La catastrophe qui touche les États-Unis est, au-delà de cela qui n’est pas très sérieux, un puissant révélateur de ce qu’est la société américaine et de manière générale de la société qui s’installe au niveau mondial. C’est finalement moins l’ampleur de la catastrophe qui est choquant que la manière dont cette société réagit en situation extrême.

POUR UNE ÉCONOMIE POLITIQUE DE LA CATASTROPHE

En l’espace de quelques heures, ce qui fait la fierté d’une nation a sombré dans les eaux boueuses libérées par les digues effondrées.

D’abord il y a ces digues qui ont cédé. Outre le fait que la ville a été construite en dépit du bon sens, en dessous du niveau de la mer mais elle n’est pas la seule dans le monde, on aurait pu imaginer qu’avec la technologie moderne dont les Américains sont aussi fiers, une telle rupture ne pouvait pas se produire. Mais est-ce la technique qui est remise en question ou plutôt la manière dont elle est utilisée ? Qui décide de l’entretien ? Qui finance ? En fonction de quels critères sont fait les
investissements nécessaires ?

Dans une nation où le service public est nié, où tout est marchandisé, où l’on n’investit que « si ça rapporte », on peut imaginer le soin qui a été apporté à l’entretien de ces digues. La rentabilité de tels investissements est quasi nulle, donc inutile d’y consacrer des fonds.

Il y a ensuite la manière dont a été gérée, au début, la catastrophe : ordre de l’évacuation a été donné. Mais c’est tout. Rien n’a été prévu pour l’évacuation et chacun s’est débrouillé dans son coin. Évidemment les plus riches sont partis (voiture, essence, lieu d’hébergement à l’extérieur) les plus pauvres - vous remarquerez le nombre de noirs sur les images - sont restés (pas de moyens - notons qu’à la Nouvelle Orléans 28% de la population est en situation de pauvreté) S’agit-il d’une carence des autorités ? Pas du tout. Les autorités ont prévenu, un point c’est tout. Dans une société individualiste, où c’est chacun pour soi, où, comme savent le dire les Américains « on n’est pas assisté », on ne voit pas très bien pourquoi l’État, fédéral ou local, aurait dépensé de l’argent pour des indigents.

Mais ce n’est pas tout. Une fois la catastrophe déclenchée, il y a la nouvelle situation. On l’a vu abondamment dans les médias, les réflexes primitifs refont surface : on se bat pour de la nourriture, pour de l’eau, bref pour vivre. L’Autre est un adversaire, il peut me prendre mon bout de pain, comme en temps "normal" mon emploi sur le marché du travail. Le réflexe de défense, d’agressivité, de rejet, on l’a spontanément, conditionné par une société où l’on n’est considéré simplement qu’en fonction
de son utilité économique : « tu paies, tu vis, tu ne paies pas, tu crèves ! » Et l’on s’étonne qu’en situation de crise de telles situations se reproduisent ? Mais c’est le contraire qui serait étonnant.

La réaction des autorités par rapport aux réflexes de survie est également très significative. Le directeur du principal hôpital de la Nouvelle Orléans a tout compris quand il déclare : « Je me demande si le maintien de l’ordre ne passe pas avant l’aide aux sinistrés ». Évidemment que oui peut-on lui
répondre. L’important n’est pas la vie, mais l’ordre marchand qui stipule que le besoin n’est rien, n’a aucune valeur, n’a aucun sens s’il n’est pas solvable. La sacralisation de la valeur d’échange de la marchandise dans toute sa splendeur et son abjection.

La réaction des patrons de stations services qui ont plus que doublé le prix de l’essence dans la zone sinistrée est de la même veine. Ils n’ont fait qu’appliquer la loi du marché : l’offre s’accroît, la pénurie
s’installe, les prix montent !Tout cela est parfaitement dans la logique du marché.

L’économie de marché est en fait une forme de barbarie, une barbarie recouverte, habillée, grimée d’une fine couche de « civilisation ». Grattez cette couche et sa vraie nature réapparaît. C’est l’image que nous donnent aujourd’hui, de manière brute, les USA. Plus de solidarité, plus de valeurs, plus de morale, plus d’éthique ! La logique du marché à l’état brut. Les apparences de civilité, de civisme, ne sont en fait que l’alibi d’un système qui méprise fondamentalement l’individu. Le discours sur le
droit n’est qu’une forme de rhétorique qui a pour fonction de faire accepter un état de fait, un système d’instrumentalisation des individus sous couvert d’argument naturaliste : « le marché c’est naturel ».

UNE CATASTROPHE EXEMPLAIRE ?

La catastrophe a agi ainsi comme un véritable révélateur, à la fois des choix économiques, politiques et sociaux, mais aussi des comportements intégrés. Dés que le pouvoir coercitif de l’ordre marchand disparaît, les réflexes primitifs réapparaissent. Ceci prouve s’il en était besoin que l’ordre marchand est un ordre artificiel, imposé, qui n’a aucune valeur éducative, qui détermine les individus dans des réflexes fabriqués qui n’ont rien à voir avec les véritables intérêts, besoins, aspirations des individus ; la preuve : on préfère tuer pour maintenir l’ordre que d’accepter que cet ordre soit transgressé pour sauver des vies. Même dans les situations les plus tragiques...

En fait, ce que révèle la catastrophe, c’est la faillite de tout un système, de toute une organisation sociale, de la manière d’être en collectivité, de considérer l’Autre.

On peut être certain qu’aucun enseignement ne sera tiré de cette catastrophe. En tirer des leçons reviendrait à s’interroger sur les mécanismes de la société. Or de cela il n’en est pas question, trop
d’intérêts sont en jeu. Le temps une fois encore va jouer en faveur de l’amnésie, comme pour Tchernobyl, la vache folle, le sang contaminé, AZF et les autres catastrophes.

Encore que peut-être l’opinion publique américaine va se sensibiliser aux catastrophes météorologiques qui se multiplient sur la planète. Rien n’est moins sûr, la machine à décerveler des médias américains, une des plus performantes au monde, va prendre le relais avec ses "soirées de solidarité" où les riches vont pouvoir s’exhiber, aidés en cela par les prédicateurs illuminés (les plus performants au monde) pour expliquer, les uns que l’argent arrive, les autres que Jésus revient.

Pour finir sur une note plus gaie on pourrait se poser la question : « Et Ben Laden dans tout ça ? » Le président des USA ne l’a pas évoqué ! Pourtant, il se pourrait bien que dans une de ses prières, l’insaisissable terroriste ait demandé à Dieu de lui donner cette fois directement un coup de main. Si
cette hypothèse se vérifie, le chef de l’empire du Bien va devoir revoir ses connexions avec le Tout-Puissant.
« DIEU PROTEGE L’AMERIQUE », mais BUSH est-il toujours son prophète ?

Patrick MIGNARD

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