment col­la­bo­ra­tion­niste » [2]

Des hommes condui­sant des camion­net­tes, disant agir au nom de la cen­sure et du contrôle de la presse, ont rem­placé au petit matin du 31 décem­bre 1943 les paquets du Nouvelliste du jour par des paquets d’un Nouvelliste clan­des­tin atta­quant vio­lem­ment les Allemands nazis et les col­la­bo­ra­tion­nis­tes fran­çais. À la faveur de la nuit, trente mille de ces jour­naux ont été vendus dans dif­fé­rents quar­tiers. Ce jour­nal clan­des­tin publiait la note sui­vante :

« Ce numéro excep­tion­nel du Nouvelliste a été entiè­re­ment réa­lisé par les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) et mis en vente par eux malgré Gestapo et police vichys­soise, à titre de sanc­tion contre la direc­tion col­la­bo­ra­tion­niste de ce jour­nal. »

On pou­vait lire entre autres arti­cles, les titres sui­vants :


- Éditorial : « Appel à la bour­geoi­sie »
- « Raids mas­sifs sur l’Allemagne »
- « Les vrais ter­ro­ris­tes, c’est la Milice »
- « Oyonnax a fêté avec enthou­siasme l’anni­ver­saire de la vic­toire ! »
- « Le maré­chal de France, chef de l’État, réta­blit la République »
- « En deux mois, 140.000 têtes de bétail ont été livrées aux Allemands par la région de Paris »
- « Comment fut pré­paré le débar­que­ment des Alliés en Afrique »
- « Maquis contre boches »...

Les dif­fu­seurs avaient conseillé aux prin­ci­paux gros débi­tants de reti­rer l’édition du Nouvelliste dès livrai­son pour la rem­pla­cer par la nou­velle par « déci­sion de la cen­sure ». La super­che­rie fonc­tionne, la police ne com­men­çant à s’agiter que vers 11 heures du matin, quand bon nombre de Lyonnais ont déjà acheté leur « jour­nal » ! Étant donné le contenu sub­ver­sif pour l’état en place, la police fran­çaise et celle alle­mande sont sur les dents...

On apprit plus tard qu’avaient par­ti­cipé à la rédac­tion de ce numéro apo­cry­phe du Nouvelliste : Marcel Grancher [3] et Pierre Scize. Auraient peut-être par­ti­cipé aussi à l’élaboration de ce numéro sans signa­tu­res du 31 décem­bre 1943 : Eugène Pons [4], Yves Farge, Jacques Bergier, et pro­ba­ble­ment bien d’autres...

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Jean-René Lefèvre, dit Belle Gambette, du maquis de l’Ain apporte son témoi­gnage :

« Le 31 Décembre 1943 - Depuis le sabor­dage du « Progrès » de Lyon, un seul quo­ti­dien lyon­nais sub­siste « Le Nouvelliste ». En raison de son carac­tère agres­si­ve­ment col­la­bo­ra­teur, la résis­tance l’a dési­gné pour être le jouet et la vic­time d’une fan­tas­ti­que opé­ra­tion de pro­pa­gande à la gloire de la résis­tance fran­çaise et de ses maquis. Un faux Nouvelliste sera vendu à la place du vrai dans les rues de Lyon, les arti­cles qu’on y lira seront à la gloire de la résis­tance fran­çaise, des maquis et des armées alliées.

C’est Pierre Scize, jour­na­liste de Paris Soir [5], qui écrira les arti­cles, c’est Amy Bellot qui fera la mise en page et, c’est ainsi que le 31 décem­bre 1943, sous la res­pon­sa­bi­lité de Philippe Boegner [6], de Maurice Aimé, sous la direc­tion de Henri Jaboulay, chef de l’Armée Secrète de la pre­mière région (Rhône Alpes), entre 6 et 7 heures du matin que quatre camio­net­tes de Paris Soir ont retiré des kios­ques et des mai­sons de presse la véri­ta­ble édition du Nouvelliste sous pré­texte de ré-édition pour cen­sure d’arti­cle. Le succès fut total, à 11 heures la milice inter­vient, mais les kios­ques ont été déva­li­sés ! »

Ce coup d’éclat à la barbe des occu­pants et des col­la­bos aura un reten­tis­se­ment énorme au profit de la résis­tance dans toute la région lyon­naise et même bien au-delà.

Notes

[1] Il faut déjà être fous pour organiser avec les maquisards un défilé du 11 novembre en pleine Occupation du pays. Ce défilé sera filmé par le fils d’Henri Jaboulay et envoyé à Londres.

[2] Témoignage sans signature des archives Juvanon, cité par Les Groupes Francs : Libération-Sud, Vème bureau de l’Armée secrète

[3] Marcel Grancher : écrivain lyonnais connu pour avoir stigmatisé la bétise militaire dans son livre 5ème de campagne, résistant, fondateur des éditions Lugnunum

[4] Eugène Pons né en 1886, imprimeur lyonnais résistant qui imprimait dans le quartier des Terreaux (aujourd’hui, rue René Leynaud) depuis 1940 des journaux clandestins, et notamment Le Témoignage Chrétien et Libertés de François de Menthon. Il l’a payé de sa vie le 23 ou 24 février 1945 au camp de Neuengamme en déportation

[5] La rédaction de Paris Soir s’est repliée en zone libre à Lyon

[6] Philippe Boegner : journaliste, secrétaire général de Paris Soir à Lyon, et fils du pasteur Boegner

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