« L’hétérocispatriarcat, on aura raison de toi », communiqué post-Pride de nuit par le collectif des Méduses

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Le 10 mars 2018 à Lyon, la nuit tout juste tombée, d’étranges créatures ont jailli des fonds marins pour sillonner les rues lyonnaises et occuper l’espace de manière tentaculaire. Fièrement vêtues de leurs plus beaux apparats, elles ont envahi la ville, les pavés et les routes. Ce soir, elles n’ont plus peur. Ce soir, les Méduses et leurs copines sont de sortie.

Finis les placards, finies les pétoches, finis les faux-semblants, elles sortent en gang, avec toute leur rage et leurs paillettes et si cela vous déplait, gare à vous : leur colère est bien réelle. Nos amours révolutionnaires sont belles, mais elles ne sont ni là pour décorer, ni pour vous plaire, en fête. À coups de docs ou de talons aiguilles, de griffes fraichement vernies ou de battes de baseball, on détruira votre société normée. Ce soir, toute cette flamboyance portée par les trans, les gouines, les biEs et les pédés déferle sur la ville comme un ouragan (et c’est l’amour qui a tout emporté). Dans cette nuit sombre et hostile pour les personnes que nous sommes, même le tonnerre résonne moins fort que le grondement de nos cris. « Queer fièrEs et vénèrEs, pas prêtEs de s’taire ! ». On avance, rien ne peut nous arrêter. L’hétérocispatriarcat, on aura raison de toi.

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Le 10 mars 2018, à Lyon, s’est donc tenue une pride de nuit en mixité choisie queer TPG LGBTQIA et meufs pour dénoncer les violences que nous vivons chaque jour, particulièrement dans l’espace public la nuit. Insultes, menaces, agressions physiques et sexuelles, c’est ce que représente trop souvent la rue pour nous, les personnes LGBTQIA+ et les femmes, du seul fait de notre orientation sexuelle ou de notre identité de genre. Face à cette violence et suite aux nombreuses agressions de ces derniers mois, nous avons décidé d’organiser cette Pride de Nuit, dans une riposte queer et féministe : nous sommes là, nous sommes légitimes, et la rue la nuit nous appartient aussi. En tant qu’organisatrices [1], nous espérions réunir au moins une centaine de personnes. C’est plus de 500 manifestantEs qui se sont déplacéEs, de Lyon et d’ailleurs pour cette pride qui s’est tenue de 21h30 à 23h30 sur la presqu’ile lyonnaise.

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Dix jours plus tard, nous revenons sur cette pride qui ne nous a pas laisséEs indemnes. Notre choix de mixité choisie (sans mecs cis-hétéros) a encore une fois suscité de nombreux débats et critiques. Nous assumons cette ligne politique : si nous reconnaissons et apprécions sincèrement l’engagement de nos alliéEs à nos côtés dans la lutte, la symbolique de cette pride de nuit et les revendications associées ne pouvaient être portées que par nous, les concernéEs. Parce que l’espace public est très majoritairement investi la nuit par les hommes cis-hétéros, parce que l’on ne nous laisse pas la possibilité d’y circuler sans peur et sans danger, la mixité choisie était le seul outil qui faisait sens dans la démarche de réappropriation de la rue et d’affirmation de nos existences qui était la notre pour cette Pride. Nous sommes et resterons toujours les plus à même d’organiser notre émancipation et de revendiquer nos luttes ; le rôle de nos alliéEs est aussi de nous laisser l’espace de le faire.

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Cette marche restera un moment inoubliable où nous avons pris conscience collectivement de notre détermination et de notre colère, conscience que nous pouvions être plus de 500 à 22h dans les rues lyonnaises pour hurler notre rage face aux violences que nous vivons chaque jour. Ensemble, nous avons montré que nous étions fièrEs, vénèrEs, pas prêtEs de nous taire face aux violences LGBTQIAphobes et sexistes, qu’elles soient indirectes (invisibilisation ou minorisation dans les médias, les livres d’histoires, les productions culturelles, etc..) ou directes (violence verbale sous couvert d’humour, agressions physiques, sexuelles, oppressions systémiques qui mènent à ne pas garantir les mêmes chances face à l’emploi, le logement, la santé, la justice). Ces violences de différentes échelles sont toutes imbriquées les unes aux autres et contribuent à exclure, précariser et marginaliser toujours plus les personnes LGBTQIA et les femmes. Ce sont ces violences auxquelles nous répondons et que nous voulons voir cesser.

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Et, parce que nous avons conscience que les oppressions sont multiples, que d’autres vivent ces violences et luttent pour faire entendre leurs voix, que certainEs parmi nous en vivent plusieurs en même temps, nous refusons fermement l’instrumentalisation de nos luttes queers et féministes à des fins racistes et/ou islamophobes, le fémonationalisme [2], et l’homonationalisme [3]. Par cette marche, nous dénonçons un cishétéropatriarcat qui nous nie et nous opprime ; mais nous dénonçons un cishétéropatriarcat qui est aussi raciste, validiste, capitaliste. Cette pride a donc aussi eu lieu pour réaffirmer nos positions antiracistes, antifascistes, anticapitalistes et anti-autoritaires tout en rappelant que les personnes LGBTQIA sont particulièrement touchées par les politiques néolibérales de l’Etat, notamment les personnes LGBTQIA racisées et/ou sans papier, précarisées, etc.

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Le 10 mars nous avons réalisé que nous étions nombreuxSEs, déterminéEs et en colère, et qu’il y avait une réelle envie collective de se retrouver et de lutter ensemble. C’était une première Pride de nuit à Lyon, mais certainement pas la dernière. Cette marche n’aurait pas eu lieu sans le relais et le soutien que nous ont apporté de nombreuses associations et collectifs que nous tenons à remercier de tout notre cœur. Et bien sûr, nous souhaitons remercier toutEs les personnes qui sont venues marcher à nos côtés. Un petit reportage audio a été réalisé ce soir-là et nous vous invitons vivement à l’écouter.

On espère vous retrouver très vite pour organiser notre colère ensemble et nous vous invitons à nous retrouver le 30 mars pour la soirée de lancement de notre collectif Les Méduses.

Photos © Arsène M.

Notes

[1Les co-signataires sont : les Salopettes, Collectif lesbien Lyonnais, Chrysalide, ArcENSiel, CGA Lyon, Collectif autodéfense et action féministe, Medic Action, Collectif Pamplemousse, Labo TPG, Planning familial 69, Super Féministe, ALyon-nous, 2MSG, Asso LGBTI de Lyon 2, Collectif Des raciné.e.s, Sampianes

[2Fémonationalisme : c’est une des versions du racisme qui consiste à construire les racisés vivant en occident (immigrés, réfugiés, musulmans, habitants de quartiers populaires) comme la principale menace contre les droits des femmes. Il existe une dimension internationale au fémonationalisme qui renvoie à l’impérialisme : quand les occidentaux justifient une guerre au nom des droits des femmes

[3Homonationalisme : comme le fémonationalisme, c’est aussi une version du racisme racisme. Cette fois elle consiste à construire les racisés vivant en occident (immigrés, réfugiés, musulmans, habitants de quartiers populaires) comme la principale menace contre les homosexuels. L’homonationalisme aussi peut être lié à l’impérialisme : quand les occidentaux justifient des sanctions économiques contre un pays africain au nom des droits des homosexuels. Source

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