Docteur PAU et Mister AGIR : le passé refoulé de la présidence de l’université Lyon 2

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Le passé refoulé de la présidence de l’université Lyon 2. Farce en un seul acte qui rapproche les époques et les mouvements sociaux étudiants.

Roulement de tambour, barnum médiatique, musique angoissante et langue de bois en aggloméré, « La France a peur », mais ce n’est plus Roger Gicquel et Alain Peyrefitte qui nous parlent, c’est Nathalie Dompnier et ses suppôts d’AGIR :
Certes A., militant Solidaires Etudiant.es est dans le coma depuis le 8 novembre et son acte politique, mais il y a pire : « Depuis le 10 novembre, des actes graves ont eu lieu dans notre établissement » : des « tags », des menaces, des dégradations, des personnels auraient été « malmenés ». (mail de la présidence du 22 novembre).

C’est-à-dire ? Malmené ce n’est pas une qualification juridique. On se paye de mot ou on parle de choses sérieuses ? Mais on entend une grosse caisse qui s’avance, on dirait de l’AGIR encore :

« Les actes de vandalisme de ces derniers jours ne servent aucune cause, et certainement pas celle de l’amélioration des conditions d’études à l’université. Les tensions internes qu’ils génèrent nous portent au contraire préjudice à toutes et tous ».

La dépolitisation continue, psychiatrisation pour les un-es et criminalisation pour les autres. Pour celles et ceux qui ne liraient pas leurs mails, AGIR double avec une pétition en ligne (atteignant un ébouriffant 94 signatures le 2/12, ici) qui développe l’argument de façon plus vulgaire :

« Ces étudiant.es se trompent de cibles et mettent ainsi à mal les instruments par lesquels d’autres étudiant.es parviennent justement à faire face et à sortir de la précarité. […] L’Université, lieu de réflexion et de dialogue par excellence, est à ce titre un endroit privilégié à protéger plutôt que détruire. »

Mazette, ces tags et ces dégradations visent carrément à détruire l’Université avec un U majuscule, c’est l’idée même de libre connaissance que des vandales vandalisent et assassinent. On ignore en quoi Lyon 2 corrige les inégalités des chances ni quels dialogues permettent les monologues professoraux, mais assurément c’est « un endroit privilégié à protéger » pour quelques professeur.es. Mais que fait l’armée ? Méchant.es étudiant.es, après tout ce qu’on fait pour eux. Du coup :

« Pour garantir l’intégrité de nos locaux et la sécurité des personnes, nous avons dû à plusieurs reprises procéder à des réquisitions. »

Des réquisitions de quoi ? De logements ? Mais non, de la Police ! Depuis le temps j’espère que la BAC a droit à une inscription gratuite et à un badge des personnels, ils sont presque de la famille. En fait c’est le même refrain depuis 2 ans : virer des migrants de l’amphi C ? « Pour garantir l’intégrité de nos locaux et la sécurité des personnes ». Faire déguerpir entre 22h et 7h les étudiant.es noctambules de l’amphi qui leur avait été accordé sur les quais pendant le mouvement contre la loi ORE ? « Pour garantir l’intégrité de nos locaux et la sécurité des personnes ». Les fermetures administratives réactives, préventives, inventives, spéculatives, y compris quand il ne se passe plus rien (fin avril et en mai 2018 pendant ORE) ? « pour garantir l’intégrité de nos locaux et la sécurité des personnes ».

On reçoit un message étrange d’un certain « PAU », indiquant qu’en d’autres temps, une partie des pontes d’AGIR dans les conseils centraux était ravie d’investir l’université la nuit, malgré les « risques pour l’intégrité des locaux et la sécurité des personnes ». Un machin qui s’appelait « Nuit blanche » a eu lieu du 8 au 9 avril 2009 dans un des meilleurs amphis des quais. L’opération mimait en l’affadissant les démarches d’occupation et de réappropriation des campus par les étudiant.es pendant le mouvement contre la loi LRU. Le programme et les participant.es sont indiqués ici. Il se termine par « Les locaux ayant été ouverts à titre exceptionnel par l’Université Lumière Lyon 2, merci à tous de veiller au bon déroulement de la soirée », comme quoi les impératifs de sécurité la nuit ce n’est pas pour tout le monde et quand on est entre gens bien élevés, chacun.e est voué à être le vigile de ses voisin.nes.

Mais revenons au dernier communiqué. La présidence fait justement l’impasse sur les vigiles, ils ont pourtant été productifs dans la prise en charge des risques psychosociaux à la suite de l’acte politique de A. : 3 interpellations. Mais encore ce « PAU », docteur de son état, qui nous indique qu’autrefois :

« Deux semaines de suite les membres du Conseil d’Administration ont été encadrés par des vigiles d’une société privée pour les « protéger » d’une manifestation étudiante dont l’ambition légitime était de protester contre l’éventualité du passage aux RCE et de l’acceptation de l’IDEX. S’il y a eu des incidents violents il faut rappeler ici que ce sont les vigiles, sans aucune connaissance de notre milieu et des pratiques politiques des militants étudiants, mais de toute évidence avec l’autorisation de la Présidence, qui ont fait usage d’armes de deuxième catégorie (bombes lacrymogènes) au sein même des locaux de l’Université contre les usagers de cette Université. On est surpris du peu de réaction que cette agression envers nos étudiants a suscité. » (9/12/2011)

Voilà une liste universitaire qui au moins s’opposait aux dérives actuelles. Mais, Dr PAU, arrêtons l’archéologie et reprenons les infos officielles d’AGIR :

« Ce matin, face à une nouvelle intrusion dans l’un des bâtiments des quais, nous avons été amené.es à nouveau à faire appel aux forces de l’ordre, qui ont cette fois procédé à des interpellations alors que la petite vingtaine de personnes concernées avait entretemps pénétré dans la salle où se déroulait le Conseil académique. »

Elle a pas eu le choix la présidence, elle s’est sentie menacée et le coup est parti tout seul, mince ; et encore le Dr PAU qui nous spamme :

« Rien n’a été fait par la présidence pour tenter de répondre à la situation autrement que par le recours aux forces de l’ordre [suite à une tentative d’occupation d’un des conseils par des étudiants, le 21/11/2013] » ( https://paulyon2.wordpress.com/page/9/ )

Oui, oui, ça fait penser à aujourd’hui, mais revenons à la com de Mr AGIR, pardon, d’AGIR :

« Nous regrettons profondément d’en arriver à cette situation. Les actes commis au cours des derniers jours sont inacceptables et empêchent la communauté universitaire, dans sa diversité, de se saisir collectivement des enjeux de société qui la traversent. »

L’honnêteté intellectuelle invite plutôt à renverser la causalité : c’est parce que la communauté universitaire ne se saisit de rien du tout au-delà de l’expression de sa commisération condescendante et de ses propositions de charité, d’assistanat et autres numéro vert, que des actes sont commis contre cette entourloupe et ce mépris. C’est parce que cette présidence a plus fermé le campus que tous les précédents présidents réunis que des actes sont commis. Dans ces conditions elle pourra toujours écrire « nous sommes toujours disponibles pour des échanges, pourvu qu’ils aient lieu dans un respect et une écoute réciproques », après deux ans de flics, de vigiles, de lock-out et d’expulsion, il n’y a pas et il n’y aura plus personne en face avant longtemps. « Nous n’avons jamais renoncé au dialogue », ni à la matraque et c’est bien le problème.

Une concession de Mr AGIR néanmoins, les absences ne sont pas comptées le 26 pendant la manif étudiante et le 5 pendant la manif contre la destruction des retraites ; mais pas plus, il ne faudrait surtout pas qu’un mouvement social perdure. Le Dr. Pau s’incruste encore pour réagir (désolé pour le jeu de mot) :

« C’est pour cette raison qu’avec les élus étudiants nous avons demandé lors de la dernière réunion du CA, […] que le CA s’exprime sur la levée du contrôle des absences pour l’assemblée générale du début de la semaine ainsi que pour la manifestation de mardi. Nous avons également obtenu la banalisation du créneau de l’assemblée générale, pour que les personnels enseignants et BIATOSS puissent s’y rendre. Nous aurions voulu que ces dispositifs soient étendus au-delà du début de semaine, pendant une dizaine de jours, pour permettre aux universitaires de s’informer et rejoindre le mouvement. Nous avons rencontré un front de refus allant de la Présidence aux autres listes des enseignants chercheurs, plus préoccupées par un éventuel blocage de l’Université organisé par les étudiants que par la nécessité de créer des solidarités effectives et pratiques avec le mouvement en cours. […] la fermeture administrative, décidée sans consultation du CA, empêche également toute discussion entre nous et donc toute mobilisation. » (20/10/2010)
Ah ben c’est pas les élu.es AGIR qui prendrait cette position courageuse, c’est certain… Passons à autre chose, Mr AGIR fait dans le médico-social non ?

« L’Université […] fait son possible pour permettre un meilleur accès des étudiant.es aux aides sociales, à des soins médicaux, à des aides alimentaires. Les personnels de l’établissement sont fortement impliqués dans ces initiatives. Pour autant, ces actions que peut mener l’Université pour lutter contre la précarité sont restreintes, à la fois par les moyens dont elle dispose et par les prérogatives qui sont les siennes. Les dispositifs d’aides sociales, de logement ou de restauration relèvent principalement de décisions politiques et budgétaires élaborées à l’échelle nationale » (mail de la présidence). La pétition AGIR en remet une couche dans l’impuissance : « les moyens dont disposent les Universités pour pallier ces dysfonctionnements sont faibles ». (mail de la présidence)

Finalement il ne reste plus tant de verveine de social que ça pour noyer un problème politique. Et encore ce Dr PAU qui nous coupe, à propos d’une profession de foi de PAU pour des élections aux instances de direction de 2012 :

« La prévention des difficultés sociales doit être mieux organisée, par le renforcement de l’aide sociale, l’aide à la recherche de logement, l’information sur les droits, et une vraie politique de prévention et d’éducation à la santé » (https://paulyon2.files.wordpress.com/2012/03/programme-pau-2012.pdf)

Oui, c’est exactement le contraire de ce qu’écrit la présidence actuelle, et alors ?

« Accroitre les dispositifs d’aide aux étudiants en difficulté en dehors de leur cursus universitaires (assistante sociale, etc.), en lien avec les organisations étudiantes, le CROUS et les services de la ville. » (https://paulyon2.files.wordpress.com/2012/03/programme-pau-2012.pdf)

Effectivement c’est un truc qu’AGIR aurait pu faire, c’est dommage que cette liste PAU ne se soit pas présenté aux élections de 2016.

Mais attendez… Dr. PAU m’informe que PAU et Mr. AGIR c’est pareil, en 2008, 2012 et 2016 les mêmes têtes, les Dompnier, Walker, Garibay, Goldfarb…

Pour conclure cette farce avec quelques aphorismes et citations :
On pourrait dire que « L’histoire est cruelle », ou que « La vieillesse est un naufrage », ou bien chanter « Je retourne ma veste, je retourne ma veste, toujours du bon côté » parce que la com d’AGIR c’est « Encore des mots toujours des mots les mêmes mots. Rien que des mots. Des mots magiques, des mots tactiques qui sonnent faux »… D’autant que les nouvelles élections universitaires approchent et que « nous ne sommes pas dupes : dans les temps qui viennent certains se trouveront sans doute une fibre sociale, voire revendicative, dans l’espoir de mobiliser le vote en leur faveur. » (26/9/2009). Certes, certes, néanmoins « Nous pensons pour notre part que la conduite de l’université relève d’options politiques – même et surtout quand elles sont tues […] Le rejet et le dénigrement du politique portent en eux le danger d’une idéologie qui s’impose à tous mais qui ne dit pas son nom. » (10/3/2012)

Annexe : Rions un peu pour finir
« PAU est la seule liste à ne pas devoir dissimuler un passé sous un changement d’appellation qui ne trompe personne » ( https://paulyon2.files.wordpress.com/2012/03/programme-pau-2012.pdf). AGIR par contre a eu pour devoir de cacher ses origines très légèrement gauchisantes pour enfin arriver à la présidence de l’université.

« La Liste « PAU » salue la victoire de la FSE, parmi les rares syndicats étudiants (avec SUD & CNT Supérieur-Recherche du Rhône) à être à la fois clairement et résolument dans la lutte contre la loi LRU et une des forces motrices du mouvement à Lyon 2. » (28/3/2008 ). L’université, c’était mieux avant.

Des enseignant.es chercheur.es de cette université

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