Des lumières bien policées

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« Depuis un certain nombre d’années déjà, la Fête des lumières n’était plus que l’ombre d’elle-même. Il faut dire qu’elle était devenue un élément important de la politique événementielle de la ville. » Ce texte revient sur les évolutions récentes de la fête des Lumières en spectacle pour consommateur culturel...

Banquet des ingouvernables le 10 décembre

Depuis un certain nombre d’années déjà, la Fête des lumières n’était plus que l’ombre d’elle-même. Il faut dire qu’elle était devenue un élément important de la politique événementielle de la ville.

A Lyon, la culture est devenue un secteur rentable économiquement en calquant sa pensée sur celle des foires. Ainsi l’année est rythmée par un ensemble d’événements qui, le temps de quelques jours, offrent une concentration importante d’activités. Il en va de même du salon du cheval comme du festival de cinéma, chacun entre parfaitement dans le temps du travail à l’ère du RTT.

La Fête des lumières s’inscrit dans cette dynamique depuis 1999 quand la fête passe sur quatre jours. A partir de ce moment l’importance de l’événement dans les différents quartiers de la ville décroît au fur et à mesure qu’elle augmente au centre ville. C’est que dans le même temps les shows offerts par la mairie se complexifient.

Pendant que se passait le mot qu’à Lyon se faisaient les plus beaux spectacles de lumières qu’on puisse voir sur une ville, les éclats qu’entraînaient le 8-Décembre sous sa forme précédente se sont faits moins tolérables. La ville devient aussi de moins en moins vivable ces soirs-là pour ceux qui l’habitent. Le centre devient alors un gigantesque réseau de files d’attentes et de marrées humaines. Les transports en commun passant par les grands axes lyonnais deviennent impraticables. Finalement, nombre d’habitants de Lyon restent chez eux en attendant que ça passe ou pour les plus chanceux fuient la ville pour quelques jours et foutent leurs apparts sur Airbnb.

D’une fête modeste, portée par ses participants et participantes, on est passé à un ensemble d’animations réparties dans les quartiers autour de la presqu’île drainant 4 millions de visiteurs les bonnes années. La ville est muséifiée, c’est une vieille habitude à Lyon, les personnes s’y déplacent comme dans une sorte de centre George Pompidou dopé aux hormones de croissance.

Cette année, il semble pourtant que la mairie ait trouvé un moyen de faire pire. Les actes de quelques paumés ayant fait allégeance aux forces les plus réactionnaires qui agitent actuellement le Moyen-Orient vont servir de prétexte à une vaste opération de normalisation. Le show, qui au fil des ans avait réussi à sortir timidement de l’hyper-centre va de nouveau y être concentré. Le dispositif policier va être renforcé. Pas moins de 750 policiers et militaires sont attendus accompagnés de 200 agents de sécurité privée, d’un drone et de « dispositifs anti-bélier ». Des barrages seront dressés en centre-ville et les ponts serviront de points de contrôle. C’est un état de siège que nous a annoncé récemment la puissance publique dans la presse. Finalement ce sont les journées du patrimoine à Fort Knox [1], qui auront lieu à Lyon du 8 au 10 décembre.

Ce spectacle absurde ne peut appeler qu’une seule réaction, le dédain. Mais ce n’est pas une raison pour que nous nous laissions abattre, chaque excuse est bonne à prendre quand il s’agit d’investir ensemble la rue et de faire commun un temps donné. La plupart des quartiers de l’agglomération n’ont pas été conviés à la fête par la mairie centrale. C’est une occasion à saisir pour ceux qui y vivent de combler ce vide avec les envies qui les animent.

P.-S.

Illustration chute de la colonne Vendôme 1871 : fête communarde.

Notes

[1Le bâtiment de la réserve d’or américaine.

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