Badiou cerné par l’anarchisme

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Alain Badiou est un penseur de notre temps, de la gauche réelle selon certain-e-s. Ceux-ci oublient souvent son engagement maoïste et sa défense un peu aveugle du communisme d’état. Son implication auprès des sans papiers le ramène en odeur de sainteté auprès d’une partie du camp progressiste, y compris de certain-e-s anti-autoritaires. Mais, sommes nous réellement en présence d’un compagnon de route, ou bien face à un moment de choix entre l’autoritarisme bienveillant et l’anarchisme ?

Pour Badiou, la démocratie est l’expression d’un consensus universalisé du monde occidental, d’un consensus implicite entre la droite et la gauche. Un emblème qui sert à justifier l’exploitation capitaliste, à camoufler l’appât du gain, l’avidité, l’égoïsme, le désir de la petite jouissance, à faire triompher la corruption sur la vertu. La démocratie utilise des idées louables comme l’État de droit ou les droits de l’homme pour servir « d’idéologie de couverture à des interventions militaires ou de justification à d’intolérables inégalités ou à des persécutions sous couvert de “démocratismeˮ culturel ». Á « démocratie », Badiou préfère « capitalo-parlementarisme » ; l’élection, le Parlement ne sont que des instruments servant la domination du capital, « l’espace parlementaire des partis est en effet une politique de dépolitisation ». Á ceux qui disent que le contraire de la démocratie c’est le totalitarisme, la dictature, Badiou répond que c’est le communisme, lequel « absorbe et surmonte le formalisme des démocraties limitées ». Avec ces propos, dit-il, on prend « le risque de n’être pas un démocrate, et donc d’être réellement mal vu par “tout le mondeˮ ». Mal vu et mal entendu.

L’échec du socialisme d’État, l’hypocrisie de la démocratie parlementaire conduisent les penseurs à envisager autre chose telle la démocratie radicale de Lauclau et Mouffe, ou la multitude en réseau de Hardt et Negri, ou l’expectative de la politique de Rancière. Badiou affirme qu’il suffit de reprendre l’hypothèse communiste, la reformuler, envisager d’autres voies d’émancipation qui en finiront « avec le modèle du parti ou des partis » qui s’affirmeront « comme politique “sans partiˮ, sans tomber pour autant dans la figure anarchiste, qui n’a jamais été que la vaine critique, ou le double, ou l’ombre, des partis communistes, comme le drapeau noir n’est que le double ou l’ombre du drapeau rouge ». Derrière cette affiche maoïste, sous la figure anarchiste et le drapeau noir, Badiou réunit abusivement « l’autonomie anarchisante et identitaire des “mouvementsˮ », l’organisation réticulaire souple, toutes formes de spontanéisme, tout ce qui conduit à « la précipitation ».

« Il faut se tenir à distance et de la forme-parti et de l’État, et aussi savoir résister au fétichisme du “mouvementˮ, lequel est toujours l’antichambre du désespoir ».

Badiou n’entretient pas toujours la confusion entre « mouvements » et anarchisme et ne rejette pas systématiquement la variable anarchiste. Ainsi, écrit-il, et pas n’importe où, dans L’Humanité :

« Nous ne pouvons pas en rester à la dispute de la période antérieure entre les tendances anarchisantes, qui valorisent le mouvement pur, et les tendances plus traditionnellement organisatrices qui valorisaient le parti. Il faudra sans doute retenir quelque chose de ces deux tendances ».

Le risque, pour l’hypothèse communiste est que Badiou cantonne l’anarchisme, par de vagues références à Mai 68, à la question culturelle : à la « poussée libertaire concernant les mœurs ». Une tentation à laquelle n’échappent ni les trotskistes ni les communistes rénovateurs.

La suite à lire sur : http://www.autrefutur.org/Badiou-cerne-par-l-anarchisme

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