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22 v’là la SDAT

Publié le 16 février

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Alors que de nombreuses arrestations de militants pour la liberté de circulation ont eu lieu lundi 15 février à l’aube à Paris, les services « antiterroristes » sont à la manoeuvre à Lyon depuis quelques jours.

Fin jan­vier, quel­ques jours après l’ouver­ture du Grand Lyeu deux per­son­nes se font contrô­ler devant la porte. « Contrôle de rou­tine » par la BAC. Les flics repar­tent avec un numéro de télé­phone por­ta­ble et deux iden­ti­tés.

Deux semai­nes plus tard un coup de fil : « bon­jour, police du hui­tième, on aime­rait bien dis­cu­ter avec vous... ». Convocation infor­melle à Marius Berliet sans plus d’expli­ca­tions. C’est en fait un flic de la Sous Direction AntiTerroriste qui le reçoit, très détendu. Un flic sympa, qui dit du mal des bour­rins de la BAC, qui joue au papa bien­veillant dans le cours de la dis­cus­sion. N’empê­che il en pro­fite pour inter­ro­ger pêle­mêle sur l’affaire de Chambéry, les tags et les actions en sou­tien aux inculpés de Vincennes et puis il aime­rait bien savoir ce qui se passe dans les squats en ce moment. « Ce « grand lieu » il y a des gens dan­ge­reux à l’inté­rieur ? Des gens vio­lents ? Est ce que vous dis­cu­tez des black blocs ? Qui orga­nise l’auto­dé­fense le diman­che, les pro­jec­tions-débat, etc. ». Lui, c’est un super flic. Il court après les poseurs de bombe, pas les « gamins qui jet­tent des pier­res sur la police ». Sous entendu « tu peux me raconter toutes ces brou­tilles que je donne l’impres­sion de connai­tre : et en balan­çant un maxi­mum de nom si pos­si­ble ».

A la dif­fé­rence de la DCRI, la SDAT n’est pas censée faire de la sur­veillance géné­rale. Elle débar­que parce qu’elle est saisie dans le cadre d’une enquête bien pré­cise. Là ça peut être plu­sieurs choses : les suites de l’affaire de Chambéry, l’enquête en cours sur les actions de sou­tien aux inculpés de Vincennes, une enquête au long cours sur les rami­fi­ca­tions des réseaux d’ultra-gauche. Dans tous les cas ces flics cher­chent à établir des connexions, iden­ti­fier les réseaux, voir qui traine avec qui... Et ce qui bloque le tra­vail de la police jusque-là c’est que les gens se tien­nent plutôt bien : d’où l’idée de recru­ter des sour­ces d’infor­ma­tion. Ça peut être un mili­tant à qui on dit, au cours de son audi­tion déjà par la SDAT, que sa démar­che est juste mais qu’il faut se méfier des extré­mis­tes vio­lents qui pour­raient pro­fi­ter de la situa­tion. Pourquoi pas les balan­cer ? En échange les flics se disent prêt à régu­la­ri­ser cer­tains dos­siers de sans-papiers… Là c’est un peu la même : « je te passe un coup de fil dans deux semai­nes, on pourra redis­cu­ter de où ça en est, le grand lieu, s’il se passe des choses ». Tentative un peu gros­sière pour recru­ter un indic... même s’il suffit sou­vent de se poin­ter à la convo­ca­tion pour deve­nir indic malgré soi : on en dit tou­jours un peu plus, des noms sont évoqués, on confirme les soup­çons de la police à demi mots, par des silen­ces alors que jusque là on bavar­dait gen­ti­ment. Il n’y a pas de conver­sa­tion ano­dine avec la police.

La SDAT à Lyon, c’est bien cohé­rent avec la note de 2008 qui enjoi­gnait aux par­quets locaux de faire remon­ter tous les faits inté­res­sants à la juri­dic­tion anti­ter­ro­riste de Paris(tags anti-prison, actions anti-car­cé­ra­les ou de sou­tien aux sans-papiers) .

Récemment des ten­ta­ti­ves pour recru­ter des indics ont eu lieu dans les mou­ve­ments des défense des ani­maux, dans les luttes lycéen­nes ou étudiantes. Au delà de ces convo­ca­tions au pre­mier abord far­fe­lues ce contexte peut impli­quer un niveau de sur­veillance accru : sur­veillance des télé­pho­nes (écoutes, géo­lo­ca­li­sa­tion, ana­lyse des réper­toi­res), des ordi­na­teurs, des lieux (squats, appar­te­ments grillés) et des per­son­nes (fila­tu­res par exem­ple à partir d’un lieu grillé, photos...).

Les bavar­da­ges dans le milieu ou au télé­phone faci­li­tent le tra­vail des flics. Ils par­lent de ter­ro­risme, c’est des grands mots mais là ils en sont à faire leur boulot un peu chiant de ratis­sage super large. Donc ça en passe plutôt par de la dis­cus­sion « infor­melle » et pas par une montée directe à Levallois avec garde à vue de 96 heures.

Le mini­mum, et le plus sûr, c’est de ne pas se rendre aux convo­ca­tions qu’elles soient for­mel­les ou non. Rien léga­le­ment ne nous y oblige. Au pire les flics vien­nent nous cher­cher. Au mieux ils lâchent l’affaire. A Paris, dans une affaire d’anti­ter­ro­risme visant la « Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne » la déci­sion a été prise col­lec­ti­ve­ment, par des séries de dis­cus­sions, de ne pas aller aux convo­ca­tions. Ça faci­lite la vie aux gens qui se sen­tent en danger ou qui ont peur de ce qu’ils pour­raient lâcher, à celles et à ceux qui ne veu­lent pas filer leur ADN ni tailler le bout de gras avec les flics. Et c’est le b.a-b.a pour leur griller le ter­rain, défen­dre nos soli­da­ri­tés et nos pra­ti­ques de lutte.


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