Les éducs en colère...

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C’est un drôle de métier. Un drôle de chemin. Quelque chose comme une troisième voie entre bosser dans un système qui s’auto-reproduit toujours et ne pas en faire partie. C’est être avec des gens. Des mômes et des adultes. Qui souvent vont mal. De l’autre côté. Avec eux-elles. Faire en sorte que quelqu’un-e soit là à qui parler. Avec qui faire. Pas forcément pour emmener autre part. Mais pour accompagner. Accompagner un trajet. Qu’on ne se méprenne pas. Il ne s’agit normalement pas d’insérer, de normer, de formater. Le trajet sur lequel on accompagne est celui que chacun choisit pour soi-même. Sans nuances. Au sein des structures associatives, la liberté est donnée. Anonymat de l’action
d’accompagner. Discrétion professionnelle toujours et secret dans certains dispositifs tel que le RMI, le soin aux toxicomanes, aux prostitué-e-s, la protection de l’enfance...

Dans ce trajet-là, peu importent les actes plus ou moins légaux, les situations en règle ou non, avec l’Etat, l’administration. Peu importe l’étiquetage de la société commune, dite « civile » : « marginaux », « délinquants ».
Dans ce drôle de boulot, on fait le choix d’accompagner. En connaissance de cause. Accompagner un sujet dans un trajet personnel. Il s’agit donc de comprendre les actes qu’il - elle pose dans son économie psychique, dans la réalisation de ce qu’il - elle veut pour lui - elle-même. Il ne s’agit pas de juger, de normer. De (re-) dresser. Nous ne sommes pas là pour ça. Nous contribuons à une certaine paix sociale par le fait que si les gens ont en face d’eux quelqu’un à qui parler, ils - elles passent moins à l’acte. Appelons ça socialiser des pulsions, construire un chemin de vie, apprendre la Loi du langage, être entendu, comme on voudra.

N’empêche. Ce métier-là ne sait peut-être pas bien parler de lui. Ne sait peut-être pas se fédérer. S’entre-organiser. Ce métier-là n’a peut-être qu’une infime partie de ses représentants politisés, regroupés. Presque pas syndiqués. Ce métier-là se fout pas mal de reconnaissance. Ne se mobilise pas ou peu sur la question des salaires, retraites, et autres acquis sociaux.

Mais ce métier-là ne sera pas utilisé. Sécurisé. Sécuritarisé. Perben et Sarkozy se heurtent en ce moment à la résistance de ce métier, qui refuse, comme ils le proposent dans leur projet de loi que : « Tout professionnel qui intervient au bénéfice d’une personne présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles, est tenu d’en informer le maire de la commune de résidence ou la personne par lui désignée aux fins de le substituer ».

A l’appel des éducateurs de prévention, nombre de professionnel-le-s ont répondu, le 17 mars, en manifestant à Paris contre ce projet de loi. A Lyon, la place des Terreaux a été recouverte de pages d’annuaires, scotchées au sol, symbolisant la liste des délinquant-e-s potentiel-le-s.

D’autres actions sont prévues, le vendredi 2 Avril, 12 h à la préfecture du Rhône, le Samedi 3, 14 h, place Bellecour et le 21 pour une journée nationale de mobilisation. Parce que nous ne sommes pas des agents de l’Etat, et que nous tenons à notre liberté d’action, de parole et à la spécificité des accompagnements que nous réalisons. Parce que cela fait trop d’années que les pouvoirs publics cherchent à réduire notre rôle à celui d’un exécutant, sur le mode « on paie donc vous faites là où on vous dit de faire ! », parce qu’enfin, il ne peut exister d’aide sociale, d’accompagnement individuel dans un contexte de flicage, aussi longtemps qu’il le faudra, nous ferons vivre ce slogan, tendu le 17 mars entre les colonnes de l’Hôtel de Ville :

Des éducs, oui, des indics non !

pépin cadavre

- En savoir plus sur es actions des travailleurs sociaux en colère :

- Contact d’un collectif lyonnais a_social at no-log.org

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