Rubrique « yo » : CRATE DIGGING

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Comme Michel Piccoli dans « La grande Bouffe », le hip hop se nourrit à l’excès d’influences diverses et variées, même si les courants musicaux Afro-Américains des années 60 et 70 restent les matières primaires. Entre 1989 et 1995, les concepteurs musicaux comme guidés par une sainte quête, se sont mués en archéologues et ont commencé à dépoussiérer un nombre incroyable de galettes de cire à la recherche du break parfait.

La pratique du Crate Digging, littéralement « l’art d’accumuler de la poussière millésimée » provenant des bacs de disques sous ses ongles, se répand et donnera naissance à de nombreux classiques.

De « Low End Theory » de A Tribe Called Quest à « The Wrath of the Math » de Jeru the Damaja, les méthodes de recherche et d’utilisation des boucles se sont considérablement diversifiées. Le rap cessera d’être une remise au goût du jour des standards de funk, et le compte en banque de James Brown finit de prendre de l’ampleur grâce aux droits récoltés par la déclaration des samples utilisés dans les morceaux. Les dj’s, afin de trouver leur subsistance, commencèrent à déserter les circuits traditionnels de ventes de disque et développèrent leurs propres filières d’approvisionnement en se fournissant, parfois, directement auprès des artistes originaux.

En 1996, Josh Davis, un B-Boy de la première heure, publia « Endtroducing » son premier album sous le nom de DJ Shadow. Ce disque est une des pierres angulaires du « Crate Digging ». Il a permis à toute une génération de mélomanes de découvrir le travail de producteurs aussi influents artistiquement que David Axelrod ou Galt Mc Dermott (le compositeur de la bande original de Hair), et montre que le Hip Hop est une culture impossible à cloisonner dans des schémas de conception rigide. L’important est d’intégrer dans la sonorité du sample les richesses du mouvement. Le disque est conçu comme un hommage aux musicien-ne-s passionné-e-s tombé-e-s dans l’oubli collectif, et à la « culture du vinyle », à l’époque en voie de disparition victime de la soif de rentabilité des maisons de disque.

Outre l’apport artistique, la recherche d’enregistrement sonore permet la (re)découverte de mouvements musicaux qui évoluaient en marge des circuits médiatiques. Les
private press, les disques édités à compte d’auteur-e-s, étaient produits et enregistrés en totale indépendance et ne découlaient d’aucune ambition mercantile. Leur impact sur l’évolution musicale est paradoxalement plus important que, par exemple, le son Motown qui est plus proche de la pop, mais il est occulté par les historien-ne-s « officiel-le-s » oeuvrant dans les magazines.

Les artistes qui actuellement maintiennent la culture hip hop sous perfusion et les musiciens Afro-Américains actifs durant les seventies semblent connaître des destinées
similaires. Ils ont été et sont toujours prisonnier d’un
circuit underground qui les protégent contre l’uniformisation artistique prônée par l’industrie musicale, mais qui n’empêche pas la classification élitiste dont souffre leurs productions. Le « crate digging » est une démarche alternative indissociable du Hip Hop qui tend à prouver que la musique ne se limite pas à une liste d’une trentaine d’artistes, que l’on nous présente comme majeurs et incontournables, et dont les œuvres suffisent à remplir la playlist de Nostalgie .

MellowP
pour « Fragment of Hip Hop », tous les mercredis de 18 h à 19 h sur Radio Canut 102.2FM
fragmentofh2 at hotmail.com

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