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L’Appel des Résistants

Publié le 15 mars 2011

Maj le 15 mars 2010

Appel des Résistants du 8 mars 2004 renou­velé aux com­mé­mo­ra­tions non média­ti­sées du 60e anni­ver­saire du Programme du Conseil natio­nal de la Résistance du 15 mars 1944.

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Lucie Aubrac à Lyon

Et c’est le 15 mars 2007, que Lucie Aubrac nous quitte.

Par Lucie Aubrac [1],
Raymond Aubrac,
Henri Bartoli [2],
Daniel Cordier,
Philippe Dechartre,
Georges Guingouin [3],
Stéphane Hessel,
Maurice Kriegel-Valrimont [4],
Lise London,
Georges Séguy,
Germaine Tillion [5],
Jean-Pierre Vernant [6],
Maurice Voutey.

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquê­tes socia­les de la Libération, nous, vété­rans des mou­ve­ments de Résistance et des forces com­bat­tan­tes de la France libre (1940-1945), appe­lons les jeunes géné­ra­tions à faire vivre et trans­met­tre l’héri­tage de la Résistance et ses idéaux tou­jours actuels de démo­cra­tie économique, sociale et cultu­relle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacri­fice de nos frères et sœurs de la Résistance et des nations unies contre la bar­ba­rie fas­ciste. Mais cette menace n’a pas tota­le­ment dis­paru et notre colère contre l’injus­tice est tou­jours intacte.

Nous appe­lons, en cons­cience, à célé­brer l’actua­lité de la Résistance, non pas au profit de causes par­ti­sa­nes ou ins­tru­men­ta­li­sées par un quel­conque enjeu de pou­voir, mais pour pro­po­ser aux géné­ra­tions qui nous suc­cè­de­ront d’accom­plir trois gestes huma­nis­tes et pro­fon­dé­ment poli­ti­ques, au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais.

- Nous appe­lons d’abord les éducateurs, les mou­ve­ments sociaux, les col­lec­ti­vi­tés publi­ques, les créa­teurs, les citoyens, les exploi­tés, les humi­liés à célé­brer ensem­ble l’anni­ver­saire du pro­gramme du Conseil natio­nal de la Résistance (CNR), adopté dans la clan­des­ti­nité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retrai­tes géné­ra­li­sées, contrôle des « féo­da­li­tés économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse déli­vrée de l’argent et de la cor­rup­tion, lois socia­les ouvriè­res et agri­co­les, etc.
Comment peut-il man­quer aujourd’hui de l’argent pour main­te­nir et pro­lon­ger ces conquê­tes socia­les, alors que la pro­duc­tion de riches­ses a consi­dé­ra­ble­ment aug­menté depuis la Libération, période à laquelle l’Europe était ruinée ? Les res­pon­sa­bles poli­ti­ques, économiques, intel­lec­tuels et l’ensem­ble de la société ne doi­vent pas démis­sion­ner, ni se lais­ser impres­sion­ner par l’actuelle dic­ta­ture inter­na­tio­nale des mar­chés finan­ciers qui menace la paix et la démo­cra­tie.

- Nous appe­lons ensuite les mou­ve­ments, partis, asso­cia­tions, ins­ti­tu­tions et syn­di­cats héri­tiers de la Résistance à dépas­ser les enjeux sec­to­riels, et à se consa­crer en prio­rité aux causes poli­ti­ques des injus­ti­ces et des conflits sociaux, et non plus seu­le­ment à leurs consé­quen­ces, à défi­nir ensem­ble un nou­veau « pro­gramme de la Résistance » pour notre siècle, sachant que le fas­cisme se nour­rit tou­jours du racisme, de l’into­lé­rance et de la guerre, qui eux-mêmes se nour­ris­sent des injus­ti­ces socia­les.

- Nous appe­lons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les auto­ri­tés publi­ques, à une véri­ta­ble insur­rec­tion paci­fi­que contre les moyens de com­mu­ni­ca­tion de masse qui ne pro­po­sent comme hori­zon pour notre jeu­nesse que la consom­ma­tion mar­chande, le mépris des plus fai­bles et de la culture, l’amné­sie géné­ra­li­sée et la com­pé­ti­tion à outrance de tous contre tous.
Nous n’accep­tons pas que les prin­ci­paux médias soient désor­mais contrô­lés par des inté­rêts privés, contrai­re­ment au pro­gramme du Conseil natio­nal de la Résistance et aux ordon­nan­ces sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui com­mence, nous vou­lons dire avec notre affec­tion :

« Créer c’est résister. Résister c’est créer. »

Le 8 Mars 2004

Notes

[1] décédée le 15 mars 2007.

[2] décédé le 1er octobre 2008.

[3] décédé le 27 octobre 2005.

[4] décédé le 2 août 2006.

[5] décédée le 19 avril 2008.

[6] décédé le 9 janvier 2007.

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  • Le 1er avril à 16:25, par PhilOGM

     :-(
    Lise London est décédée hier, 31 mars 2012
    http://www.humanite.fr/politique/lise-london-est-morte-493602 ?x

  • Le 16 mars 2010 à 19:25, par El Sinsé

    Très bien cette piqure de rappel ... Mais ... mais ... Une p’tite préférence pour cette version ... Merci

  • Le 15 mars 2009 à 01:34

    Ce qu’en « pense » Denis Kessler (longtemps numéro 2 du MEDEF...).
    ... C’est très clair (c’est un article du magazine « Challenges » daté du 04.10.2007...) !

    . . . . .

    Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde !
    Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

    Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme...

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    A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !
    A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d’« historiques » - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.
    Ce compromis, forgé aune période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.
    Cette « architecture » singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.
    Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les « tabouise » en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.
    Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse.

    par Denis Kessler


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