Quand ils disent le mot prévention ils sortent leur revolver

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A Lyon, février c’est le moment des bonnes résolutions sécuritaires. Début février, donc, s’est tenue la première réunion du CLSPD du 3e arrondissement (Conseil Local pour la Sécurité et la Prévention de la Délinquance), pour l’année 2004.

Et il y avait foule, avec d’abord les officiels : le Préfet, le Procureur de la République, les élus du 3e, des responsables des polices nationale et municipale, des représentants de la direction d’académie, du Sitral, de la SLTC et des éducateurs rattachés au secteur du Développement Social Urbain [1] ; et comme y avait encore de la place l’équipe municipale du 3e avait lancé en plus quelques invitations : les services propreté de l’arrondissement, la Poste (« parce qu’au contact permanent de la réalité de la rue ») et les services de sécurité du centre commercial Lyon Part Dieu. Logement, déplacements urbains, école, services sociaux, galeries marchandes... on voit mal quels espaces vécus échappent encore au flicage généralisé. Et pourtant Bernard Rey (adjoint à la sécurité pour le 3e) estime qu’il manque du monde et déplore « les difficultés à travailler avec certains services sociaux alors que le secret professionnel leur incombant est respecté ». Traduction : il est impensable (en tout cas pour ce sympathique élu UMP) qu’on puisse encore imaginer en 2004 « faire du social » sans faire un boulot de flic...

Une fois tout ce petit monde installé, reste à les enfermer pendant une après midi et il en ressort les « projets sécurités pour le 3e arrondissement » avec :

- 1) l’application d’un arrêté municipal interdisant la consommation d’alcool sur la voie publique (y en a marre des pauvres qui traînent sur l’asphalte !)
- 2) une « gestion des espaces verts » visant à régler le problème des « squats dans les jardins publics » (y en a marre des pauvres qui traînent sur le gazon !)
- 3) le développement d’une plus grande collaboration avec les bailleurs sociaux et le déploiement « d’éducateurs » Place Gabriel Péri
- 4) enfin l’extension de la vidéo surveillance [2] (avec l’implantation d’une quarantaine de caméras en plus des 9 déjà installées autour de la Place du Pont ; voilà un bel hommage en ce vingtième anniversaire de 1984).

Sur ces entre faits B Rey s’est félicité de la montée en nombre des policiers en civil « à l’origine de 110 gardes à vue réalisées chaque mois » (évidemment rien ne nous dit si ces privations de liberté étaient motivées en quelque sens que ce soit), avant de proposer sa vision des choses concernant le gros chantier de l’année à venir : « l’implantation d’un commissariat divisionnaire dans le quartier Paul Bert Villeroy ». Or d’après l’adjoint à la sécurité, l’emplacement retenu, derrière Bahadourian, pose problème : « la confidentialité des témoins doit être préservée, cet emplacement ne répond pas à ces exigences, la réflexion est à poursuivre afin de concilier implantation symbolique et confidentialité ». On l’aura compris : derrière Bahadourian l’insécurité prolifère, les rues ne sont pas sûres même pour un commissariat, c’est un coin à sauvageonNEs...

Mais au bout du compte, dans le sigle CLSPD, il y a quand même le P de Prévention ; cette objection mérite bien une mise au point et c’est encore B. Rey qui s’y est collé en fin de réunion : « bien que travaillant en collaboration avec les acteurs sociaux (ceux qui veulent bien balancer) le CLSPD n’a pas pour objectif de faire un travail en amont auprès des personnes susceptibles de verser dans la délinquance (...). La prévention ça veut dire faire en sorte que les actes délictueux ne se répètent pas ». Avec une telle définition, la peine de mort et la condamnation aux travaux forcés à perpétuité peuvent bien valoir comme éléments d’une politique de prévention...

Il y a un an, les 10 et 13 mars 2003, Aurélien Joux et Nicolas Billotet étaient assassinés par les forces de l’ordre (le premier à Feurs et le second à Lyon) [3]. Celles et ceux qui se souviennent de ces « meurtres légaux » apprécieront à leurs justes valeurs les conceptions humanistes de l’adjoint à la sécurité du 3e arrondissement.

NAV

Notes

[1Tout ça c’est dans l’esprit des CLSPD, les partenariats entre forces de l’ordre et bailleurs sociaux permettant de collecter un maximum de « données personnelles précises sur les individus posant problème » mais bien évidemment « dans le respect des déontologies réciproques »... cf. Guide de la police de proximité (la documentation française).

[2Voir Popouri n°3 et la documentation proposée par les camarades de Non à BigBrother

[3Aucun policier ou gendarme n’a été condamné par la « justice » française, suite à ces drames qui n’ont pas même été qualifiés de « bavures »...

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