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Free : la liberté des patrons a un prix

Publié le 17 février

« Liberté », « indépendance » disent les médias et leur publicités « Avec Free, t’as tout compris » ; ce qui laisse penser qu’en choisissant la marque Free l’acheteur fait un choix éclairé, celui de la liberté, de l’alternative et celui de ne plus se faire plumer. Mais le groupe Iliad Free c’est tout de même 4200 salariés répartis sur plusieurs pays, un groupe coté en bourse et des milliards d’euros de capital. Est-ce vraiment l’indépendance ? Free est-il une « alternative aux oligopoles », comme aime le répéter son patron Xavier Niel ?

Iliad Free est un groupe indus­triel fran­çais qui emploie 4200 sala­riés, dont une part impor­tante est délo­ca­li­sée et sous payée au Maroc et à Madagascar. Créé en 1980 avec la vague du mini­tel, déve­loppé en 1994 avec la vague Internet, le groupe trans­na­tio­nal surfe avec un chif­fre d’affai­res déme­suré de 2 mil­liards 38 mil­lions d’euros en 2010.

Ce groupe est coté en Bourse depuis 2003, il est aussi classé dans les 100 pre­miè­res valeurs bour­siè­res fran­çai­ses et à ce titre il se plie aux exi­gen­ces de la finance inter­na­tio­nale : forte ren­ta­bi­lité pour les action­nai­res et les diri­geants, fai­bles coûts de pro­duc­tion obte­nus à coup de baisse de salai­res, de flexi­bi­lité et de délo­ca­li­sa­tions, peu d’inves­tis­se­ments maté­riel, rien à long terme.

Son action­naire majo­ri­taire à 64% est mon­sieur Niel, patron du groupe, puis sui­vent quel­ques autres action­nai­res dont la célè­bre banque amé­ri­caine Goldman Sachs Group Inc, en grande partie res­pon­sa­ble du krach bour­sier de 2008.

La capi­ta­li­sa­tion bour­sière de l’entre­prise est esti­mée à 5 mil­liards 300 mil­lions d’euros en jan­vier 2012. Comme tout amou­reux de la finance qui se res­pecte, le groupe vise son entrée au CAC 40 pour faire encore plus de pro­fits.

La nébuleuse Iliad / Free

Le groupe Iliad/Free joue depuis long­temps à ache­ter des entre­pri­ses, licen­cier son per­son­nel puis fermer ou fusion­ner. Le groupe contrôle main­te­nant des sec­teurs de la sphère inter­net, mais pas seu­le­ment : four­nis­seur d’accès inter­net (avec Free, Alice, Altitude Telecom), four­nis­seur d’héber­ge­ment web (avec Online, BookMyName, Dedibox et Iliad Entreprises), vente d’assis­tance télé­pho­ni­que en partie délo­ca­li­sée (socié­tés Centrapel, Total Call entiè­re­ment basée au tiers-monde , Free, ProTelco et Call One BPO), Wimax (avec Iliad Free Wimax), télé­pho­nie mobile (Free Mobile), la fibre opti­que (Free Infrastructure, IRE, Immobilière Iliad et Citéfibre), les paris spor­tifs et jeux de cercle (Iliad Gaming) ; c’est pas fini, il y a aussi la télé­pho­nie fixe (OneTel et Iliad Telecom), l’acti­vité annuaire (ANNU, 118 218), le conseil publi­ci­taire (Toucom) et l’acti­vité de cour­tage en assu­rance (Assunet).

Cette diver­si­fi­ca­tion d’acti­vi­tés ne suffit pas. La société inves­tit dans plus de 80 entre­pri­ses spé­cia­li­sées dans le média social, l’e-mail, le com­merce en ligne ou les appli­ca­tions mobile, via son fond d’amor­çage (= pépi­nière de star­tup) Kima Venture.

En 2011 le patron Niel a encore un petit creux, il se porte can­di­dat au rachat d’Orange en Suisse, en ayant pris la peine de s’asso­cier per­son­nel­le­ment à la banque res­pon­sa­ble de la crise des sub­pri­mes en 2008, la Goldman Sachs, pour réa­li­ser cette opé­ra­tion finan­cière.

En col­la­bo­ra­tion avec Orange, Free/Iliad est aussi pro­prié­taire du site Deezer depuis 2007 pour vendre des tubes aux pigeons et faire res­pec­ter le droit d’auteur aux autres, avec l’aide de la Sacem et du gou­ver­ne­ment Sarkozy.

Avec une grande soif pour les pro­fits et le pou­voir, mon­sieur Niel et son groupe inves­tis­sent dans les médias, via notam­ment la hol­ding NJJ.

Médias : la liberté n’a pas de prix 

Comme tous les grands grou­pes indus­triels, Iliad/Free désire contrô­ler son image, celle de ses diri­geants et étouffer une affaire judi­ciaire qui pour­rait mena­cer la pompe à fric.

En 2008 il inves­tit dans le site d’« infor­ma­tion » Mediapart, un peu avant 2010 il inves­tit dans le site et men­suel d’« actua­li­tés » papier Terra Eco, en 2010 dans le jour­nal « indé­pen­dant » Bakchich, dans le jour­nal « de réfé­rence » Le Monde la même année, dans le site de digi­tal « jour­na­lism » Owni en 2011 et dans le site d’« actua­li­tés » Atlantico en 2011 [1].

Avec le roi du jog­ging, François-Henri Pinault (Groupe Printemps Pinault La Redoute, 3e for­tune fran­çaise) et le roi de la conserve, Jean-Charles Naouri (Groupe Casino, 55e for­tune fran­çaise), M. Niel se paie la chaîne com­mu­nau­taire de la TNT, Tvous, en cours de lan­ce­ment.

Des pratiques économiques condamnées par la justice

Avant que le groupe achète les médias, les affai­res judi­ciai­res qui ont un rap­port avec le groupe ou son patron s’étalent sur la place publi­que.

Le PDG Niel est mis en examen et placé en déten­tion pro­vi­soire en mai 2004 pen­dant un mois pour proxé­né­tisme aggravé et recel d’abus de biens sociaux concer­nant un établissement dont il est pro­prié­taire.

Il est condamné en octo­bre 2006 à deux ans d’empri­son­ne­ment avec sursis et à 250000 euros d’amende par la 11e cham­bre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Paris pour recel d’abus de biens sociaux datant de 2001 à 2004 dans lequel le pro­cu­reur expli­que que le pré­lè­ve­ment en espè­ces est au cœur du projet, la caisse noire est une poli­ti­que de groupe. La somme perçue sur trois ans avoi­sine les 368000 euros. On savoure ici toutes « les capa­ci­tés et les com­pé­ten­ces des déci­deurs » qui font l’admi­ra­tion du Medef.

Mauvais per­dant, le PDG Niel atta­que plu­sieurs fois en dif­fa­ma­tion le jour­nal Libération et le jour­na­liste Renaud Lecadre évoquant ses démê­lés judi­ciai­res. Mais Xavier Niel et la société Free sont débou­tés sys­té­ma­ti­que­ment lors de procès qui se sont tenus au deuxième tri­mes­tre 2008, et condam­nés à verser des dom­ma­ges-inté­rêts à Libération pour pro­cé­du­res abu­si­ves.

Puis en 2006, M. Niel est à nou­veau mis en cause par d’anciens action­nai­res d’Iliad, qui por­tent plainte contre le groupe pour recel d’escro­que­rie, abus de pou­voir, com­pli­cité et recel de ces délits.

A la même date une une autre assi­gna­tion en jus­tice a été dépo­sée devant le Tribunal de Grande Instance de Paris par d’autres action­nai­res qui auraient vendu leurs actions au plus bas prix, sans avoir été mis au cou­rant du projet d’intro­duc­tion du groupe en bourse.

A partir de 2008, le PDG Niel devient un mécène impor­tant des médias fran­çais, inves­tis­sant tous azi­muts. On peut cons­ta­ter que l’exposé de ses affai­res dans la presse cesse, notam­ment le licen­cie­ment des Alice qui ne sera que très peu média­tisé aux grands dam des per­son­nes lais­sées sur le car­reau.

Le PDG Niel et l'intérimaire Sarkozy

La tête, les méthodes et le capital d’une transnationale

Le conseil d’admi­nis­tra­tion du groupe Iliad/Free est com­posé de diri­geants ou d’anciens diri­geants de ban­ques inter­na­tio­na­les ou de grands grou­pes indus­triels impli­qués de près ou de loin dans la finance inter­na­tio­nale et la crise de la dette des États euro­péens (TF1, Société Générale, banque Goldman Sachs, banque Salomon Brothers, Disney...).

Ces admi­nis­tra­teurs siè­gent aussi dans les conseils d’admi­nis­tra­tion d’autres ban­ques inter­na­tio­na­les, d’autres socié­tés inter­na­tio­na­les d’assu­rance ou de grands grou­pes indus­triels trans­na­tio­naux, créant un petit cercle de diri­geants régnant sur l’économie mon­diale.

Côté social, le groupe fait sa « révo­lu­tion » en 2008, année où il licen­cie 85% des sala­riés pari­siens d’Alice et cer­tains sala­riés de Free (340 per­son­nes au total). Dès 2005 d’ailleurs, le vent de la « liberté » souf­fle déjà sur Free, avec la délo­ca­li­sa­tion des acti­vi­tés d’assis­tance télé­pho­ni­que vers le tiers monde, au Maroc (1700 sala­riés) et à Madagascar où les exploi­teurs se moquent des condi­tions de tra­vail et des salai­res.

En s’enri­chis­sant sur le dos des tra­vailleurs pau­vres ou pré­cai­res et en contour­nant les lois, le PDG Xavier Niel devient en 2011 la 8e for­tune de France et la 297e for­tune mon­diale avec 3,2 mil­liards d’euros, soit l’équivalent de 32000 emplois pour les jeunes sub­ven­tion­nés par l’État pen­dant 4 ans.

En 2011, s’il clai­ronne ne per­ce­voir qu’un salaire de 170 000 euros (ce qui est peu en com­pa­rai­son d’autres patrons), il a touché, dans le même temps, 14 mil­lions d’euros de divi­den­des per­son­nel­le­ment.

Comme d’habitude

En deve­nant la 8e for­tune fran­çaise, la 297e mon­diale, le 2e four­nis­seur d’accès à Internet et un pro­prié­taire impor­tant des médias en France, M. Niel et son groupe trans­na­tio­nal Iliad/Free ne peu­vent pas déve­lop­per les concepts mis en avant par leur ser­vice de presse. « L’alter­na­tive contre l’abus de situa­tion », « le rêve qui devient réa­lité », la « révo­lu­tion » ou la « liberté » annon­cées aux clients pas­sent après le déve­lop­pe­ment de l’empire économique de l’entre­prise, l’enri­chis­se­ment de ses action­nai­res, l’enri­chis­se­ment de son PDG, la conso­li­da­tion de l’empire économique d’autres grands grou­pes indus­triels (Orange notam­ment) et l’exploi­ta­tion des tra­vailleurs pau­vres.

Finalement, le groupe Illiad Free est un pré­da­teur économique à l’affût du moin­dre profit, comme ses concur­rents et alliés, SFR, Bouygues et Orange, au mépris par­fois des lois et des per­son­nes ainsi qu’on a pu le voir.

« Comme d’habi­tude » fan­fa­ron­nait Claude François, dont les droits sur tous les « tubes » sont aussi la pro­priété de Xavier Niel.

Notes

[1] 49% du capital est détenu par la holding d’investissement Freemind que se partage Xavier Niel et Arnaud Dassier (fondateur de l’agence de communication L’Enchanteur des médias, qui a animé la campagne de Nicolas Sarkozy sur le Web en 2007)

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  • Le 19 avril à 20:00, par Firenze

  • Le 24 mars à 13:12

    Total Call est un centre d’appels, filiale du groupe Iliad de Xavier Niel créé le 15 août 2005 au Maroc qui a été conçue pour aider centrapel (centre d’appel à paris) pour traiter le service après vente de free (un des grand fournisseurs en internet en France) Total-call qui compte à peu près 1700 salariés est devenu le centre principale pour le service après vente de free pour l’ADSL (60% des salarier) 40% en france réparti entre Paris Bordeaux et Marseille Total-call est entré en grève de travail depuis le 19 mars pour défendre les droits des salariés qui commencent à être escroqué par la direction en imposant un nouveau système de paye et en ajoutant deux heures de travail par semaine


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