Des voix critiques s’élèvent en Espagne sur le Mouvement Démocracia Ya Real

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Plus d’indignation et moins de cirque. Autocritique sur le campement de la Puerta del Sol à Madrid

Cet écrit n’apparaît pas comme un reproche mais plutôt comme une auto-critique constructive. Le mouvement du 15 Mai à force de sacrifices et d’efforts a atteint un succès sans précédent et a démontré une capacité technique d’organisation impressionnante.
C’est pourquoi nous ne pouvons désapprouver ce succès et cette énergie, et je pense que c’est ce que nous faisons. Ceci est écrit à Madrid, mais je sais que cela vaut pour au moins plusieurs des camps dans d’autres villes.

Après les bâtons, la détention et l’expulsion du 16 Mai ; des milliers et des milliers de personnes inondent la place. Ils récupèrent la place emblématique d’Espagne, désobéissent aux lois de l’État, et envahissent la place pour manifester leur colère, leur rage, leur indignation et leur haine face à un régime mafieux de politiques et de banquiers.

Le régime ne pouvait pas et ne peut pas nous écraser par la force car les conséquence seraient monumentales et désastreuses pour un gouvernement en crise comme il l’est. En plus dans cette situation, la répression ferait grandir de façon exponentielle le mouvement.
L’ennemi est sur la défensive, accablé de nous voir venir. Son unique option serait d’apaiser avec sa main gauche, nous contenir, nous entretenir, nous influencer en jouant a bon flic/mauvais flic et nous amener à abandonner « leur » place et à nous faire croire que la décision serait la nôtre.
Ils ne peuvent nous détruire à coup de bâtons, ils vont donc nous influencer afin de nous rendre inoffensifs.

Et que faisons-nous ? Qu’avons-nous fait pour profiter de cette force énorme, de cette immense rage rebelle de dizaine de milliers de personnes disposées à venir sur la place et à défier illégalismes et ultimatums ? Avons-nous peut être essayé d’occuper la banque d’Espagne qui est à 3 minutes à pied de la place, ou le siège de Telefonica à deux rues de distance, ou aller en masse crier un peu face au Palais de la Moncloa (siège principal de la présidence de l’État) ?

Non. Nous avons créé mille et une commissions et sous-commissions. Ateliers artistiques, concerts, câlins gratuits et conseils pour être bien avec soi-même. Aujourd’hui mardi 24 mai au matin, je vais sur internet pour voir les horaires des assemblées et commissions du jour et je ne trouve rien de cela, à la place, je trouve les horaires pour la performance des femmes enceintes, pour la réunion des clowns et l’atelier des fours solaires.

Pardon ? Toutes ces choses peuvent être bien, mais ce n’est pas le moment. Pas du tout. Maintenant il faut lutter et ne pas gâcher la force accumulée. Ce qui s’est passé ces derniers jours était une insurrection et c’est une grave erreur d’avoir canalisé et domestiqué cette énergie transformatrice en de simples activités que l’on peut trouver dans n’importe quel centre municipal. Ce que la police et le gouvernement n’ont pas réussis à faire, nous sommes en train de le faire nous-mêmes, inconsciemment je voudrais le croire, : tuer la révolte, l’endormir, la rendre ennuyante, la disperser, en définitive la rendre inoffensive pour le régime.

Le Gouvernement national, après avoir vendu son âme à la banque, est plus faible que jamais, pris dans une énorme crise politique, avec des querelles internes et une grosse pression dans son propre régime pour qu’il démissionne. Parallèlement, l’énergie populaire, l’esprit rebelle des gens, la haine et le mépris envers les banquiers et les politiciens est à son niveau le plus haut depuis plusieurs années. C’est le moment d’être audacieux et d’aller de l’avant, la situation nous permet beaucoup plus de marge pour attaquer, pour forcer, pour faire pression. Nous tenons la carte déjà gagnée de la force symbolique et physique de la Puerta del Sol et des autres places du pays, ne la perdons pas, utilisons-la pour attaquer, pour gagner, et non pour passer un bon moment en regardant du cirque.

P.-S. : Bien sûr n’oublions pas les détenus. Qu’est-ce que ca veut dire une commission qui a engagé des discussions avec des hauts fonctionnaires de la Délégation du Gouvernement sur la suite du campement, quand il y a 24 camarades détenu(e)s et tabassé(e)s sous de fausses accusations ? Qu’ils retirent d’abord les charges contre eux, ensuite, au mieux on les laisse s’asseoir sous une tente pour qu’il nous racontent, avec lumière et sténographes, ce qu’il en est. Ce sont des professionnels du mensonge, du paternalisme et de la menace mafieuse, on ne peut pas laisser deux gosses à peine sortis de la fac négocier en privé avec ces gens.

Madrid, le 24 mai 2011.

Traduction partielle – Indymedia Paris, 24 mai 2011
complété par Malekal (CGA-Lyon)

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