Free : la liberté des patrons a un prix

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« Liberté », « indépendance » disent les médias et leur publicités « Avec Free, t’as tout compris » ; ce qui laisse penser qu’en choisissant la marque Free l’acheteur fait un choix éclairé, celui de la liberté, de l’alternative et celui de ne plus se faire plumer. Mais le groupe Iliad Free c’est tout de même 4200 salariés répartis sur plusieurs pays, un groupe coté en bourse et des milliards d’euros de capital. Est-ce vraiment l’indépendance ? Free est-il une « alternative aux oligopoles », comme aime le répéter son patron Xavier Niel ?

Iliad Free est un groupe industriel français qui emploie 4200 salariés, dont une part importante est délocalisée et sous payée au Maroc et à Madagascar. Créé en 1980 avec la vague du minitel, développé en 1994 avec la vague Internet, le groupe transnational surfe avec un chiffre d’affaires démesuré de 2 milliards 38 millions d’euros en 2010.

Ce groupe est coté en Bourse depuis 2003, il est aussi classé dans les 100 premières valeurs boursières françaises et à ce titre il se plie aux
exigences de
la finance internationale : forte rentabilité pour les actionnaires et les dirigeants, faibles coûts de production obtenus à coup de baisse de salaires, de flexibilité et de délocalisations, peu d’investissements matériel, rien à long terme.

Son actionnaire majoritaire à 64% est monsieur Niel, patron du groupe, puis suivent quelques autres actionnaires dont la célèbre banque américaine Goldman Sachs Group Inc, en grande partie responsable du krach boursier de 2008.

La capitalisation boursière de l’entreprise est estimée à 5 milliards 300 millions d’euros en janvier 2012. Comme tout amoureux de la finance qui se respecte, le groupe vise son entrée au CAC 40 pour faire encore plus de profits.

La nébuleuse Iliad / Free

Le groupe Iliad/Free joue depuis longtemps à acheter des entreprises, licencier son personnel puis fermer ou fusionner. Le groupe contrôle maintenant des secteurs de la sphère internet, mais pas seulement : fournisseur d’accès internet (avec Free, Alice, Altitude Telecom), fournisseur d’hébergement web (avec Online, BookMyName, Dedibox et
Iliad Entreprises), vente d’assistance téléphonique en partie délocalisée (sociétés Centrapel, Total Call entièrement basée au tiers-monde , Free,
ProTelco et Call One BPO), Wimax (avec Iliad Free Wimax), téléphonie mobile (Free Mobile), la
fibre optique (Free Infrastructure, IRE, Immobilière Iliad et Citéfibre), les paris
sportifs
et jeux de cercle (Iliad Gaming) ; c’est pas fini, il y a aussi la
téléphonie fixe (OneTel et Iliad Telecom), l’activité annuaire
(ANNU, 118 218), le conseil publicitaire (Toucom) et l’activité de courtage en assurance (Assunet).

Cette diversification d’activités ne suffit pas. La société investit dans plus de 80 entreprises spécialisées dans le média social, l’e-mail, le commerce en ligne ou les applications mobile, via son fond d’amorçage (= pépinière de startup) Kima Venture.

En 2011 le patron Niel a encore un petit creux, il se porte candidat au rachat d’Orange en Suisse, en ayant pris la peine de s’associer personnellement à la banque responsable de la crise des subprimes en 2008, la Goldman Sachs, pour réaliser cette opération financière.

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En collaboration avec Orange, Free/Iliad est aussi propriétaire du site Deezer depuis 2007 pour vendre des tubes aux pigeons et faire respecter le droit d’auteur aux autres, avec l’aide de la Sacem et du gouvernement Sarkozy.

Avec une grande soif pour les profits et le pouvoir, monsieur Niel et son groupe investissent dans les médias, via notamment la holding NJJ.

Médias : la liberté n’a pas de prix 

Comme tous les grands groupes industriels, Iliad/Free désire contrôler son image, celle de ses dirigeants et étouffer une affaire judiciaire qui pourrait menacer la pompe à fric.

En 2008 il investit dans le site
d’« information » Mediapart, un peu avant 2010 il investit dans le site et mensuel d’« actualités » papier Terra Eco, en 2010 dans le journal « indépendant » Bakchich, dans le journal « de référence » Le Monde la même année, dans le site de digital « journalism » Owni en 2011 et dans le site d’« actualités » Atlantico en 2011 [1].

Avec le roi du jogging, François-Henri Pinault (Groupe Printemps Pinault La Redoute, 3e fortune française) et le roi de la conserve, Jean-Charles Naouri (Groupe Casino, 55e fortune française), M. Niel se paie la chaîne communautaire de la TNT, Tvous, en cours de lancement.

Des pratiques économiques condamnées par la justice

Avant que le groupe achète les médias, les affaires judiciaires qui ont un rapport avec le groupe ou son patron s’étalent sur la place publique.

Le PDG Niel est mis en examen et placé en détention provisoire en mai 2004 pendant
un mois pour proxénétisme aggravé et recel d’abus de biens sociaux concernant un établissement dont il est propriétaire.

Il est condamné en octobre 2006 à deux ans d’emprisonnement avec sursis et à 250000 euros d’amende par la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour recel
d’abus de biens sociaux
datant de 2001 à 2004 dans lequel le procureur explique que le prélèvement en espèces est au cœur du
projet, la caisse noire est une politique de groupe
. La somme perçue sur trois ans avoisine les 368000 euros. On savoure ici toutes « les capacités et les compétences des décideurs » qui font l’admiration du Medef.

Mauvais perdant, le PDG Niel attaque plusieurs fois en
diffamation le journal Libération et le journaliste Renaud Lecadre évoquant ses démêlés judiciaires. Mais Xavier Niel et la société Free sont déboutés systématiquement lors de procès qui se
sont tenus au deuxième trimestre 2008, et condamnés à verser des dommages-intérêts à Libération pour procédures abusives.

Puis en 2006, M. Niel est à nouveau mis en cause par d’anciens actionnaires d’Iliad, qui portent plainte contre le groupe pour recel d’escroquerie, abus de pouvoir, complicité et recel de ces délits.

A la même date une une autre assignation en justice a été déposée devant le Tribunal de Grande Instance de Paris par d’autres actionnaires qui auraient vendu leurs actions au plus bas prix, sans avoir été mis au courant du projet d’introduction du groupe en bourse.

A partir de 2008, le PDG Niel devient un mécène important des médias français, investissant tous azimuts. On peut constater que l’exposé de ses affaires dans la presse cesse, notamment le licenciement des Alice qui ne sera que très peu médiatisé aux grands dam des personnes laissées sur le carreau.

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Le PDG Niel et l’intérimaire Sarkozy
Le PDG Niel et l’intérimaire Sarkozy

La tête, les méthodes et le capital d’une transnationale

Le conseil d’administration du groupe Iliad/Free est composé de dirigeants ou d’anciens dirigeants de banques internationales ou de grands groupes industriels impliqués de près ou de loin dans la finance internationale et la crise de la dette des États européens (TF1, Société Générale, banque Goldman
Sachs, banque Salomon Brothers, Disney...).

Ces administrateurs siègent aussi dans les conseils d’administration d’autres banques internationales, d’autres sociétés internationales d’assurance ou de grands groupes industriels transnationaux, créant un petit cercle de dirigeants régnant sur l’économie mondiale.

Côté social, le groupe fait sa « révolution » en 2008, année où il licencie 85% des salariés parisiens d’Alice et certains salariés de Free (340 personnes au total). Dès 2005 d’ailleurs, le vent de la « liberté » souffle déjà sur Free, avec la délocalisation des activités d’assistance téléphonique vers le tiers monde, au Maroc (1700 salariés) et à Madagascar où les exploiteurs se moquent des conditions de travail et des salaires.

En s’enrichissant sur le dos des travailleurs pauvres ou précaires et en contournant les lois, le PDG Xavier Niel devient en 2011 la 8e fortune de France et la 297e fortune mondiale avec 3,2 milliards d’euros, soit l’équivalent de 32000 emplois pour les jeunes subventionnés par l’État pendant 4 ans.

En 2011, s’il claironne ne percevoir qu’un salaire de 170 000 euros (ce qui est peu en comparaison d’autres patrons), il a touché, dans le même temps, 14 millions d’euros de dividendes personnellement.

Comme d’habitude

En devenant la 8e fortune française, la 297e mondiale, le 2e fournisseur d’accès à
Internet et un propriétaire important des médias en France, M. Niel et son groupe transnational Iliad/Free ne peuvent pas développer les concepts mis en avant par leur service de presse. « L’alternative contre l’abus de situation », « le rêve qui devient réalité », la « révolution » ou la « liberté » annoncées aux clients passent après le développement de l’empire économique de l’entreprise, l’enrichissement de ses actionnaires, l’enrichissement de son PDG, la consolidation de l’empire économique d’autres grands groupes industriels (Orange notamment) et l’exploitation des travailleurs pauvres.

Finalement, le groupe Illiad Free est un prédateur économique à l’affût du moindre profit, comme ses concurrents et alliés, SFR, Bouygues et Orange, au mépris parfois des lois et des personnes ainsi qu’on a pu le voir.

"Comme d’habitude" fanfaronnait Claude François, dont les droits sur tous les « tubes » sont aussi la propriété de Xavier Niel.

Notes

[149% du capital est détenu par la holding d’investissement Freemind que se partage Xavier Niel et Arnaud Dassier (fondateur de l’agence de communication L’Enchanteur des médias, qui a animé la campagne de Nicolas Sarkozy sur le Web en 2007)

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  • Le 19 avril 2012 à 20:00, par Firenze
  • Le 24 mars 2012 à 13:12

    Total Call est un centre d’appels, filiale du groupe Iliad de Xavier Niel créé le 15 août 2005 au Maroc qui a été conçue pour aider centrapel (centre d’appel à paris) pour traiter le service après vente de free (un des grand fournisseurs en internet en France) Total-call qui compte à peu près 1700 salariés est devenu le centre principale pour le service après vente de free pour l’ADSL (60% des salarier) 40% en france réparti entre Paris Bordeaux et Marseille Total-call est entré en grève de travail depuis le 19 mars pour défendre les droits des salariés qui commencent à être escroqué par la direction en imposant un nouveau système de paye et en ajoutant deux heures de travail par semaine

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