Des lumières bien policées

2008 visites

« Depuis un certain nombre d’années déjà, la Fête des lumières n’était plus que l’ombre d’elle-même. Il faut dire qu’elle était devenue un élément important de la politique événementielle de la ville. » Ce texte revient sur les évolutions récentes de la fête des Lumières en spectacle pour consommateur culturel...

Banquet des ingouvernables le 10 décembre

Depuis un certain nombre d’années déjà, la Fête des lumières n’était plus que l’ombre d’elle-même. Il faut dire qu’elle était devenue un élément important de la politique événementielle de la ville.

A Lyon, la culture est devenue un secteur rentable économiquement en calquant sa pensée sur celle des foires. Ainsi l’année est rythmée par un ensemble d’événements qui, le temps de quelques jours, offrent une concentration importante d’activités. Il en va de même du salon du cheval comme du festival de cinéma, chacun entre parfaitement dans le temps du travail à l’ère du RTT.

La Fête des lumières s’inscrit dans cette dynamique depuis 1999 quand la fête passe sur quatre jours. A partir de ce moment l’importance de l’événement dans les différents quartiers de la ville décroît au fur et à mesure qu’elle augmente au centre ville. C’est que dans le même temps les shows offerts par la mairie se complexifient.

Pendant que se passait le mot qu’à Lyon se faisaient les plus beaux spectacles de lumières qu’on puisse voir sur une ville, les éclats qu’entraînaient le 8-Décembre sous sa forme précédente se sont faits moins tolérables. La ville devient aussi de moins en moins vivable ces soirs-là pour ceux qui l’habitent. Le centre devient alors un gigantesque réseau de files d’attentes et de marrées humaines. Les transports en commun passant par les grands axes lyonnais deviennent impraticables. Finalement, nombre d’habitants de Lyon restent chez eux en attendant que ça passe ou pour les plus chanceux fuient la ville pour quelques jours et foutent leurs apparts sur Airbnb.

D’une fête modeste, portée par ses participants et participantes, on est passé à un ensemble d’animations réparties dans les quartiers autour de la presqu’île drainant 4 millions de visiteurs les bonnes années. La ville est muséifiée, c’est une vieille habitude à Lyon, les personnes s’y déplacent comme dans une sorte de centre George Pompidou dopé aux hormones de croissance.

Cette année, il semble pourtant que la mairie ait trouvé un moyen de faire pire. Les actes de quelques paumés ayant fait allégeance aux forces les plus réactionnaires qui agitent actuellement le Moyen-Orient vont servir de prétexte à une vaste opération de normalisation. Le show, qui au fil des ans avait réussi à sortir timidement de l’hyper-centre va de nouveau y être concentré. Le dispositif policier va être renforcé. Pas moins de 750 policiers et militaires sont attendus accompagnés de 200 agents de sécurité privée, d’un drone et de « dispositifs anti-bélier ». Des barrages seront dressés en centre-ville et les ponts serviront de points de contrôle. C’est un état de siège que nous a annoncé récemment la puissance publique dans la presse. Finalement ce sont les journées du patrimoine à Fort Knox [1], qui auront lieu à Lyon du 8 au 10 décembre.

Ce spectacle absurde ne peut appeler qu’une seule réaction, le dédain. Mais ce n’est pas une raison pour que nous nous laissions abattre, chaque excuse est bonne à prendre quand il s’agit d’investir ensemble la rue et de faire commun un temps donné. La plupart des quartiers de l’agglomération n’ont pas été conviés à la fête par la mairie centrale. C’est une occasion à saisir pour ceux qui y vivent de combler ce vide avec les envies qui les animent.

P.-S.

Illustration chute de la colonne Vendôme 1871 : fête communarde.

Notes

[1Le bâtiment de la réserve d’or américaine.

Proposer un complément d'info

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Publiez !

Comment publier sur Rebellyon.info?

Rebellyon.info n’est pas un collectif de rédaction, c’est un outil qui permet la publication d’articles que vous proposez. La proposition d’article se fait à travers l’interface privée du site. Quelques infos rapides pour comprendre comment être publié !
Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir
via le mail contact [at] rebellyon.info

Derniers articles du groupe « J.Bétine » :

>28 février 1921 : révolte de Kronstadt dernier acte de la révolution russe

Si on entendra encore parler de la révolte de Kronstadt de 1921 longtemps après, c’est que, d’une certaine manière, en quelques semaines se concentrent tous les éléments de la révolution russe. Dans la tragédie de la révolution russe, ces événements sont ceux qui annoncent le dénouement. C’est le moment...

>27 - 31 décembre 1969, le Weather Underground entre en clandestinité

Après la dissolution en 1969 de la plus grosse organisation étudiante de lutte contre la guerre au Vietnam des États-unis, la SDS, une partie de la jeunesse blanche se solidarise des luttes Tiers-mondistes. Ils forment une organisation clandestine soutenue par une importante organisation...

>Le 30 novembre 1994 meurt Guy Debord prophète du situationnisme

Le 30 novembre 1994 Guy Debord se suicidait mettant un terme à une maladie dégénérative. Il a dès sa jeunesse participé au mouvement de politisation de l’art avant de jouer un rôle important dans la fondation de l’Internationale Situationniste puis dans sa destruction. Ce groupe restreint produira en...

› Tous les articles "J.Bétine"

Derniers articles de la thématique « Contre-cultures / Fêtes » :

>3 Rencontres-débats autour du livre « Espoirs déçus »

Rencontre débat autour du livre Espoirs déçus sur l’engagement libertaire de Bernard Pensiot lors de la « transition démocratique espagnole » le vendredi 25 septembre à 19h à la Plume Noire, le samedi 26 à 17h à l’Abergement de Varey (01) et le dimanche 27 à 16h30 au Salon du livre libertaire de Cluny...

>L’internationale chanté pour la première fois le 23 juillet 1888

L’internationale, poème d’Eugène Pottier, écrit en juin 1871 pendant la terrible répression de la Commune de Paris. Il ne fut publié qu’en 1887 et chanté pour la première fois le 23 juillet 1888 à Lille par la Lyre des Travailleurs. Devenu l’hymne des révolutionnaires, il sera complètement illégal durant...

› Tous les articles "Contre-cultures / Fêtes"