G8 2005 : Récit synthétique et éléments de bilan

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A Gleneagles, au Nord de l’Écosse, le sommet du G8 a réuni du 2 au 8 juillet 2005 les classiques des grands-messes altermondialistes : manifs massives, vie alternative, blocages de route mais aussi répression féroce et propagande médiatique. De leur côté, les dirigeants de la planète ont réussi l’exploit de décevoir tout le monde, jusqu’aux publics les plus modérés du Live 8. Après l’évènement, l’heure est au bilan pour la frange radicale, qui doit évaluer la stratégie d’extrême autonomie à l’œuvre durant toute la semaine d’actions.

A l’assaut de la zone rouge.

L’image des black blocks soutenus par des centaines de manifestant-es sorti-es de la manif du 6 juillet, franchissant les hautes barrières de la zone interdite restera comme un moment fort du contre-sommet qui s’est déroulé du 2 au 8 juillet 2005. Il était plutôt boudé en France pour des raisons écologiques et stratégiques, mais a tout de même regroupé 150 français-es parmi les quelques milliers de personnes venues bloquer le G8. Quant
à la traditionnelle manif géante, elle s’est déroulée à Édimbourg le samedi précédant le sommet, regroupant plus de 200 000 britanniques sous l’intraduisible slogan « Make Poverty History » . On pourrait parler de Reléguer la pauvreté dans l’histoire pour le mot d’ordre de cette très
consensuelle démonstration de force charitable, accompagnée du Live 8 de Bob Gedolf et ses stars internationales, une série de concerts à travers le monde.

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A Stirling, l’éco-gestion pour tou-tes

L’enjeu, pour les composantes radicales du mouvement, ne résidait pas dans ces évènements massifs et médiatiques, mais dans le défi de faire vivre un camp de 3000 personnes tout en menant une semaine complète d’actions offensives.
La vie alternative a remarquablement fonctionné. Refusant l’accueil hautement surveillé offert par les autorités dans un camping sécurisé, les activistes se sont installé-es dans un camp rural autogéré à Stirling, juste au sud de Gleneagles. Et la vie y fut très agréable, entre les douches rustiques et les cuisines végétaliennes.
Pour couper les patates, des activistes en noir côtoyaient des membres des Verts européens mais aussi des pacifistes écolos radicales. La vie au camp était d’ailleurs dominée par les tâches de la vie quotidienne et la préparation des actions, avec finalement peu d’ateliers ou de débats, et souvent plus de monde à l’AG que devant les concerts. Plusieurs milliers de personnes ont participé à la vie du village, pendant qu’un deuxième site en accueillait quelques centaines, dans un local industriel à Glasgow.

Blocages éparpillés

Le réseau Dissent !, formé depuis 2003 par des activistes essentiellement impliqué-es dans l’Action Mondiale des Peuples, appelait à des actions multiples et variées. La manif contre les frontières du dimanche 3, à Glasgow, et le blocage du centre de détention de Dungavel le 5 ont réuni avec succès quelques centaines de personnes. Le blocage annuel de la base nucléaire de Faslane, fixé au lundi 4 juillet pour permettre le soutien des anti-G8, s’est déroulé selon la routine d’un face-à-face entre les pacifistes et les flics locaux, la base étant mise en sommeil ce jour-là. Prévu pour l’après-midi dans les rues d’Édimbourgi, le "Carnival for full enjoyment" (à vous de traduire cette fois-ci), n’a jamais commencé. On a plutôt eu droit à une succession d’affrontements avec des forces de l’ordre bien décidées à ne laisser aucune sorte de carnaval se dérouler, seules quelques dizaines de personnes parvenant à faire de petites fêtes dispersées. Alors que les seules violences perpétrées le furent face à la police, la centaine d’arrestations arbitraires n’a pas découragé les militant-es restant-es, qui rentrèrent à Stirling préparer le blocage du sommet. Quant aux journalistes, ce sont des photos chocs et des éditos haineux qu’ils préparaient pour les Unes des tabloïds.

Pour empêcher le démarrage du G8, Dissent ! proposait une stratégie bien différente de celle d’Évian. Aux quelques blocages de masse du printemps 2003 a succédé une myriade de petites tentatives peu coordonnées. Et c’est un quadrillage en règle de la région que les milliers de policiers mobilisés ont mis en place, contrôlant et fouillant des dizaines de groupes d’activistes, empêchant la plupart des actions prévues. Mais ils ne purent être assez nombreux partout et quelques blocages ont émergé sur les principaux axes routiers. Au final, la circulation aura été énormément perturbée toute la matinée, sans toutefois empêcher le début du sommet.

Une armée de sourires

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Faute de pouvoir tenir une barricade pendant des heures, les résidants du camp de Stirling se sont retrouvés en nombre dans le cortège de la manif légale contre le G8. Regroupant plus de cinq mille personnes sous les bannières des orgas britanniques d’extrême gauche, la marche a été animée par la fanfare américaine Infernal Noise Brigade et par les stars de la semaine : les clowns ! Depuis plusieurs mois, une centaine d’activistes avaient suivi un week-end de formation et préparé leurs costumes militaires bardés de rose et de paillettes, pour former une armée bien particulière. La Clown Army a une fois de plus distillé un esprit de dérision en singeant les forces de l’ordre et en multipliant les farces dans le cortège.

C’est en arrivant devant la zone d’accès au G8 lui-même que certaines personnes refusèrent de passer leur chemin, débordant la police pour entrer dans le périmètre interdit ! S’ensuivit environ une heure de pressions sur les barrières et les miradors écossais, quelques blacks blocks pénétrant même un instant dans la zone rouge. Une nouvelle fois révélée, la nature militaire de nos démocraties s’exprimait à travers les chevaux, les chiens et les forces anti-émeutes arrivées en renfort par hélicoptère pour évacuer le champ envahi. La marche a finalement repris sans arrestations, dans la joie d’avoir enfin pu déborder la machine répressive.

Le plus gros était passé. Après les blocages et l’incursion, l’intensité des actions retombaient. A Stirling, la fin de semaine a en effet été marquée par l’encerclement du camp et les attentats à Londres.

Entre émotion et répression

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Dans la nuit du mercredi au jeudi, les policiers se sont donc positionnés autour du camp, ne permettant que des passages au compte-gouttes, agrémentés de fouilles et d’arrestations ciblées. Comme durant toute la semaine, les forces de police étaient sur-représentées et déterminées, sans heureusement jamais user de la violence de Gènes. A Stirling, plus aucun cortège ne pourrait désormais se former et de nombreuses personnes souhaitaient éviter toute confrontation en ce jour de deuil national. C’est alors à la porte du village que les manifestant-es s’exprimèrent. D’abord par une fête devant la police, avec la trentaine d’enfants, une partie de la Clown Army et la samba internationale, puis dans la soirée par une cérémonie de recueillement contre toutes les violences. Forte émotion autour des bougies et des chants, qui tira même quelques larmes aux policier-es.

Dans ce contexte, la journée mondiale d’actions contre les causes du changement climatique n’a pas été flamboyante dans le Nord de l’Ecosse. Vendredi 8 juillet, seule une mini street-party sur un pont de Glasgow et quelques petites actions à Edimbourg ont ainsi permis à policier-es et manifestant-es de jouer une nouvelle fois au chat et à la souris.

Les activistes quittant progressivement le camp n’attendaient rien des déclarations finales du G8. Et les huit dirigeants ont répondu à cette attente, en n’annonçant rien. Le geste le plus spectaculaire avait été annoncé par les ministres des finances avant même le début du sommet. Il consistait en une annulation totale... d’une partie de la dette de 18 pays pauvres très endettés. Annulation accordée uniquement aux gouvernements se pliant le plus volontiers aux règles libérales imposées par les pays du G8, via le FMI et la Banque Mondiale qui accordent les prêts. Le G8 a également vu Bush tenir sa ligne dévoreuse d’énergie, empêchant toute avancée vers un engagement un tant soit peu écologique.

Et l’Afrique ?

Avant de repartir chasser les terroristes chacun de leur côté, les dirigeants n’ont annoncé qu’une légère hausse de l’aide au développement. Avec 50 milliards de dollars par an, l’Afrique est priée de se contenter de miettes, qui ne compenseront même pas les remboursements de dettes à venir.

Quel bilan pour quelle stratégie ?

Du côté militant, l’heure est au bilan. La stratégie policière, en Écosse, tenait plus de la prévention liberticide que de la répression violente. Peu de blessé-es donc mais 700 personnes arrêtées, dont la moitié a été inculpée, avant que la quasi-totalité soit finalement relâchée.

Mais si la répression sera à coup sûr au rendez-vous l’année prochaine en Russie puis en 2007 en
Allemagne, les contestataires devront avoir continué le débat sur les stratégies d’actions. Ainsi les évènements proposés par Dissent ! n’étaient pas, ou très peu, animés par le réseau. A charge pour les activistes présent-es de les faire vivre ! Il en résulta beaucoup de cafouillages, autant de déceptions pour ceux et celles qui attendaient de belles actions de rues coordonnées. Mais aussi autant de difficultés à anticiper les actions pour la police, toujours sur le qui-vive faute de pouvoir dialoguer avec un quelconque organisateur. Cette stratégie avait-elle été théorisée ou simplement dictée par les moyens disponibles pour les quelques dizaines de militant-e-s impliqué-e-s depuis des mois ?

Quoi qu’il en soit, elle a révélé une autre façon de concevoir les blocages. L’éternelle question des infiltrations policières a en effet trouvé une solution : pour éviter que le plan soit découvert, ne faites pas de plan ! Laissant des milliers de personnes dispersées s’organiser seules, parfois pour leur première action directe et souvent sans aucune connaissance du terrain, cette méthode décentralisée ne va pas sans dommages. Entre organisation et pouvoir, entre planification et prévisibilité, les formes d’actions restent donc à construire pour continuer la contestation radicale du capitalisme, face au G8 ou ailleurs.

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