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C’est tout le peuple de Lyon qui se révolte le 22 novembre 1831

Publié le 22 novembre 2010

Maj le 3 mai 2009

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Dans la nuit du 21 au 22 novem­bre 1831, vers minuit, une bonne cen­taine d’ouvriers de la Guillotière et des Brotteaux déci­dent d’aller ren­for­cer ceux de la Croix-Rousse. Ils se glis­sent sur une digue située en aval du pont de la Guillotière, évitant ainsi le poste de garde natio­nale placé à la tête du pont. Ils vont jusqu’au confluent et tra­ver­sent la Saône au pont de la Mulatière, contour­nent la presqu’île et gra­vis­sent la montée de Choulans. Arrivés à Saint-Just, pré­ve­nus, des ouvriers de Saint-Just, de Saint-Georges, du Gourguillon, vien­nent gros­sir le groupe et pour­sui­vent par Trion et Champvert pour des­cen­dre à Vaise, où d’autres encore les rejoi­gnent quand ils sont arrê­tés par la garde natio­nale.

Les canuts rebrous­sent chemin et tra­ver­sent les terres au bas du cha­teau de la Duchère pour arri­ver au pont de Rochecardon. Une com­pa­gnie de la garde natio­nale de Saint-Didier-au-mont-d’Or bivoua­que là. « Qui vivent ? » s’écrient les gardes natio­naux. « Ouvriers » répon­dent d’une voix forte les pre­miers de la bande aux gardes qui livrent le pas­sage. Cette troupe gagne Saint-Rambert, où des ouvriers de la manu­fac­ture de la Sauvagère la rejoi­gnent. Elle repasse ensuite la Saône sur le pont de l’Ile Barbe et par la montée de Cuire, grimpe à la Croix-Rousse. Ils sont main­te­nant 350 quand ils débou­chent sur la place de la Croix-Rousse.

La venue de ces hommes dont beau­coup avaient dû faire un détour d’une bonne ving­taine de kilo­mè­tres, relève le moral des cou­ra­geux habi­tants de la Croix-Rousse qui les appel­laient de tous leurs voeux. D’autres ouvriers arri­vent de Collonges, de St Cyr et on en attend de Tarare, de Thizy, de Vienne et Saint-Étienne...

Pour les émeutiers qui ont veillé fiè­vreu­se­ment dans la nuit et le froid, voilà une rasade de fra­ter­nité qui brûle les veines, chasse l’angoisse et balaie le décou­ra­ge­ment. Ce ren­fort spon­tané marque le sommet de la révolte des canuts, et la grande soli­da­rité des tra­vailleurs lyon­nais cons­ti­tue la pre­mière et éblouissante illus­tra­tion d’un combat pour la jus­tice.

Après qu’il ait promis d’agir en vue d’un cessez-le-feu, les insur­gés relâ­chent le préfet puis le géné­ral Ordonneau plus tard dans la nuit.

Vers 5 heures du matin en ce mardi 22 novem­bre, les hos­ti­li­tés repren­nent. Les ouvriers ont for­ti­fié leurs posi­tions et ils résis­tent vic­to­rieu­se­ment aux assauts des trou­pes de lignards. Solidement ins­tal­lés der­rière leurs bar­ri­ca­des, embus­qués aux fenê­tres de hautes mai­sons des pentes, ils infli­gent des pertes ter­ri­bles à leurs adver­sai­res dont le moral flé­chit d’heure en heure.

Dans la mati­née, de nou­veaux foyers d’insur­rec­tion se créent en dif­fé­rents points de Lyon. Les ouvriers de Saint-Just désar­ment le poste de la bar­rière, et contrô­lent le télé­gra­phe, pri­vant ainsi le gou­ver­ne­ment d’infor­ma­tions pré­ci­ses en pro­ve­nance de Lyon. D’autres ouvriers de la rive gauche du Rhône et de la rive droite de la Saône se sont enga­gés dans la révolte et un feu nourri acca­ble les mili­tai­res ins­tal­lés sur les quais de la presqu’île.

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Barricade
Place des Bernardines - 22 novembre 1831

Des ouvriers de toutes pro­fes­sions, de tous les quar­tiers de la ville se sou­lè­vent à leur tour. L’insur­rec­tion devient géné­rale. Le tocsin sonne à St Paul, mais aussi à St Pothin. Les masses s’ébranlent. Les rues, les places, les quais se héris­sent de bar­ri­ca­des. On atta­que les corps de garde occu­pés par la garde natio­nale ou par l’armée, ainsi que les pavillons de l’octroi. Plusieurs devien­nent la proie des flam­mes. Ce n’est plus une émeute, c’est une révo­lu­tion.

Vers onze heures et demi, sur la place des Célestins, se forme un ras­sem­ble­ment de quinze à vingt jeunes gens, en partie des enfants, sans sou­liers et armés seu­le­ment d’une ou deux haches et d’un ou deux fusils. Ce sont pour la plu­part des décrot­teurs qui se tien­nent d’ordi­naire à la porte du théâ­tre. L’un d’eux tient une épée sans poi­gnée pro­ve­nant du pillage d’une armu­re­rie pas­sage de l’Argue. Ils vont d’armu­re­rie en armu­re­rie et se cons­ti­tuent ainsi une quin­caille­rie.

L’hôtel de la mon­naie, rue de la Charité, est pris, avec l’aide des modè­res, cro­che­teurs et autres mari­niers, mais aucun sou n’est dérobé alors que le direc­teur leur dit qu’il s’y trouve quinze cent mille francs en or.

A partir de midi et demi, les ponts du Rhône et de la Saône tom­bent sous la pres­sion des insur­gés. Des bar­ri­ca­des jalon­nent toute la ville, des maga­sins d’armu­re­rie sont pillés, des armes enle­vées aux gardes natio­naux et aux sol­dats désem­pa­rés. L’arse­nal est investi, la pou­drière de Serin capi­tule, l’étau se res­serre autour de l’hôtel de ville.

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