Qu’on ne s’étonne pas de la violence !

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Argent, violence et consentement. Le gouvernement nous offre tous les jours le triste spectacle de cette nouvelle devise française. Erigée comme une contrainte omnipotente dont on ne peut sortir, la servitude au capital est présentée comme l’unique voie. Cette voie s’impose avec violence et avec notre propre consentement. Il n’y a là aucun mécanisme complexe seulement des hommes qui non seulement obéissent à l’absurde, mais le servent. Faut-il donc relire « la servitude volontaire » de la Boétie pour comprendre que nous sommes le facteur infini de cette équation sans surprise ? Au principe de tous les devenir c’est bien ce facteur « nous » qui peut transformer le présent. Ce nous, il est multiple. Il peut prendre autant de formes qu’il y a de visages. Tous les moyens pour écrire au pluriel notre présent sont donc bons.

Au coin des nuits, aux pavés foulés par nos pieds, fleurissent les expressions de nos désirs. En cherchant à sortir de ce processus malade qu’est justement la servitude volontaire, on voit naitre l’ivresse collective. Et c’est de cette ivresse que le gouvernement a peur. L’ogre tétanisé déploie une force incroyable pour tenter de contraindre nos gestes et nos esprits, mais nous ne sommes pas dupes ! On ne peut opposer sans indécence la violence organisée de l’État aux armes de fortunes de la rue. La violence que l’on nous reproche n’est pas sans racine.

Le règne de la terreur, c’est l’ogre qui l’a commencé ! Attentat à Paris, attentat à Bruxelles. Nous sommes attaqués, nous dit-on. L’ennemi est total. Les terroristes sont nos ennemis. Un mal post- 11 septembre 2001 qui a pris la figure dichotomique de la civilisation contre la barbarie. N’en déplaise à la complaisance resserrée des rituels démocratiques, la barbarie est humaine. Elle est le reflet des pestes de nos mondes : l’impérialisme du gang onusien, le néo-colonialisme économique, les racismes en tout genre, etc. La liste est longue ! Une escalade de violences dont on ne voit que l’iceberg, amène ceux qui sont au pouvoir à répondre à la barbarie par la violence. Cet acte est tout autant barbare.

Tous les jours, technocrates et experts en tout genre font la file devant les grands médias pour nous expliquer comment les terroristes menacent notre mode de vie. C’est en réalité leurs privilèges qui sont menacés !

Dans la grande arène médiatique, on oppose paradoxalement une violence théâtralisée à une violence technologique. Les décapitations théâtrales, les explosions dans nos villes, nous sont martelées comme le geste initial de la terreur. Le leurre médiatique consiste à construire un dispositif à sens unique. On nous assène massivement d’images violentes pointant les exactions barbares tout en taisant, par le privilège capitaliste des moyens de communications, les actions barbares commises par l’État au nom d’une exigence sécuritaire. Pourtant le déploiement de force militaire à l’étranger est une réponse tout aussi barbare. Ces images devenues « Épinal » jouent d’une logique univoque qui crée pour le spectateur une sorte de vérité. Or, le dispositif médiatique pseudo-objectif est lui-même une violence. Sourde, cette violence diffuse un récit qui sacre un retour en force des constructions culturelles dominantes du monde.

De partout se répand un langage malade qui accuse nominalement, par le terme de terroriste, un phénomène complexe. En revanche, quel silence devant les exactions de la France à l’étranger, au nom de valeurs démocratiques que l’on sait pourtant depuis longtemps aux mains de l’oligarchie. Il n’y a aucune mise en perspective de la violence du gouvernement dans le discours médiatique, que ce soit dans ses politiques étrangères d’ingérence ou dans ses politiques intérieures de la terreur. Pendant que l’on jette l’opprobre sur les terroristes islamistes et que l’on croit que le gouvernement s’occupe dans une veine paternaliste de nous protéger, le gouvernement utilise la violence pour réprimer les gavroches de la lutte qui s’expriment. Que nous vaut ce silence sur les violences policières commises au nom de la démocratie pendant les manifestations ?

En réalité, la violence n’est jamais présentée comme le privilège du gouvernement. Ce sont les terroristes, qu’ils soient de dangereux militants de gauche, des casseurs en manifestations, des soit disant islamistes, et pourtant tous nés dans l’hexagone, que l’on pointe comme violents. Rien, pas un mot sur la violence d’État qu’elle soit économique, morale ou physique. Les actes comme les mots sont, dans un tourbillon sans fin, autant reproducteur de la violence. L’utilisation à outrance du mot démocratie nous rappelle d’ailleurs sans cesse comment le politique, affaire de tous, est tombé dans l’apathie généralisée. Faut-il être à ce point aveugle pour ne pas voir que le gouvernement, lorsqu’il répond à la violence terroriste par la violence et qu’il réprime le pouvoir du peuple par la violence, ne fait que créer le cercle de la banalisation du mal ? Il n’est plus capable de relier sa puissance de dislocation du réel et sa responsabilité dans la production du mal.

Cette pornographie de la violence nous amène à puiser derrière nous, tout ce qui nous permettra de construire l’heure en commun. Même si la banalisation du mal, comme nous l’expliquait si bien Arendt, est l’affaire de tous et qu’elle implique de fait une responsabilité commune, celui qui fait régner la terreur, le terroriste, c’est l’État ou plutôt ceux qui le gouvernent. L’appareil bureaucratique qui le dirige ou qui l’a dirigé, est responsable et il a des visages et des noms. Ce sont ceux qui font terminer nos vies en aiguille dans des individualités.

Qu’on ne s’étonne alors pas de la violence comme moyen de lutte !

Pour répondre au mécanisme par lequel l’État a altérisé ses propres gavroches, en créant ce cercle vicieux de la banalisation du mal, tout est possible. L’aporie conceptuelle de nos devenirs a été telle, que nous comptons bien marcher aujourd’hui la tête haute ensemble pour une mutation sans précédent. Derrière ce geste, se dévoilent les aspirations multiples de nos vies, car de ce monde qui n’est pas le nôtre il n’y a que refus. Tout le devenir du commun tient, par conséquent, en la multiplicité des réponses que nous donnerons à l’infamie des gouvernants. Et, si le bruit retentit suffisamment longtemps sur la scène pour aller chercher les forces solitaires du devenir communautaire, nous aurons le monde.

PM

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