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Sortir du capitalisme, c’est possible ! Rencontre avec Enric Duran

Publié le 16 janvier

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En 2008, le catalan Enric Duran avait emprunté à 39 banques la somme de 492.000 euros, avant d’annoncer publiquement qu’il ne rembourserait pas. L’argent a permis de financer la publication à 200.000 exemplaires de la revue Crisi, puis à 350.000 exemplaires de la revue Podem, sous le slogan : « Nous pouvons sortir du capitalisme ».

Entré un temps dans la clan­des­ti­nité, le « robin des ban­ques » est réap­paru publi­que­ment et a été incar­céré deux mois au prin­temps 2009, puis libéré sous cau­tion en atten­dant d’être jugé. Vient de sortir « Queremos » (=« Nous vou­lons »), troi­sième volet de ce tra­vail col­lec­tif qui détaille des pistes pra­ti­ques pour « enta­mer la tran­si­tion vers la décrois­sance et vivre sans capi­ta­lisme » dès aujourd’hui.

Enric Duran est accueilli à Lyon par la revue Silence

le Dimanche 17 Janvier 2010 à 20h

à L’Atelier

91, rue Montesquieu Lyon 7e (métro Saxe)

.


. LETTRE PUBLIQUE D’ENRIC DURAN QUAND IL ÉTAIT À LA PRISON DE BARCELONE

Défendre ma liberté c’est défen­dre le débat libre et sérieux sur le modèle de société nous vou­lons. Le pro­cu­reur, repré­sen­tant 19 des 39 ban­ques et enti­tés finan­ciè­res que j’ai expro­prié, m’a placé en prison pré­ven­tive arguant que « les faits sont graves » et que « il y a risque de fuite ». Les ban­ques osent qua­li­fier mon action de grave alors que c’est leur créa­tion d’argent sans base réelle et leur spé­cu­la­tion finan­cière folle qui l’a pro­vo­qué :
- Qu’ils aient eu besoin de prêts d’argent public d’un mon­tant 100.000 fois supé­rieurs à la somme qu’on me réclame.
- Que, comme résul­tat de ce sys­tème finan­cier, ces der­niè­res années aient été celles de la plus grande des­truc­tion d’écosystèmes et du plus impor­tant épuisement de res­sour­ces fos­si­les et miné­ra­les. Une des­truc­tion crois­sante à laquelle nous sommes condam­nés par un sys­tème qui a besoin de croî­tre pour fonc­tion­ner, de piller tou­jours plus la nature pour pou­voir se main­te­nir.
- Que le chô­mage ait atteint 17% de la popu­la­tion espa­gnole et conti­nuera d’aug­men­ter.
- Que des mil­lions de per­son­nes soient en train de perdre leur pro­priété et obli­gées de fermer leur com­merce pour ne pas pou­voir rem­bour­ser leurs dettes, et sont donc condam­nées à l’endet­te­ment à vie.

Ce que j’ai fait avec les mil­liers de per­son­nes et grou­pes qui avons col­la­boré à la publi­ca­tion de CRISI du 17 sep­tem­bre 2008, et de PODEM (NOUS POUVONS VIVRE SANS CAPITALISME) du 17 mars 2009 a été de géné­rer un débat social néces­saire sur le modèle de société que vou­lons. Le moment de crise struc­tu­relle actuel est aussi la meilleure oppor­tu­nité que nous avons de chan­ger le cours des choses avant qu’il ne soit trop tard.

Oui, la situa­tion est grave, la situa­tion où nous a amené la banque, comme fer de lance d’un sys­tème périmé qui fonce vers l’abîme. Mon action a été sim­ple­ment une manière de mettre ces ques­tions en évidence, d’ailleurs, les mêmes ban­ques, qui aujourd’hui m’accu­sent, décla­raient cette action sans impor­tance ou ils la démen­taient, mais c’était en sep­tem­bre quand nous l’avons rendue publi­que et qu’ils croyaient qu’ils pou­vaient nous faire taire.

D’autre part, concer­nant le risque que je prenne la fuite, soyons cohé­rents :
Comment ont-ils pris connais­sance de mon action ? Parce que c’est moi qui l’ai publiée.
Comment ont-ils pu m’arrê­ter ? Parce que je me suis pré­senté au public en confé­rence de presse à l’Université de Barcelone, là où ils m’ont arrêté le len­de­main, des heures après avoir obtenu l’ordre de déten­tion. Je n’ai donc pas fui les ser­vi­ces de Justice, puis­que qu’entre l’ordre et la déten­tion effec­tive s’étaient écoulées quel­ques heures.

« Risque de fuite » ? Ce sont les ban­ques qui fuient l’examen de leurs comp­tes, pour éviter que nous les mon­trions du doigt en disant que ce sont elles le pro­blème.

La véri­ta­ble raison de mon empri­son­ne­ment pré­ven­tif est sim­ple­ment le danger que repré­sente pour le pou­voir finan­cier ma pré­sence sur la place publi­que avec un dis­cours plus fort, plus clair et plus direct que ce qu’ils peu­vent assu­mer. C’est le même dis­cours que celui de la publi­ca­tion PODEM (NOUS POUVONS VIVRE SANS CAPITALISME) qui est en train de géné­rer ces jours-ci un grand débat social.

Ma voix n’est qu’une parmi tant d’autres, mais c’est une voix qui sym­bo­lise aujourd’hui l’insou­mis­sion aux ban­ques, à la crois­sance et à l’ensem­ble de l’actuel sys­tème en crise. Une insou­mis­sion qui met en évidence la sou­mis­sion de la classe poli­ti­que. C’est pour cela que j’ai été empri­sonné, c’est pour cela que défen­dre ma mise en liberté immé­diate c’est défen­dre la liberté d’expres­sion et le libre débat concer­nant le modèle de société que nous sou­hai­tons, afin de résou­dre la crise sys­té­mi­que actuelle. Parce que nous sommes de plus en plus nom­breux et des per­son­nes de plus en plus diver­ses à penser que nous pou­vons vivre mieux sans capi­ta­lisme, et que nous pou­vons être ici et main­te­nant le chan­ge­ment que nous sou­hai­tons !
ENRIC DURAN, le 20 mars 2009
.

P.-S.

Revue S !LENCE
9, rue Dumenge Lyon 4e
04 78 39 55 33

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