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Attention, danger : Masculinisme !

Publié le 31 octobre 2011

Un moment fondateur du masculinisme est la tuerie de l’école Polytechnique, à Montréal (Québec). Le 6 décembre 1989, Marc Lépine a tué 14 femmes avec une arme à feu en criant « J’haïs les féministes ! ». Il a laissé derrière lui une lettre expliquant que les femmes ont pris trop de pouvoir dans la société, et notamment les femmes exerçant des métiers traditionnellement masculins, telles les ingénieures visées ce jour-là.

La plu­part des mas­cu­li­nis­tes aujourd’hui pré­fè­rent éviter de parler de ce sujet, bien que les plus radi­caux sou­tien­nent ouver­te­ment le geste de Marc Lépine ; en géné­ral, ces hommes pré­fè­rent soi­gner leur image publi­que pour se donner un air accep­ta­ble... Se défi­nis­sant comme homi­nis­tes, homis­tes voire anti­sexis­tes, ces hommes déve­lop­pent en fait des idées pro­fon­dé­ment anti­fé­mi­nis­tes. Travaillant leur image, ils pré­fè­rent avan­cer mas­qués et sont très actifs sur inter­net (par exem­ple, ils contrô­lent les entrées « homi­nisme », « mas­cu­li­nisme » et « misan­drie » sur wiki­pe­dia).

Des thèmes qui vont à rebours des luttes féministes :

- la défense des pères sépa­rés, pour impo­ser sys­té­ma­ti­que­ment une garde par­ta­gée des enfants. Dans de nom­breu­ses situa­tions de divorce pour vio­len­ces conju­ga­les, cela permet à l’ex-conjoint vio­lent d’impo­ser à l’ex-conjointe une proxi­mité géo­gra­phi­que, et donc de garder un contrôle sur elle. En revan­che, les mas­cu­li­nis­tes ne font rien pour dénon­cer l’inégal par­tage des tâches dans le tra­vail ména­ger et dans l’éducation des enfants. De même, ils ne font rien pour modi­fier l’inégal par­tage des tâches dans l’éducation des enfants à l’inté­rieur des cou­ples sépa­rés (par exem­ple, le fait qu’en cas de garde par­ta­gée, les mères s’occu­pent encore de l’éducation, de la santé et de l’habille­ment des enfants alors que les pères s’inves­tis­sent dans des acti­vi­tés de loisir). Ils mili­tent en outre contre la pen­sion ali­men­taire versée à l’ex-épouse par l’ex-mari dans le cas de reve­nus iné­gaux.

- la néga­tion des vio­len­ces faites aux femmes et la défense des hommes ayant agressé des mem­bres de la famille. Par exem­ple, il s’agit de remet­tre en cause sys­té­ma­ti­que­ment les sta­tis­ti­ques de vio­len­ces faites aux femmes, voire de consi­dé­rer qu’il y a autant d’hommes vic­ti­mes de vio­len­ces conju­ga­les que de femmes. La défense des hommes vio­lents passe par la théo­rie des « faus­ses allé­ga­tions mas­si­ves » selon laquelle la plus grande partie des femmes por­tant plainte pour viol sont des men­teu­ses.

- la remise en cause de l’exis­tence de mai­sons d’urgence pour femmes vio­len­tées (dif­fu­sion sur inter­net des adres­ses des cen­tres d’héber­ge­ment d’urgence pour per­met­tre aux conjoints vio­lents de retrou­ver les femmes, met­tant en danger ces der­niè­res).

- la mise en avant de « dis­cri­mi­na­tions contre les hommes » et de « sexisme anti-homme » (comme d’autres, à l’extrême-droite, par­lent de « racisme anti-blanc ») sans pren­dre en compte la réa­lité sociale de la domi­na­tion mas­cu­line. Cela les amène à mili­ter contre le 3919 (numéro d’urgence sur les vio­len­ces faites aux femmes) au motif que seules des femmes répon­dent aux appels.

Des bases idéologiques antiféministes :

- Pour eux, la société actuelle est carac­té­ri­sée par l’égalité entre femmes et hommes, voire, pour les plus radi­caux, elle est matriar­cale. Cela ne prend ni en compte les vio­len­ces tou­jours très répan­dues contre les les femmes, ni que les pou­voirs poli­ti­ques et économiques res­tent entre les mains des hommes ; de même, cela ne prend pas en compte la per­sis­tance de la répar­ti­tion iné­gale du tra­vail domes­ti­que dans chaque foyer.

- Nier la per­ma­nence de la domi­na­tion mas­cu­line permet aux mas­cu­li­nis­tes de vic­ti­mi­ser les hommes. Ainsi, ils évitent se remet­tre en ques­tion en tant qu’hommes et mili­tent pour capter des res­sour­ces (sub­ven­tions notam­ment) à leur profit.

- Enfin, ils adop­tent une vision essen­tia­liste des rap­ports sociaux de genre. Pour eux, il existe des dif­fé­ren­ces natu­rel­les entre femmes et hommes qui jus­ti­fient les dif­fé­ren­ces socia­les. Cela leur permet de nier toute par­ti­ci­pa­tion dans la domi­na­tion mas­cu­line, mais aussi d’invo­quer une soi-disant com­plé­men­ta­rité entre femmes et hommes, fon­dant ainsi la néces­sité pour chaque enfant de voir son père, et ce même en cas de divorce, même lorsqu’il est accusé d’agres­sion dans le cadre de la famille.

Un aperçu des différents groupes masculinistes :

- Les grou­pes de parole : il s’agit ici de grou­pes non-mixtes hommes, par­fois issus de grou­pes non-mixtes d’hommes pro­fé­mi­nis­tes (comme les Nouveaux Guerriers). Ces hommes se réu­nis­sent pour parler de leurs vies, de leurs émotions, de leurs rap­ports au corps... Beaucoup de choses qui font envie, dont on se dit que c’est un pas en avant. Seulement, faute de bases anti­pa­triar­ca­les, cela tourne sys­té­ma­ti­que­ment à la vic­ti­mi­sa­tion des hommes et à la dénon­cia­tion du fémi­nisme. Ils effec­tuent une trans­for­ma­tion de la domi­na­tion mas­cu­line, reje­tant cer­tains aspects de la mas­cu­li­nité pour en valo­ri­ser d’autres – sans pren­dre en compte le fait que la mas­cu­li­nité elle-même est une posi­tion de pou­voir. Ces grou­pes de parole peu­vent d’inter­ve­nir sur la place publi­que ; par exem­ple, le Réseau Hommes (créé par Guy Corneau, auteur du best-seller Père man­quant, fils manqué) a orga­nisé en 2011 plu­sieurs pro­jec­tions publi­ques à Grenoble, sou­te­nues par la mairie.

- Les grou­pes d’action juri­di­que : Cela concerne sur­tout les pères sépa­rés (par exem­ple, SOS papa et le Mouvement de la Condition Paternelle), mais aussi les hommes vic­ti­mes de vio­len­ces conju­ga­les (SOS hommes battus, qui a tenu son pre­mier col­lo­que à Paris samedi 22 octo­bre 2011). Pour les besoins de la défense devant les tri­bu­naux, ils déve­lop­pent un argu­men­taire mas­cu­li­niste très effi­cace. Par exem­ple, cela consiste en nier les vio­len­ces mas­cu­li­nes pour mettre l’accent sur les vio­len­ces des femmes au sein du couple ; en cher­chant à prou­ver que les femmes men­tent quand elles dénon­cent des vio­len­ces conju­ga­les ; en déve­lop­pant la théo­rie du Syndrome d’Aliénation Parentale (censée mon­trer que ce sont les épouses qui mani­pu­lent les enfants quand ceux-ci dénon­cent les vio­len­ces subies par leurs pères). À Lyon, il existe le Groupe d’études sur leS sexis­meS (GES), qui s’évertue à prou­ver que les hommes sont autant, sinon plus, vic­ti­mes de dis­cri­mi­na­tions que les femmes ; ce groupe a tout récem­ment tenu une confé­rence publi­que au sein de la Quinzaine pour l’égalité entre les femmes et les hommes orga­ni­sée par la région Rhône-Alpes en octo­bre 2011, dans laquelle il a défendu l’idée d’un « sexisme anti-homme » (de la même manière que d’autres, à l’extrême-droite, sou­tien­nent l’idée d’un « racisme anti-blanc »).

- Le lob­bying par­le­men­taire et l’action publi­que de rue sont aussi des moyens d’action de l’asso­cia­tion SOS papa.

- Les théo­ri­ciens mas­cu­li­nis­tes sont nom­breux, il s’agit ici d’en citer les prin­ci­paux – quand on croise leurs noms, il faut sou­vent cher­cher entre les lignes pour com­pren­dre le fond de leur pensée. Guy Corneau, psy­cha­na­lyste, ayant déjà été cité plus haut, il convient d’ajou­ter Yvon Dallaire, l’un des plus fer­vents défen­seurs du terme « homi­nisme », psy­cho­lo­gue et sexo­lo­gue. Il faut aussi nommer des experts juri­di­ques auprès des tri­bu­naux, tels Hubert Van Gijseghem et Paul Bensussan. Dans le cadre uni­ver­si­taire, les cher­cheurs Gérard Neyrand, Éric Verdier et Daniel Welzer-Lang déve­lop­pent clai­re­ment des théo­ries mas­cu­li­nis­tes. Enfin, sur le plan média­ti­que, il faut citer Georges Dupuy, Éric Zemmour et Alain Soral, trois per­son­na­li­tés ayant cha­cune signé des ouvra­ges dif­fi­ci­les à lire tel­le­ment ils sont rem­plis d’insul­tes contre les femmes et, plus par­ti­cu­liè­re­ment, les fémi­nis­tes.

Face à ce mouvement, il convient de rappeler quelques bases concernant la société actuelle : Le patriarcat existe toujours, et il est reproduit par les hommes dans leur propre intérêt. Si, dans certaines situations, les hommes peuvent être victimes de violences de la part de femmes, cela est sans commune mesure avec les violences des hommes envers les femmes ; de plus, dans une société patriarcale, la signification sociale des violences masculines est complètement différente de la signification sociale des violences féminines.

En effet, si les pre­miè­res ont pour but la per­pé­tua­tion d’un sys­tème d’oppres­sion, les secondes sont une résis­tance à ce sys­tème. Par exem­ple, en 2010, 146 femmes sont décé­dées sous les coups de leur com­pa­gnon, alors que 28 hommes sont décé­dés sous les coups de leur com­pa­gne. Il faut pré­ci­ser que dans une très grande majo­rité des cas, les femmes qui ont tué leur com­pa­gnon l’ont fait en situa­tion de légi­time défense, soit parce que ces der­niers les bat­taient à ce moment-là, soit parce qu’ils les bat­taient régu­liè­re­ment.

La pro­pen­sion des hommes à se vic­ti­mi­ser est aisé­ment com­pré­hen­si­ble : Le genre, en tant que sys­tème de pou­voir qui divise l’huma­nité en deux sexes dis­tincts, s’impose aux femmes et aux hommes. Les hommes, aussi, ont l’impres­sion de devoir « coller à un rôle ». Cependant, ils oublient vite que le rôle qu’ils adop­tent, indi­vi­duel­le­ment et en tant que classe de sexe, est celui du domi­nant. Il est plus aisé de se consi­dé­rer comme vic­time que comme agres­seur, et donc de mettre l’accent sur la dif­fi­culté à adop­ter le rôle d’homme plutôt que de mettre l’accent sur ses pro­pres com­por­te­ments domi­nants. En tant qu’homme moi-même, cela m’a par­ti­cu­liè­re­ment frappé en non-mixité hommes, que ce soit dans le milieu mas­cu­li­niste auquel j’ai eu accès ou dans le milieu pro­fé­mi­niste dans lequel j’évolue. La consé­quence est que le patriar­cat n’est jamais atta­qué fron­ta­le­ment par les hommes, tant qu’ils ne sont pas contraints à regar­der en face leurs pro­pres com­por­te­ments oppres­sifs.

P.-S.

Quelques références :

- Une rapide description du masculinisme, par Hélène Palma : La percée de la mouvance masculiniste en Occident.

- Une description détaillée du masculinisme existe en brochure : Un mouvement contre les femmes. Identifier et combattre le masculinisme.

- Une émission de radio a été réalisée tout récemment par Dégenrée, émission féministe grenobloise.

- Un article paru sur Rebellyon à propos de la tuerie de l’école polytechnique.

- Un compte-rendu d’une projection publique co-organisée par les masculinistes des Réseaux Hommes et la mairie de Grenoble.

Et en livre :

- Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, Le mouvement masculiniste au Québec. L’antiféminisme démasqué, Montréal, Éditions du Remue-Ménage, 2008.

- Mélissa Blais, « J’haïs les féministes ! » le 6 décembre et ses suites, Montréal, Éditions du Remue-Ménage, 2009.

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  • Le 2 novembre 2011 à 20:01, par Une membre de l’équipe d’animation de Rebellyon

    Salut !

    Pour communiquer entre vous, il est tout à fait possible, après s’être créé un compte dans l’interface collaborative, d’envoyer un message aux autres internautes.
    Pour ce faire, vous devez connaître le pseudo de la personne avec laquelle vous souhaitez communiquer et c’est parti.
    (On essaiera prochainement d’expliquer encore mieux toutes les formidables fonctionnalités du site !)

  • Le 2 novembre 2011 à 18:25

    @ hugues :
    bon, plutot que de s’envoyer des commentaires à tout-va, j’aimerais bien te rencontrer en vrai !
    si t’as un compte rebellyon, tu peux accéder à mon email ; sinon, tu peux t’en créer un...
    en espérant te rencontrer !

    LES MODERES : si hugues a laissé un email, vous pouvez me l’envoyer ?? sinon, ca sert à rien de publier ces 2 dernières lignes... merci !

  • Le 1er novembre 2011 à 14:19, par hugues

    bien.
    en effet, néophyte, sur l’article « halte aux violences sexistes » j’ai cru avoir lu quelque chose d’intéressant avec l’hominisme wiki, qui, d’après mon petit cerveau était éloigné des thèses du Masculinisme. Je me suis vu taxer de réac et de n’avoir rien à faire ici... C’est à dire dans les commentaires, et donc, impossible de tenter le questionnement. Sans ironie, il serait peut-être alors intéressant d’inventer la notion, sur Rebellyon, d’article non-mixte. Oui, donc, oui, la libération de la femme par la femme, de l’homme par l’homme et de l’humain par l’humain...* Quoi qu’il en soit, l’article ci-dessus m’éclaire un peu, mais, en parallèle de l’autre article « aux gars par un gars... » Je peux lire beaucoup de violence et de déni des tentative de recherche. Le rejet avant la construction.
    Bien, il est important de se prémunir des thèses rétrogrades. Maintenant, comment et où trouver, pour un demandeur comme moi, par ex, des thèses progressistes ?
    Les termes comme proféministe ne me parlent pas, je ne suis pas au fait du langage technique militant, et si je viens sur Rebellyon, c’est bien pour y lire de l’information, des appuis vers un chemin que j’aimerais continuer autrement que seul... En soi, la déconstruction est une information, certes... mais là, là... après ?
    Mais peut-être me trompe-je de lieu, je devrais peut-être aller voir du côté des non-violents... ainsi je pourrais peut-être écrire sans la peur au ventre, voire parler sans la peur de me tromper et pouvoir dire : je ne sais pas. (ça c’est ma légère pointe acide sur la population en noir que j’ai pu cotoyer à lyon...) :)

    * Existe-t-il alors des groupes de réflexion mixte sur la libération de l’humain dans son entier, en coopération hommes-femmes ?


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