Le 22 décembre 2009 vers 20 h, par Pensée-Critique
La question fondamentale de l’écologie n’a jamais été, dans le fond, la sauvegarde de la Terre, de la Nature, de la Vie en tant que telle. La planète possède la capacité de se régénérer, de s’autoréguler, de produire de la vie. Elle n’a pas besoin de l’humanité ni des autres espèces pour exister. Si la question de l’écologie se pose aujourd’hui, ce n’est que dans la mesure ou le développement des activités humaines tend vers l’anéantissement d’un certain nombre d’espèces. Cependant, en dehors d’une poignée d’écologistes radicaux affectés par le sort animal et végétal, l’écologie politique ne se soucie de la sauvegarde des autres espèces que dans la mesure où leur existence constitue la condition de survie de l’espèce humaine. Ce qu’il s’agit alors, c’est de sauver une catégorie abstraite qu’est l’Humanité. Abstraite parce que dans ce cadre réflexif, l’Humanité est considérée comme une catégorie homogène, indifférenciée. Cette réduction de l’Humain à sa simple dimension mécanique et fonctionnelle est la pirouette héritée de la pensée occidentale, du christianisme au scientisme, qui permet d’isoler les corps et d’envisager la transposition de l’être dans n’importe quelles conditions d’existences, sans lui faire subir de dégât.La théorie de l’évolution darwinienne est une catastrophe envisagée sur le plan humain, dans la mesure ou elle fait de l’homme une entité passive, qui évolue dans un milieu sans jamais chercher à interférer sur son monde. A la vérité, toute évolution des conditions d’existence d’un groupe d’hommes est une destruction sa forme de vie antérieure, une décomposition de certains de ses rapports. Il est néanmoins nécessaire de distinguer évolution de type désirante et évolution imposée, notamment en ce qui concerne le plan politique. L’évolution désirante se pose sur le plan éthique, elle est la détermination d’un groupe à se diriger vers des formes de vie plus en phase avec ses besoins. L’évolution imposée se constitue soit sur le plan matériel, dans le rapport avec la matière, ses nécessitées, ses potentialités, soit sur le plan de la domination politique, et dans ce cas sur le plan moral, c’est-à-dire sur le plan du traitement des corps abstrait des conditions économiques, sociales, culturelles, psychologiques. Ce que prétend aujourd’hui l’écologie politique, c’est un traitement des populations qui implique la possibilité de les abstraire de leur dimension éthique afin de surimposer une nouvelle moralité, au nom de prétendues nécessités matérielles.
Il n’est à notre avis pas nécessaire de faire un exposé approfondi sur le rapport du capitalisme à l’environnement, tant les recherches abondent à ce sujet. Nous tenons simplement à rappeler que la dynamique fondamentale du capitalisme, l’accroissement constant du taux de profit, impose la production et la consommation de masse, et par conséquent la consommation immodérée (le pillage, le gaspillage, la destruction) des ressources naturelles. (…) La question environnementale suppose une autre éthique que celle qui est à la base du capitalisme. Elle en appelle selon nous à un besoin urgent de communisme.
On pourrait nous rétorquer que le communisme est également un système qui tend vers la consommation immodérée des ressources, pollue à outrance, et contribue au réchauffement climatique. Cependant, l’exemple historique du Socialisme Russe ne permet pas selon nous de statuer sur ce propos (…). Le communisme envisagé exclusivement au niveau socioéconomique peut tendre vers le productiviste, tandis que considéré dans une configuration sociale et environnementale, il est possible d’envisager une limitation de la production matérielle à la stricte nécessité, et ce dans une configuration plus égalitaire.
Le problème actuel de la politique gestionnaire, de l’anarchisme (exceptél’anarchisme primitiviste) au fascisme, consiste en un consensus admis autour de la reconnaissance d’un risque systémique, dont l’unique réponse constitue un appel à l’accroissement du complexe technoscientifique. Seul un nouveau progrès technique peut nous sauver de la catastrophe provoquée par le progrès technique. Le paradoxe se pose alors en vue du fait que le risque technoscientifique protège et rend nécessaire la dynamique du progrès, et sous tend ainsi la nécessité d’une organisation économique, sociale et culturelle qui puisse l’accueillir. L’impératif du progrès présuppose donc l’absolutisation de la science et de la technologie ainsi qu’une organisation totalitaire de la société, une subordination des besoins humains aux nécessités du complexe technoscientifique.
Si l’idéologie ne disparaît pas pour autant, comme on a pu le croire il y a quelques décennies, sa base discursive s’est profondément modifiée. Le discours idéologique se justifie et s’énonce aujourd’hui sur le plan technoscientifique et tout discours qui ne comprend pas cette dimension est immédiatement invalidé. Le degré de technoscientificité est ainsi devenu l’échelon de la valeur de tout discours politique.
L’exercice du politique se constitue de plus en plus sur une base experte. L’information, le savoir, l’expertise y prennent une place de plus en plus importante. La démocratie ne peut plus exister qu’a l’état formel : il s’exerce toute une propagande en amont de la délibération pour la faire infléchir dans le sens que requiert la technoscience. La démocratie n’a définitivement plus pour fonction que de garantir auprès de la population une illusion de liberté qui masque cette domination experte. La démocratie véritable dans le cadre d’une société technoscientifique supposerait d’une part une scientifisation du politique, comme il a été précédemment expliqué, et d’autre part une modification radicale de la pensée du citoyen. En effet, en fonction de la technicisation et de la scientifisation du discours politique, la réflexion citoyenne et militante doit pouvoir s’appuyer sur un savoir technoscientifique approfondi pour être reconnue comme valide. Ceci implique que pour saisir les enjeux du débat politique et délibérer en connaissance de cause, le citoyen doit nécessairement avoir suivi une formation scientifique approfondie, sans quoi cette délibération est arbitraire et sans valeur au regard des nécessités du système. Ainsi, traiter les problèmes environnementaux de manière démocratique, implique la nécessité de modifier la pensée collective, la culture, en fonction des impératifs technoscientifiques, par conséquent de conformer la pensée, l’imaginaire, les affections de chaque citoyen à l’univers technoscientifique.
Ce qui se dessine, à droite comme à gauche, dans les perspectives de gestion technoscientifique de la question environnementale, n’est rien d’autre que le maintient d’une tendance spécifique inhérente à la civilisation Occidentale : le principe de rendement. La logique productiviste se transfère de la production illimitée de marchandises à la production illimitée de savoirs scientifiques, de recherches, de technologies, de contrôles, de règlementations juridiques et administratives. Qu’il y ait décroissance ou non du système de production de marchandises, n’empêche alors pas l’accroissement exigé de complexes technoscientifiques. S’il y a décroissance du système productif, alors l’effort social sera concentré sur le développement plus rapide de ce complexe, tandis que si le système persiste et tente de développer de la marchandise verte, ce développement sera ralenti, mais il n’en demeurera pas moins que la quantité de travail exigée restera identique. Ce qui veut dire qu’à la répression capitaliste présente, la nécessité de « gagner sa vie », se surajoute une autre répression : la nécessité de restreindre ses déplacements, sa consommation en eau, en énergies, en marchandises. Or la fuite dans la consommation de spectacles marchands constitue la seule source de plaisir tolérée par le capitalisme, la seule compensation concédée à une existence consacrée au labeur et la l’administration de son existence. Ainsi, la répression environnementale pourrait très bien retirer le peu de joie compensatrice possible à l’intérieur du capitalisme et donner lieu à une situation potentiellement explosive.
Ainsi, l’abandon tout espoir vis-à-vis d’un système qui n’en comporte pas, ne fait que nous libérer de son emprise, et nous permet ainsi d’entrevoir une autre porte de sortie. notre situation de précarité nos amène à penser que nous n’avons pas besoin d’une abondance de marchandise pour vivre. Nous estimons qu’il n’y a pas non plus besoin d’un accroissement du complexe technoscientifique qui aurait pour but de trouver comment maintenir le même niveau de production, mais version verte. Ce dont nous avons besoins aujourd’hui, au-delà des nécessités matérielles minimales, c’est de se réapproprier du temps, non exclusivement du temps consacré à l’oisiveté, mais du temps consacré à la politique, à l’amour, à l’amitié, au jeu, à l’art, à la compréhension du monde. Si ce projet semble de prime abord Utopique, nous soutenons que les projets pragmatiques proposés par les différents aspirants à la gouvernance ne constituent que le prolongement de la misère existentielle caractéristique de l’existence capitaliste. Notre projet n’est pas gestionnaire et technocratique, nous ne prétendons pas participer à la l’accompagnement de ce système en pleine nécrose. Ainsi, seul un soulèvement révolutionnaire peut rendre possible une existence qui serait débarrassée du surtravail, de la sur-répression, et qui laisserait libre cours à la joie et au développement autonome de la personnalité et des potentialités de chacun.