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Bénévolat et intérim, l’envers du décor de la Fête des Lumières

1 complément

Jeudi 8 décembre, des contributeurs de Rebellyon sont allés à la Fête des Lumières. Ils ont discuté avec celles et ceux, bénévoles ou intérimaires, qui s’activent pour guider et orienter les visiteurs. Petit retour sur les dessous de l’évènement.

En bons Lyonnais, nous sommes allés faire un tour à la Fête des Lumières. En dehors des installations et des spectacles, nos regards ont très rapidement été attirés par une multitude d’autres lumières plus petites et mouvantes. Nous nous en sommes rapprochés et avons constaté qu’elles étaient portées par des êtres humains. Certain-e-s étaient déguisé-e-s en panneaux sens interdit sur pattes, d’autres étaient des étudiantes en BTS tourisme plus ou moins incitées au bénévolat pour faire visiter la "fête" aux cadres des entreprises partenaires.

Guider des personnes dans le froid pendant 3 jours pour le SMIC...

Après avoir pu rentrer sur la Presqu’île bien plus facilement que l’on pensait (y’avait des flics absolument partout mais le contrôle était plus léger que ce à quoi on s’attendait), le premier être lumineux que nous avons vu portait donc au-dessus de son sac et sa parka rouge une grosse boule illuminée symbolisant un sens interdit. Son rôle était d’expliquer aux visiteurs pourquoi ils ne pouvaient pas passer dans une des rues bordant l’Hôtel de Ville et de leur indiquer par quel chemin rejoindre la place des Terreaux et assister à l’assez médiocre spectacle qui s’y déroulait. Lui nous a indiqué faire ça en intérim, payé au SMIC pour se geler les trois soirs.

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C’est le cas aussi d’une bonne partie des personnes vêtues d’un k-way jaune fluo et dotées de loupiottes rougeâtres avec lesquelles on a discuté. Elles sont intérimaires pour la durée du week-end, travaillant parfois pour des agences d’hôtesses d’accueil.

Je travaille pour l’agence Byblos Shine. C’est un CDD pour les trois jours, juste pour la Fête des lumières. Je dois donner des indications sur le circuit à prendre pour les participants à la fête des lumières.

Moi je travaille dans une agence d’hôtesse accueil-événementiel, c’est elle qui m’a mis sur cette mission-là. On est payé en tarif de nuit à partir de 22h. Donc oui on est bien payé... le smic, un petit peu plus du smic.

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... ou faire la même chose bénévolement

On distingue pas les bénévoles des non bénévoles parce qu’on a les mêmes K-way, de la même couleur.

Mais d’autres personnes, 300 selon l’une d’elle, jouent pourtant exactement le même rôle. Elles donnent des indications sur le programme, interdisent des accès ou orientent la foule vers les spectacles ou la sortie de l’un d’eux, font cela gratuitement. Et expliquent cela avec un discours qui semble parfois un peu surfait du type « Moi j’aime accueillir les gens, je suis un homme des relations publiques ».

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Les intérimaires sont au courant de la présence de nombreux bénévoles qui occupent les mêmes fonctions qu’eux. Comme nous, ils ne comprennent pas très bien ce qui motive ceux qui disent faire cela volontairement :

Ils (les bénévoles) ont beaucoup de courage parce que franchement c’est pas facile. Et savoir qu’on est pas payé, il faut vraiment avoir beaucoup de courage pour faire ça. Je pense qu’ils doivent être passionnés par la fête des lumières donc ça leur fait plaisir de faire bénévole à la fête.

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En fait on a du mal à croire que des personnes fassent volontairement du bénévolat et même si c’est très difficile pour les personnes de nous confier ça, on se doute bien que des pressions plus ou moins diffuses chez celles et ceux qui s’engagent pour trois jours.

Dans certains cas ces pressions sont explicites. Certaines personnes rencontrés ne présentent ainsi pas le bénévolat comme un choix ou une envie mais rendent très explicitent pourquoi elles le font. Comme cette étudiante en BTS tourisme qui faisait faire des visites aux cadres invités par une des entreprises partenaires de l’événement (les mécènes sont partout à la Fête des Lumières).

On fait des visites guidées de la ville de Lyon pour la Fête des Lumières.
Vous travaillez pour qui ?
Pour la ville de Lyon. C’est des groupes d’entreprises comme le Mat’électrique. Des entreprises les envoient pour faire la visite des lumières, puisque ce sont des entreprises qui sponsorisent la plupart des œuvres.
Vous êtes toute la soirée avec votre petite lumière et avec un groupe qui vous suit ?
Oui. On fait des arrêts selon les points stratégiques et on explique l’histoire des œuvres mises en place.
Vous avez été embauché pour trois jours ?
Moi juste ce soir c’est du volontariat, donc c’est chacun fait comme il veut.
Pourquoi vous êtes bénévole ?
Je fais un BTS tourisme. (...) On doit faire des immersions.

Avant on créait des petits jobs pourris pour permettre aux étudiant-e-s de se faire la main. Ensuite on a créé des stages foireux pour la même raison. Place désormais au bénévolat moisi qui a le double avantage de ne rien coûter à l’employeur et de permettre aux établissements de tester l’engagement et la motivation de leurs étudiant-e-s.

Quand aux cadres qui profitent des visites, s’ils semblent ignorer que leurs guides sont bénévoles, ils n’oublient pas de remercier les partenaires privés de l’organisation qui leur permettent d’être là. Le tout noyé dans un discours publicitaire creux.

Moi je suis au Crédit Agricole Centre-Est et, en tant que banque du territoire, pour nous, la Fête des Lumières c’est très symbolique. Pour nous c’est important d’être là. On remercie Nacarat (un promoteur immobilier) qui nous invite sur cet événement en tant que partenaire de l’événement, et vraiment, c’est du local, c’est des valeurs, c’est de l’histoire, et puis, surtout, après ce qu’il s’est passé l’année dernière, c’est important d’être là.

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Du bénévolat comme dans n’importe quel festival ?

L’argument qui consisterait à dire qu’il y a des bénévoles dans tous les festivals et que donc cela n’a rien de choquant qu’il y en ait à la Fête des Lumières est dur à défendre.

D’abord, ces festivals ne sont pas toujours défendables puisque pour bon nombre, comme la Fête des Lumières, ils sont très lucratifs : à Lyon c’est le secteur de l’hôtellerie-restauration qui profite de l’événement, dans les festivals musicaux de l’été ce sont les tourneurs et quelques artistes-stars qui se gavent. Faire du bénévolat à la Fête des Lumières ce n’est pas exactement aider le sympathique événement du coin à tenir la route, mais travailler gracieusement à une entreprise de publicité municipale.
Ensuite, quand on fait quelques heures de bénévolat comme gardienne de parking ou barman dans un festival musical, on échange en général ce travail contre une entrée gratuite et des coups à boire. À la Fête des Lumières, les bénévoles gagnent le droit d’assister gratuitement... à des spectacles gratuits. Ça vaut bien le coup de passer jusqu’à 3 soirs dans des tenues jaune fluo à se cailler sévère au milieu de la foule.

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Reportage sonore dans la Fête des Lumières
Reportage enregistré le 8 décembre et diffusé le 9 décembre dans le Canut Infos (Radio Canut, 102.2 FM). Avec une interview de sens interdit dedans.

Le samedi 10 décembre, les quelques personnes qui ont essayé de perturber le disneyland lyonnais en tentant une réappropriation populaire de la Fête des Lumières se sont heurtées à quantité de flics. Qu’on se rassure, ceux-là sont bien payés.

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P.-S.

Cet article a été réalisé dans le cadre du collectif d’entraide à la rédaction.

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  • Le 29 décembre 2016 à 13:55, par H

    À peine sexagénaire, j’ai été contacté par un organisateur (anonyme, mais comment a-t-il eu mes coordonnées, d’ailleurs ?) des festivités pour accompagner des touristes étrangers. Oui, je suis un peu quadri-lingues (anglais, français, italien, allemand).
    Et là, on m’a déployé le tapis rouge : rayonnement de la ville, multi-culturalité, des gens de la métropole engagés dans dans la modernité, rayonnement de moi-même (heu... sinon, ils ont le droit de me fouetter ?).
    Bref, quand j’ai demandé le tarif horaire, là, las..., le discours a changé : j’étais dans le sordide d’évoquer un sujet aussi bas, voire extrêmement vulgaire !
    Tiens, tout d’un coup, quand ce n’est pas Carlos Gohsn, ou J.M. Sylvestre qui en parlent, l’argent devient vulgaire...
    Et oui, me les geler 3 jours de suite, gratos en plus, quand des privilégiés pensent que c’est génial pour tout le monde, et, que je devrais leur dire merci, c’est pas mon trip..!
    Oui, j’ai refusé !

    Pour le tarif horaire, je n’ai toujours pas de nouvelles !

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