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Les Martyrs de Chicago - aux origines du 1er mai

Publié le 30 avril

Maj le 27 avril 2010

Le 1er mai 1886, la pression syndicale permet à environ 200 000 travailleurs américains d’obtenir la journée de huit heures. Mais d’autres, moins chanceux, au nombre d’environ 340 000, doivent faire grève pour forcer leur employeur à céder.

Le 3 mai, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester, à Chicago. Une marche de protestation a lieu le lendemain et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers. C’est alors qu’une bombe explose devant les forces de l’ordre. Elle fait une quinzaine de morts dans les rangs de la police.

Aux origines du 1er mai

Fondée en 1881, l’ancê­tre directe de l’AFL [1], la FOTLU [2] ne regroupe que les ouvriers qua­li­fiés (des hommes, blancs et amé­ri­cains de souche) et ne compte que 50 000 adhé­rents. Mais lors d’un congrès elle décide de mettre au pre­mier plan de ses reven­di­ca­tions la jour­née de huit heures et de rete­nir la date du 1er mai 1886 pour une mani­fes­ta­tion de masse. Commence alors une immense cam­pa­gne de pro­pa­gande qui ren­force l’orga­ni­sa­tion. Dès avril 1886, quel­ques entre­pri­ses accor­dent même à leurs sala­riés la jour­née de huit heures sans dimi­nu­tion de salaire : 200 000 tra­vailleurs envi­ron béné­fi­ciè­rent d’une réduc­tion de tra­vail.

En 1886, les Chevaliers du Travail (fondé en 1868 avec de fortes réfé­ren­ces maçon­ni­ques [3]) ras­sem­ble tous les tra­vailleurs au niveau d’une loca­lité, Blancs et Noirs, femmes et hommes, Américains de « souche » et immi­grants : ouvriers qua­li­fiés et non, ils repré­sen­tent plus de 700 000 adhé­rents. Les adhé­rents de l’Ordre jouè­rent le rôle prin­ci­pal dans la grève du 1er mai 1886, bien que la direc­tion de l’Ordre l’ait condam­née. Les res­pon­sa­bles et les mili­tants des Chevaliers du Travail furent les prin­ci­pa­les vic­ti­mes de la répres­sion après le mas­sa­cre de Haymarket, bien que la direc­tion de l’Ordre ait refusé d’inter­ve­nir en faveur des condam­nés de Chicago. Les Chevaliers du Travail allaient par la suite rapi­de­ment péri­cli­ter.

L’ini­tia­tive des ouvriers amé­ri­cains n’aurait eu qu’un faible reten­tis­se­ment dans le pays et à l’étranger sans les événements tra­gi­ques de Chicago qui émurent le monde entier.

Sûrs de l’impu­nité, les mili­ces patro­na­les pro­vo­quaient des inci­dents san­glants. Le 3 mai, des ouvriers qui manife devant l’usine de machi­nes agri­co­les Mac Cormick, à Chicago sont tirés à bout por­tant par des détec­ti­ves privés, la bataille qui s’engage fait de nom­breu­ses vic­ti­mes. Les gré­vis­tes sont prin­ci­pa­le­ment d’ori­gine alle­mande et, dans leur jour­nal « Arbeiter Zeitung » (Journal des Travailleurs) paraît l’appel sui­vant :

« Esclaves, debout ! La guerre de clas­ses est com­men­cée. Des ouvriers ont été fusillés hier devant l’établissement Mac Cormick. Leur sang crie ven­geance. Le doute n’est plus pos­si­ble. Les bêtes fauves qui nous gou­ver­nent sont avides du sang des tra­vailleurs, mais les tra­vailleurs ne sont pas du bétail d’abat­toir. A la ter­reur blan­che, ils répon­dront par la ter­reur rouge. Mieux vaut mourir que de vivre dans la misère. Puisqu’on nous mitraille, répon­dons de manière que nos maî­tres en gar­dent long­temps le sou­ve­nir. La situa­tion nous fait un devoir de pren­dre les armes. »

Dans la soirée du 4 mai, plus de 15 000 ouvriers se ren­dent sur la place au foin (Haymarket) pour y mani­fes­ter paci­fi­que­ment (il leur avait été com­mandé de s’y rendre sans armes). Des dis­cours sont pro­non­cés, notam­ment par Spies, Parsons, Fielden. La foule se retire, quand une cen­taine de gardes natio­naux charge avec vio­lence. Une bombe, lancée on ne sait d’où, tombe au milieu des forces de police en tuant sept et en bles­sant griè­ve­ment une soixan­taine. Les auto­ri­tés pro­cède à des arres­ta­tions parmi les meneurs de gré­vis­tes et les rédac­teurs de l’« Arbeiter Zeintung » : Auguste Spies, né à Hesse (Allemagne), en 1855 ; Samuel Fielden, sujet anglais, né en 1846 ; Oscar Neebe, né à Philadelphie, en 1846 ; Michel Schwab, né à Mannhelm (Allemagne), en 1853 ; Louis Lingg, né en Allemagne, en 1864 ; Adolphe Fischer, né en Allemagne, en 1856 ; Georges Engel, né en Allemagne, en 1835 ; Albert Parsons, Américain, né en 1847.

Le ver­dict est rendu le 17 mai. Les huit accu­sés sont condam­nés à être pendus. Une mesure de grâce inter­vint pour Schwab et Fielden, dont la peine est com­muée en prison à per­pé­tuité, et de Neebe dont la peine est réduite à quinze ans de prison. Le 11 novem­bre 1887, les autres sont exé­cu­tés, mis à part Lingg qui s’est sui­cidé.

Six ans plus tard, un nou­veau gou­ver­neur de l’Illinois John Altgeld, conclut à l’entière inno­cence des condam­nés : « Une telle féro­cité n’a pas de pré­cé­dent dans l’his­toire. Je consi­dère comme un devoir dans ces cir­cons­tan­ces et pour les rai­sons ci-dessus expo­sées, d’agir confor­mé­ment à ces conclu­sions et j’ordonne aujourd’hui, 26 juin 1893, qu’on mette en liberté sans condi­tion Samuel Fielden, Oscar Neebe et Michel Schwab ». Spies, Lingg, Engel, Fischer et Parsons sont réha­bi­li­tés.

L’idée amé­ri­caine est reprise par les tra­vailleurs des autres pays. En 1889, à Paris, lors d’un congrès inter­na­tio­nal, une pro­po­si­tion deman­dant « l’orga­ni­sa­tion d’une grande mani­fes­ta­tion inter­na­tio­nale en faveur de la réduc­tion des heures de tra­vail qui serait faite à une date fixe, la même pour tous » est adop­tée et la date en est celle choi­sie par les tra­vailleurs amé­ri­cains. Le 1er mai prend alors dans le monde entier la signi­fi­ca­tion d’une jour­née de reven­di­ca­tion des tra­vailleurs face à la société capi­ta­liste.

OLT

LE 1er MAI : SYMBOLE D’UNE ÈRE NOUVELLE DANS LA VIE ET LA LUTTE DES TRAVAILLEURS

par Makhno (écrit en 1928)

La jour­née du pre­mier Mai est consi­dé­rée dans le monde socia­liste comme la fête du Travail. C’est une fausse défi­ni­tion du 1er Mai qui a tel­le­ment péné­tré la vie des tra­vailleurs qu’effec­ti­ve­ment dans beau­coup de pays, ils le célè­brent ainsi. En fait, le pre­mier mai n’est pas un jour de fête pour les tra­vailleurs. Non, les tra­vailleurs ne doi­vent pas, ce jour là rester dans leurs ate­liers ou dans les champs. Ce jour là, les tra­vailleurs de tous pays doi­vent se réunir dans chaque vil­lage, dans chaque ville, pour orga­ni­ser des réu­nions de masse, non pour fêter ce jour ainsi que le conçoi­vent les socia­lis­tes étatistes et en par­ti­cu­lier les bol­che­viks, mais pour faire le compte de leurs forces, pour déter­mi­ner les pos­si­bi­lité de lutte directe contre l’ordre pourri, lâche escla­va­giste, fondé sur la vio­lence et le men­songe. En ce jour his­to­ri­que déjà ins­ti­tué, il est plus facile à tous les tra­vailleurs de se ras­sem­bler et plus com­mode de mani­fes­ter leur volonté col­lec­tive, ainsi que de dis­cu­ter en commun de tout ce qui concerne les ques­tions essen­tiel­les du pré­sent et de l’avenir.

Il y a plus de qua­rante ans les tra­vailleurs amé­ri­cains de Chicago et des envi­rons se ras­sem­blaient le pre­mier Mai. Ils écoutèrent là des dis­cours de nom­breux ora­teurs socia­lis­tes, et plus par­ti­cu­liè­re­ment ceux des ora­teurs anar­chis­tes, car ils assi­mi­laient par­fai­te­ment les idées liber­tai­res et se met­taient fran­che­ment du côté des anar­chis­tes.

Les tra­vailleurs amé­ri­cains ten­tè­rent ce jour là, en s’orga­ni­sant, d’expri­mer leur pro­tes­ta­tion contre l’infâme ordre de l’Etat et du Capital des pos­sé­dants. C’est sur cela qu’inter­vien­nent les liber­tai­res amé­ri­cains Spiess, Parsons et d’autres. C’est alors que ce mee­ting fut inter­rompu par des pro­vo­ca­tions de mer­ce­nai­res du Capital et s’acheva par le mas­sa­cre de tra­vailleurs désar­més, suivi de l’arres­ta­tion et de l’assas­si­nat de Spiess, Parsons et d’autres cama­ra­des.

Les tra­vailleurs de Chicago et des envi­rons ne se ras­sem­blaient pas pour fêter la jour­née du pre­mier Mai. Ils s’étaient ras­sem­blés pour résou­dre en commun les pro­blè­mes de leur vie et de leurs luttes.

Actuellement aussi, par­tout où les tra­vailleurs se sont libé­rés de la tutelle de la bour­geoi­sie et de la social démo­cra­tie liée à elle (indif­fé­rem­ment men­che­vi­que ou bol­che­vi­que) ou bien ten­tent de le faire, ils consi­dè­rent le 1er Mai comme l’occa­sion d’une ren­contre pour s’occu­per de leurs affai­res direc­tes et se préoc­cu­per de leur émancipation. Ils expri­ment, à tra­vers ces aspi­ra­tions, leur soli­da­rité et leur estime à l’égard de la mémoire des mar­tyrs de Chicago. Ils sen­tent donc que cela ne peut être pour eux un jour de fête. Ainsi, le pre­mier Mai, en dépit des affir­ma­tions des « socia­lis­tes pro­fes­sion­nels » ten­dant à le pré­sen­ter comme la fête du tra­vail, ne peut pas l’être pour les tra­vailleurs cons­cients.

Le pre­mier Mai, c’est le sym­bole d’une ère nou­velle dans la vie et la lutte des tra­vailleurs, une ère qui pré­sente chaque année pour les tra­vailleurs, de nou­vel­les, de plus en plus dif­fi­ci­les, et déci­si­ves batailles contre la bour­geoi­sie, pour la liberté et l’indé­pen­dance qui leur sont arra­chées, pour leur idéal social.

(Source : Diélo trouda, n°36, 1928)

P.-S.

La BD est parue dans La Brique n°13 - avril 2009. http://www.labrique.net/

Lire aussi sur le sujet Retour sur l’histoire du 1er mai sur le site Hérodote.

Notes

[1] American Federation of Labor (Fédération Américaine du Travail - AFL).

[2] Fédération des Métiers Organisés et des Syndicats de Travailleurs.

[3] Le Noble and Holy Order of the Knights of Labor (Noble et saint ordre des chevaliers du travail).

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