À Lyon la police manifeste pour défendre son droit au meurtre et au racisme

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À grand renfort de sirènes, la police lyonnaise fait savoir qu’elle ne pliera pas. On ne l’empêchera pas de proférer des injures racistes, d’humilier, de frapper, de tuer. Depuis deux jours, les flics de France défendent leur droit au racisme et au meurtre, et ont de larges tribunes médiatiques pour le faire. En effet, à quoi bon s’engager dans la police si on ne peut plus tuer ni même être raciste ?

La mort de Georges Floyd a enclenché un mouvement mondial contre les violences et le racisme dans la police.

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En France suite à des manifestations de grande ampleur appelées par les collectifs « Vérité et justice » contre les violences et le racisme policier, certains flics ont alors balancé des groupes de discussion privés de leurs collègues, preuve irréfutable de ce racisme [1]. Castaner a alors voulu calmer les foules en demandant la fin du racisme dans la police et de l’usage des clés de bras mortelles. Les flics sont tout de suite montés au créneau en manifestant partout en France et notamment à Lyon pour conserver ces droits.

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Pourtant, on ne peut pas dire que les prises de position de Castaner aient réellement tenté de mettre à mal l’immunité absolue dont bénéficie la police. Un peu acculé, celui qui se gargarise d’être " le premier défenseur des flics de France" tente de noyer le poisson avec une déclaration bien floue : "qu’une suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de propos racistes". Autant dire qu’il ne se passera rien de plus pour mettre à mal l’impunité policière. Dans la foulée, il propose l’interdiction des interpellations par clé d’étranglement dans l’espoir de calmer les foules...

Pour rappel, le plaquage ventral, le pliage et la clé d’étranglement sont trois techniques utilisées par les forces de l’ordre pour immobiliser une personne. Les policiers compriment le thorax ou serrent le cou, ce qui entrave la respiration, et peut mener à l’asphyxie. Plus la violence de la compression dure, plus l’interpellé manque d’oxygène et se débat. Et plus les agents des forces de l’ordre renforcent leur compression. Et plus cette violence tue.

La France a été condamnée à deux reprises par la Cour européenne des Droits de l’Homme pour l’utilisation de ces techniques, que la cour estime « hautement dangereuse pour la vie ». Et pourtant, ces techniques continuent d’être enseignées, utilisées et de causer la mort, chaque année. Lamine Dieng, 25 ans, est décédé après un plaquage ventral, tout comme Adama Traoré, 24 ans, Abdelhakim Ajimi, 22 ans, Mohamed Boukrourou, 41 ans, Serge Partouche, 28 ans, et Abdelilah El Jabri, 25 ans. Amadou Koumé, 33 ans, a perdu la vie après une clé d’étranglement. Ali Ziri, 69 ans, est mort après avoir été maintenu en position de pliage. Abdelhak Goradia, 51 ans est décédés par asphyxie dans un véhicule de police. [2]

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La bonne nouvelle aura été de courte durée

Bien vite, sous la pression de la police qui s’insurge d’être ainsi bridée dans sa liberté d’intervention, Castaner annonce compenser l’interdiction des interpellations par clé d’étranglement par l’usage du taser... Quel beau progrès en perspective ! Le taser, on nous le vante comme un outil pratique de dissuasion, presque inoffensif ! Un peu comme le LBD finalement, à les écouter ces armes ne devraient presque pas avoir à être utilisées, et leur usage serait strictement encadré... Mais dans les faits, on sait que l’on est à mille lieues de tout ça. Aux États-Unis, plus de 1.000 personnes sont mortes après avoir été neutralisées par la police avec un Taser, révélait Reuters en 2017. Et si la police française a déjà, semble-t-il, tant de mal à lire les manuels d’utilisation des armes dont elle dispose déjà largement, le déploiement massif du taser promet encore une explosion des violences policières.

Un droit au racisme à tout prix

Mais surtout, plus que toutes les armes mises à leur disposition, plus que toutes les techniques d’interpellation, c’est le droit au racisme et au contrôle au faciès que la police veut défendre coûte que coûte. Dans les quartiers populaires, la police humilie, frappe, mutile et assassine depuis des années dans l’indifférence générale. Et elle tient bien à conserver cette immunité totale, offerte par des politiques qui détournent le regard avec complaisance. La petite phrase de Castaner, aussi creuse qu’elle puisse être et contrebalancée de déclarations de loyauté à la police, c’en est quand même trop pour eux !

Car quoi qu’en dise Castaner, qui soutien envers et contre tout qu’ "il n’y a pas de violence dans la police, il n’y a pas de racisme policier. Mais il existe des femmes, des hommes, qui peuvent fauter", le problème du racisme policier n’est pas le problème de quelques "mauvais flics", il est définitivement structurel. La France n’a d’ailleurs ni signé ni ratifié le Protocole n.1213 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales qui interdit la discrimination fondée sur la race, la couleur et plusieurs autres critères, alors même que la France a été condamnée à plusieurs reprises pour contrôle au faciès abusif [3]. Une enquête de l’Union européenne mettant en évidence le fait que « parmi les personnes issues de minorités résidant en France, 25 % signalaient avoir subi un contrôle policier au cours des deux années écoulées, contre seulement 10 % des individus appartenant à la population majoritaire » n’y a rien changé non plus.

Peut-être que les 67% de votants d’extrême droite parmi les policiers actifs [4] n’y sont pas pour rien...

C’est pour toutes ces raisons que les policiers lyonnais ont multiplié les actions de com ces derniers jours

Jetée de menottes devant les caméras, manifestation nocturne, rassemblement sirènes hurlantes sur la place Bellecour... Et si le code de la déontologie de la police interdit en théorie aux policiers de manifester en uniforme ou de faire usage de leurs voitures de fonction, la police sait très bien que la répression ne lui est pas destinée. Plus que jamais, tous les moyens sont bons pour protéger leur droit au racisme, leur droit à l’humiliation, leur droit au meurtre. La complaisance des médias est elle, mortifère. Suivant chacun de leurs rassemblements, ils ne manquent pas de citer les trois passants applaudissant au bord du cortège policier, ou de couvrir les dérapages racistes de policiers interrogés pour mieux invisibiliser la teneur nauséabonde du discours.

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Manifestation pour le droit de tuer en toute impunité

Comble de l’ironie morbide, alors que la France rentre dans une récession économique qu’on annonce sans précédent, que les soignants et bien d’autres se mobilisent pour augmenter leurs salaires, améliorer leurs conditions de travail intenables et continuer à sauver des vies, les flics eux, qui n’ont pas subit de baisse de moyens, manifestent pour le droit de tuer en toute impunité.

Le gouvernement refuse de recevoir les syndicats de soignants ou de profs, mais les syndicats de flics eux sont reçus en grande pompe après quelques heures de mobilisation...

Dire que l’état lache sa police est une vaste blague, car sans sa police raciste l’état ne tient plus, et en a conscience, comme nous le montre la Zone autonome de Capitol Hill à Seattle !

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