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En Rhône-Alpes, lors de l’élection présidentielle de 1995 le parti de Jean-Marie Le Pen avait créé un précédent en s’imposant comme la troisième force politique régionale avec une moyenne de plus de 15 %. En 2002, le Front National et Le Pen arrivent en tête au premier tour dans 7 départements sur 8 (plus de 500 000 voix sur un peu moins de 2 290 000 votant-e-s). Ces chiffres révèlent la présence du FN dans la région. Par ailleurs, le coup porté par la scission de 99 ne lui a pas été fatal, loin de là. Son influence (au delà du phénomène électoral) se base sur deux champs d’actions, dans le cadre institutionnel au sein du conseil régional et dans le domaine idéologique à travers l’université Jean-Moulin Lyon III et ses satellites. Le MNR quant à lui, ici comme ailleurs, continue sa déscente vers les profondeurs de l’inexistence politique.

Mais l’idéologie d’extrême droite ne se cantonne ni au Front National ni à la sphère strictement politique, elle a son existence groupusculaire, « culturelle » et sportive comme peuvent les représenter les Jeunesses-Identitaires, le RIF et les Bad Gones.

Le Front National, comme à travers tout l’hexagone, n’a cessé ces 20 dernières années de progresser dans la région Rhône-Alpes, qui par ailleurs a toujours été une région où le Front a obtenu des scores supérieurs à la moyenne nationale. La mouvance Lyonnaise du FN est catholique intégriste (Eglise St-Georges) et anti-révolutionnaire comme le représentent bien Bruno Gollnish et Liliane Bourry.

Les élections régionales sont significatives de cet enracinement et de cette progression : en 86 aux régionales le FN a 14 élus (10.84 %), en 92 il continue sa progression et passe à 29 élus (17.06 %), en 98 ce sont 35 (18.9 %) frontistes qui siègent à la région, même si en 1999 le groupe FN ne se retrouve plus qu’à 15 pour cause de scission mégretiste. Après la scission, le groupe FN de la région verra revenir deux mercenaires en 2000 : Jean-Paul Henry et Georges Theil. Rappelons par ailleurs qu’il a eu une aventure très controversée avec une figure importante de la droite régionale à l’époque, monsieur Charles Millon, dont nous parlerons après. La présence en 1998, au conseil régional de 35 élus du Front National fera de lui l’arbitre le plus important, étant devenu la troisième force politique. Cette présence au Conseil Régional se sentira par les orientations politiques prises et les budgets votés.

Par exemple, le groupe FN considère les politiques culturelles « pour un accès à des pratiques culturelles originales » comme des politiques dissimulant « des activités de déracinement culturel comme le rap ou le tag, pratiques exaltées par les adversaires de l’identité nationale, du ministre à l’agitateur de rue » (sic !).

En mai 1998, l’appui du FN au groupe Milloniste permit notamment de faire échouer les propositions relatives au programme global pour la promotion des publics en difficulté de Bron (qui entrait dans sa troisième année) et aux 3 667 bourses d’études à l’étranger pour les étudiants de la région. Cette orientation anti-sociale et anti-culturelle se répercute aussi dans les municipalités où siègent des élus frontistes en votant contre toutes les initiatives en faveur des quartiers populaires et des associations. Les seuls budgets qui ont les faveurs du FN sont destinés à la sécurité (vidéo-surveillance qui fait de Lyon, avec Strasbourg, un réel « loftstory » urbain) ou aux culs-bénits. L’électorat du FN a progressé principalement dans les zones rurales (Loire, Ain, Drôme, Beaujolais, Ardèche où Le Pen est arrivé en tête au premier tour) et dans les communes de la banlieue de Lyon (Bron, Vénissieux, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin,...), où le FN a joué sur la peur insécuritaire comme lors de la présidentielle. Les résultats des dernières régionales montrent une certaine implantation et surtout l’existence d’un vote d’adhésion frontiste à la différence de ce que certains appel le vote de contestation.

Lors de la scission de 1999 une partie non négligeable de militant-e-s et d’élu-e-s passent du FN au MNR, l’exemple le plus marquant est celui des élu-e-s au Conseil Régional de Rhône-Alpes. En 1998, 35 personnes sont élues sous l’étiquette FN, en 1999, 22 personnes se retrouvent dans le groupe FN-MN pro-Mégret. On y remarque d’ailleurs un certains nombre de personnalités régionales du FN : Pierre Vial et Denis de Bouteiller.

Ensuite ça tourne au vinaigre car les difficultés du MNR au plan national se retrouvent sur la région et principalement les problèmes de financements. Les élections européennes de 2000 ayant été un échec (4 %) et au vu des investissements engagés, les caisses apparaissent bien vide et ne permettent pas au MNR la mise en place de moyens permettant de fédérer et d’attirer un électorat assez conséquent lui permettant d’avoir des débouchés politiques concrets et importants.

Parallèlement à ces difficultés, la seule « force active » que le MNR parvient à gagner, en Rhône-Alpes, c’est la jeunesse. Ils apparaissent en effet les plus motivés et productifs : le journal Vaincre ! du MNJ 69, la liste étudiante Agir (pour un CROUS qui mousse, bière et saucisson pour tous !) aux élections du CROUS 2002 à Lyon, ainsi que des sites et structures liées au RIF (le site Internet Le Coq Gaulois, le groupe de RIF lyonnais Les Traboules Gones) et satellites des MNJ. Mais l’histoire d’amour ne fut pas longue car beaucoup de jeunes furent déçus par l’attitude « criminalisante » de Mégret à l’égard de Maxime Brunerie : « Suite au discours de Bruno Mégret prononcé lors de la dernière université d’été à Périgueux, le MNJ 69 a décidé de stopper toute activité militante en faveur du MNR [...] ». Les jeunes du MNR rejoignirent alors massivement le successeur d’Unité Radicale : Jeunesse Identitaire.

La ligne droite suivie par le MNR vers les abîmes de la marginalité politique pousse un certains nombres d’élu-e-s à sauter du navire en perdition. Pierre Vial apporte d’ailleurs un coup dur au MNR régional en quittant l’organisation pour cause de désaccord avec l’orientation politique prise par le capitaine p’tit rat. Etant un chef charismatique pour beaucoup, son départ cause une hémorragie d’élu-e-s ainsi que de militant-e-s qui rejoignent son cercle groupusculaire Terre & Peuple et/ou son Groupe Europe Identité à Villeurbanne. Le MNR n’est plus que l’ombre de la chemise brune et fera une campagne invisible pour les régionales.

Les Bad Gones, groupe de supporters de l’olympique lyonnais, se sont créé en 1987 avec comme devise « Combattre et Vaincre » et comme premier étendard une écharpe orné d’une croix celtique. Affichant des opinions politiques claires, ils rameutent dans un premier temps les étudiants en droit de Lyon III (le hasard fait décidément bien les choses...). Ces derniers seront chassés par la suite par le noyau dur du groupe qui leur reprochera leurs ambitions politisantes (partageant des affinités politiques communes), ils refusaient cependant un rapprochement avec un parti ou une organisation politique.

Si aujourd’hui leurs opinions n’apparaissent plus clairement, depuis le milieu des années 90, le groupe tente de se racheter une respectabilité. L’esprit de « Droite » ouvertement nationaliste resurgit de temps a autres entre deux gorgées de bières. On notera tout d’abord le lien étroit que ce club entretient avec le Real Sur de Madrid (club de supporters de la bourgeoisie madrilène réputé pour son idéologie fascisante), ainsi qu’avec l’Urban Service de Nantes (supporters ouvertement fachos). De plus, ils n’ont pas abandonné tout leur folklore : croix celtique, drapeaux sudistes et banderoles « halte au gauchisme » sont encore présentes à l’occasion dans les tribunes lyonnaises, ce qui leur vaut toujours la réputation de club de fachos, et la haine partagée des kops antifas stéphanois et bordelais.

We are the black & purple antifa !
Le petit Scarabée

P.-S.

Vous pourrez retrouver des articles plus conséquents sur l’extrême droite en Rhône-Alpes et en France dans la revue No Pasaran (hors-série - mars 2004 - 5 $).

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