Site collaboratif d’infos alternatives

Chambéry : une nouvelle victime du délire antiterroriste

2 compléments

Depuis un peu plus d’une semaine s’est déclenché à Chambéry un dispositif antiterroriste suite à l’explosion dans la nuit du 30 avril au 1er mai d’une bombe artisanale dans une usine désaffectée à Cognin (Savoie).

Après les perquisitions et interrogatoires, une personne, Raphaël, a été mise en détention provisoire à la prison de la Santé à Paris depuis le 8 mai.

Voir les articles :

- Soutien aux Pilots à Chambéry étant donné l’énorme répression policière. Un jeune de Chambéry, Raphaël, qui dit n’être pour rien dans cette histoire tragique de chimistes amateurs, a cependant été incarcéré en détention provisoire !
- Vision interne de la perquisition aux Pilots, Chambéry, et appel au soutien

.

Le 30 avril, le lieu autogéré les Pilos (ou Pilots) avaient reçu une lettre d’assignation en justice de la part de la mairie de Chambéry (ville de gauche et tout le tralala).

En marge de ça, ont eu lieu les évènements de Cognin, dont nous-mêmes n’avons pas pris connaissance avant le vendredi 1er mai au soir.

Ce qui a mené à des perquisitions, une enquête confiée à la SDAT (Sous-direction antiterroriste) de Paris, et la mise en garde à vue de Rafou pour 96 heures dans le cadre de tout ce même délire.

Le vendredi 8 mai, a eu lieu une manifestation sauvage dans les rues de Chambéry, en soutien aux Pilos menacés, mais surtout en soutien à Rafou. Environ 200 personnes de tous genres (artistes, jongleurEUSEs, habitantEs, amiEs, politiques, voisinEs, personnes fréquentant – ou non - les activités du lieu.....) y étaient rassemblées, malgré la pluie constamment présente durant le défilé.

Celui-ci a duré près de deux heures dans les rues de la ville, sans qu’il y ait d’incidents ou d’altercations avec les forces de « l’ordre », malgré leur présence en civil ou en armure pour « défendre » la gare ou la préfecture, où ils s’étaient retranchés. Tout s’est bien passé, tout le monde est rentré à la maison, mais il y a sûrement beaucoup de photos qui ont été prises.

Rafou était déféré devant le juge antiterroriste cette même après-midi, au terme de ses 96 heures de garde à vue. Une après-midi que nous avons passée penduEs au téléphone en attente de nouvelles.
Nouvelles qui se sont avérées mauvaises : dès sa sortie de séance avec le juge d’instruction (qui a duré près de 7h30), il a été entendu de nouveau, cette fois par le juge des « libertés » et de la détention.
Et la Cour a décidé la détention provisoire pour Rafou. Il a été transféré à la Santé dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9 mai. Et il devrait y rester selon nos informations au moins trois semaines, avec le traitement de « faveur » réservé aux personnes incarcérées dans le cadre de procédures antiterroristes : courrier entrant et sortant lu et vérifié, restriction minimale des visites en parloir (en termes clairs : son avocat et ses parents), interdictions diverses et variées (de bibliothèque commune, de travailler, entre autres…), pas de contacts avec le « service général », sans toutefois être en QHS non plus.

Qu’y-a-t-il dans son dossier ? Rien.

Et il a un alibi, plusieurs témoins : ce soir-là, Rafou jouait aux cartes chez des amis. Ses témoins sont prêtEs à se présenter. AucunE n’a été entenduE.
Se pose alors la question de savoir de quoi est-il accusé ? La justification qui a été invoquée est la « destruction de preuves ».

Quelle réflexion, quelle piste peut-on considérer pour comprendre la situation dans laquelle est Rafou ? Le jour de la perquisition des Pilos, il est le seul des 11 personnes à avoir été gardé. La question qui est à se poser n’est pas « Pourquoi lui ? ».
Car n’importe lA/EquelLE d’entre nous aurait pu être à sa place. Aujourd’hui c’est lui, demain moi, puis nous, et vous.

A travers Rafou, et à travers touTEs les autres qui ont été incarcéréEs lors de procédures similaires, c’est cette illusoire cellule, ou mouvance, ou appelons-là de n’importe quel nom, « anarcho-autonome » dont on entend tant parler par les temps qui courent, qui est visée, traquée.

Est-ce un hasard si les magistrats saisis de l’affaire sont les mêmes que pour « l’affaire » de Tarnac ? Est-ce un hasard si les enquêteurs sont les mêmes ? Est-ce un hasard si Rafou a été placé à la Santé, dans le même département que Julien Coupat ?

L’ensemble des genTEs fréquentant le lieu sont photografiéEs, suiviEs, écoutéEs, des dossiers sont constitués à longueur de journées. La paranoïa s’installe.
Nous ne sommes plus libres nulle part.
Qui peut encore croire au hasard ?

Comment ne pas voir la criminalisation de toute forme de réflexion politique contestataire et/ou alternative ?

L’État porte dans chacun de ses bras, droit et gauche, ses armes pour lutter contre une cellule invisible. Une cellule d’autant plus invisible qu’elle n’existe pas.
Mais eux sont la pour la créer, cette cellule, en inventant des liens fictifs, en regroupant des éléments sans rapport, sans comprendre qu’on peut connaître ou côtoyer quelqu’unE sans savoir la moindre chose de ce qui se passe dans sa tête.

Tout sombre dans un délire conspirationiste et paranoïaque, d’où le fait qu’ils disposent de moyens quasi-illimités contre lui. Ce qui « justifie » l’absence de droits pour les personnes accusées, suspectées de « terrorisme » (mais quel crédit accorder à ce terme quand on voit que même RESF est qualifié de réseau quasi-terroriste ?). La moindre chose anodine peut pousser n’importe qui, n’importe quand, n’importe où et dans n’importe quelles circonstances, a être confrontéE à ces lois arbitraires et sans cesse durcies par le cercle vicieux de la construction de cet « ennemi intérieur ».

Une balade en vélo devient une rencontre entre suspects en vue de préparer une action terroriste. Lier des bonnes relations avec ses voisinEs devient une preuve de mauvaises intentions et de préméditation dans le cadre d’un complot (Voir les déclarations de Alliot-Marie). Il n’y a plus de présomption d’innocence. Seulement des degrés de culpabilité. Toi qui lis ces lignes, tu es complice de ça. Tu es l’ennemiE désignéE.

Toutes ces lois, ces perquisitions, ces mises en accusation, sont là pour instrumentaliser la peur médiatique qui a été créée. Élargir cette peur, et diffuser son acceptation. Peu importe l’innocence. Peu importe la destruction d’une personne par de la garde à vue, par de la détention, sans qu’aucun fait ne soit reproché concrètement. L’essayer, c’est l’adopter.

Le but ultime étant de créer cette mouvance anarcho-autonome fictive. Lui faire prendre forme. Ou plutôt agir en ce sens en lui tranchant la tête avant qu’elle n’existe. Et donc multiplier les arrestations, les écoutes, les filatures, les interrogatoires, les procès, les durcissements sécuritaires, les lois arbitraires, la diffusion médiatique contrôlée, la peur distillée. Lui faire prendre âme sans qu’elle n’ait corps.

Mais tout est bien évidemment fait pour notre sécurité.

Comment y croire encore ? Qui peut y croire ?

A Chambéry, un comité de soutien a été créé par les proches de Rafou, malgré la peur, malgré la tension palpable ; des concerts et autres choses vont être organisés. Aux Pilos ou ailleurs. Autant dire que des descentes de police y sont envisageables.

Ils voudraient nous faire taire en nous traînant dans la boue. Nous, nos proches et nos idées. Mais personne ne doit être oubliéE, abandonnéE. Tout ceci n’est pas un jeu. Ce n’est pas un show débile où on donne des bonbons à la fin aux perdantEs comme lot de consolation.

Tout ceci, c’est la vie telle que nous la connaissons, c’est la réalité qui nous est imposée, et en NOTRE nom.

Qui mieux que Louise Michel résumerait la situation que nous vivons : « Mon drapeau sera le noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions » ?

Soutien à Rafou, et à touTEs les autres prisonnierEs, politiques ou non !

Nous ne sommes rien, mais nous sommes là.

Collectif de soutien à Rafou (et à celleux à venir)

P.-S.

Rebellyon a mis l’article en ligne, étant donné que la connexion avec Indymedia Grenoble ne semble plus possible actuellement... :
à vérifier sur
cet article d’Indymedia Grenoble

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Le 30 mai 2009 à 13:14

    Lucas a été libéré hier soir mais Rafou et Mike restent emprisonnés.

  • Le 15 mai 2009 à 19:15

    Nous avons créer un blog

    http://lesinculpes.over-blog.com

    vous pouvez y laisser des commentaires et si certainEs veulent écrire des textes,
    envoyer des photos..., ne vous géner pas au contraire ça nous ferra plaisir.

    Voici le programme des événements aux pilos pour les prochaines semaines on a besoin
    de tout le monde.
    Programme du week-end 16-17 mai aux pilos
    Samedi matin : stand gratuit au marché
    14H-18H ouverture infokiosk, friperie (comme tous les samedis)

    après-midi stands à la fête des solidarités locales (un stand
    pour les pilos, information auprès des gens sur le lieu, ce
    qui s’y passe, le procès et un stand de soutien aux
    inculpes)

    Soir concert de soutien aux pilos avec (bokanovsky, manequin,
    karnabruli, 12XU) a 20h
    Dimanche Bouffe aux pilos, avec animation vers 13H.

    Mercredi 20 mai "food not cops" Bouffe végétalienne à 12H place de la mairie

    Week-end des 23-24 mai portes ouvertes aux pilos, programme a venir (concert de
    soutiens aux inculpes samedi 23)

    Mardi 26 procès, rassemblement à 14H devant le palais de justice de chambéry
    soir bouffe + projection izmir (film sur un ancien squat a
    saint-étienne ) + film sur les squats de grenoble (lieu a définir)

Publiez !

Comment publier sur Rebellyon.info?

Rebellyon.info n’est pas un collectif de rédaction, c’est un outil qui permet la publication d’articles que vous proposez. La proposition d’article se fait à travers l’interface privée du site. Quelques infos rapides pour comprendre comment être publié !
Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir
via le mail contact [at] rebellyon.info