Lyon ville frontière...

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À Lyon, pour notre plus grand bonheur, il n’y a pas (encore) de douaniers qui pullulent dans la rue. Les frontières ne sont pas pour autant absentes du panorama lyonnais... Les frontières ne sont pas visibles mais peuvent être matérialisables avec, par exemple, les patrouilles de police qui traquent les populations « originaires » des pays de l’est, du Maghreb,... pour leur rappeler qu’ils et elles ne sont pas à la place où l’État voudrait les assigner.

Derrière ces uniformes se cache une multitude d’institutions, d’entreprises, d’associations,... qui font partie, avec plus ou mois d’implications, de cette énorme machine qui gère depuis “l’accueil” jusqu’à l’expulsion des “étrangers-ères”. L’État français travaille avec des “partenaires” qui, de cette façon, soutiennent sa politique de criminalisation, d’enfermement et de déportation des sans papiers (la police nationale, les tribunaux, le Centre de Rétention Administratif [1], l’Office des Migrations Internationales, Air France, La Croix Rouge,...) Cependant, si la police occupe le terrain et a pour fonction d’être visible, ce n’est pas le cas des autres organismes qui effectuent leurs tâches dans l’ombre la plus complète...

Un des exemples représentatifs est la situation, autant géographique que politique, du Centre de Rétention Administratif de Lyon-St Exupéry. En effet, le CRA est tout d’abord isolé des lieux de vie et d’habitation ; il n’existe donc pas en tant que tel dans la vie lyonnaise. Par ailleurs, le CRA étant une prison, les infos qui en sortent restent éparses et sont, soit censurées par l’OMI, sous-fifre de l’État, soit autocensurées par la CIMADE [2] qui est entre deux eaux. Reste “juste” à rompre les roues de cet engrenage. On commence samedi ?

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... des frontières dans la ville

Les frontières ne font pas que séparer les États et les populations qui s’y trouvent piégées. Elles partagent également la ville et marquent au passage la séparation entre deux humanités : les citoyens-consommateurs de plein droit d’un côté et les êtres périphériques-marginaux de l’autre : des gens en manque d’ « intégration sociale et culturelle », en manque d’emploi, de « repères moraux »...

Difficile d’habiter les centre-villes avec des loyers multipliés par deux au gré des vagues de “réhabilitation immobilière” ; les caméras poussent aux façades des immeubles neufs ou rénovés pendant qu’en sous-sol des portillons automatiques doivent rendre le réseau de transport “en commun” impénétrable pour les personnes démunies [3] : impossible d’habiter le centre quand on manque de « garanties financières » ; interdit de s’y balader quand on n’est pas solvable. Le commun des TCL est décidément à géométrie variable : exit les SDF ou les sauvageon-nes, de toute façon vite repérables sous l’œil de Big Brother, et vite confronté-es aux forces de l’ordre qui patrouillent la ville « propre et sûre », « intégrée et fonctionnelle », en bref sous contrôle.

Lyon est tellement saturée de dispositifs sécuritaires que pour pouvoir simplement respirer, il devient urgent d’inventer des chemins de traverses... tracer des lignes de fuite inédites, opposer aux TCL d’authentiques transports en commun (au sens aussi d’émotions collectives)... L’occasion en sera peut être donnée ce mois-ci dans le cadre du festival des résistances qui nous promet sur ses dépliants une ré-appropriation « en tous genres » de la nuit lyonnaise le 29 avril, et une manifestive « rêvolutionnaire » contre l’ « EÉtat-prison » le 30. Reste à transformer ce joyeux programme en fête offensive, et à trouver aussi des petites tactiques à usage plus quotidien.

PoudrdExkampÀ

Notes

[1Prison pour « étrangers-ères » en instance d’expulsion. Le CRA Lyon-St Exupéry (comme tous ceux en France d’ailleurs) en travaux depuis l’année passée, vise d’ici l’été 2005 à augmenter sa capacité “d’accueil” (de 52 à 128 places) Et ceci, comme s’est félicité Sarkosy à plusieurs reprises, pour augmenter le taux d’expulsions.

[2Seule organisation qui intervient dans les CRA. Elle serait chargée d’accompagner les sans papiers dans leurs démarches et de veiller à la défense de leurs droits.

[3La tarification sociale des TCL, c’est 15 euros pour les personnes bénéficiaires de la CMU (donc qui ne peuvent déjà pas se payer une santé) ; les autres précaires auront la joie de payer 35 euros pour que la SYTRAL finance ses nouvelles milices...

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