Le 8 décembre marque la résistance des Lyonnais à l’autorité civile ou religieuse

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Le 8 décembre 1852 [1], le cardinal de Lyon annule l’inauguration d’une nouvelle vierge dorée sur la chapelle de Fourvière sous prétexte de mauvais temps ; les Lyonnais, gones et fenottes, ont décidé de la faire quand-même cette fête en mettant la bougie (qui était sur la table) à la fenêtre et en parcourant la ville en se congratulant mutuellement. Trouvant que ce n’était pas mal d’organiser une fête spontanée, ils ont refait les années suivantes les illuminations chaque 8 décembre en mettant des lampions sur les fenêtres, avec des feux de bengale comme au premier 8 décembre, et en descendant dans la rue de façon très conviviale en illuminant et en parcourant tout le centre de Lyon...

C’est devenu une tradition lyonnaise, mais assez vite la religion a tenté de remettre la main dessus, et surtout les intégristes. C’est pourquoi le Carnaval du blasphème pendant quelques années s’est opposé à ces dérives.

Il y a eu aussi pendant 12 ans les Manifs autour des prisons St Paul et St Joseph contre les morts suspectes en détention et pour ne pas laisser les prisonniers hors de la fête. (Pour qu’il n’y ait plus de manif, ils ont mis la prison en dehors de la ville à Corbas.)

Et maintenant l’autorité civile a repris la main, depuis Noir, mais surtout avec Collomb en tête, pour faire de la fête des lumières une énorme affaire mercantile à touristes.

Il y a quelques années, le 8 décembre c’était le seul jour où tous les Lyonnais et toutes les Lyonnaises étaient dans la rue par n’importe quel temps. Le 8 décembre c’était le seul jour de l’année à Lyon où on pouvait aller sans vergogne à la rencontre des autres dans la rue. Tout le monde avait le sourire, c’était la fête. Quel que soit l’âge, on pouvait se moquer de n’importe qui et tout le monde le prenait à la rigolade. On ne se privait pas de se moquer des flics, qui avaient ce jour-là du mal à nous faire passer aux 24 colonnes pour outrages et rebellion. Tout le monde descendait dans la rue avec toute la famille ou entouré d’amis. La différence avec la fête de la musique c’est qu’il n’y a pas que des jeunes dans la rue, il y a vraiment tout le monde le 8 décembre à Lyon.

Certaines années, nous allions avec tout un groupe de la maison des jeunes, dont certains chantaient accompagnés à la guitare, jusqu’au café du soleil, place de la trinité, à St Georges dans le Vieux-Lyon. Et là, nous commandions 36 limonades, puis nous buvions 36 bières sur le billard transformé en table de bar. Tous pouvaient boire leur coup, même sans le sou, car le total était mutualisé.

Tout le monde était en verve et les joutes de blagues n’arrêtaient pas, y compris avec les rencontres spontanées. Cela changeait du quotidien habituel lyonnais où tout le monde se regarde en chiens de faïence dans les bus ou dans les bétaillères (les nouvelles rames de métro). On partageait les marrons et le vin chaud, au fur et à mesure des déplacements d’un quartier à l’autre dans le centre de la ville. Il ne fallait pas trop passer par la rue St Jean si on voulait pas se transformer en omelette : là, farine et oeufs ça y allait ! On passait alors par les petites rues de derrière dans le Vieux-Lyon.

Il y avait dans la rue un sacré mélange, des gens de tous les milieux à faire la fête. Par exemple, même les « trims » qui dormaient sous le pont Lafeuillée faisaient la fête le 8 décembre, alors qu’ils ne font ni noël, ni le jour de l’an. Un 8 décembre, ils se trimballaient avec un saladier de pastis et se le passaient de main en main ou le partageaient avec des gens de passage. Il y avait un concours du 8 décembre qui existait à l’époque : c’était à celui ou celle qui ramenait le plus de képis de policiers. Une fois, un gone en avait cinq les uns sur les autres sur sa tête.

C’était une vraie belle fête que « les Illuminations » et c’était magique, quand on était petit, que de mettre toutes ces petites bougies scintillantes dans des verres sur les rebords des fenêtres, qu’on disait que c’était l’esprit de résistance des Lyonnais, canuts ou non.

Mais actuellement, depuis que cela dure 3 ou 4 jours et que cela s’appelle « la fête des lumières » (pour faire la nique à Paris, qu’on disait jadis la ville-lumière), ce n’est plus du tout le même état d’esprit, canalisés qu’on est avec tous ces flux énormes de touristes toujours en train de prendre des photos et qui n’ont pas trop envie de rigoler ; on ne peut plus aller où on veut, on ne peut plus rigoler avec n’importe qui. La fête se meurt...

- Voir ce témoignage d’un 8 décembre en 2010 : Lumières, Lumières, est-ce que t’as une gueule de lumière ?

- Un autre témoignage d’un 8 décembre en 2009 : Fête des lumières à Lyon : soirées cacochymes

- Un autre 8 décembre en 2006 : A Lyon le 8 décembre : Faites la lumière sur les morts en détention !

Pour mémoire, l’appel au Carnaval du Blasphème du 8 décembre 1995 [2] :

LE 8 DÉCEMBRE , LE CARNAVAL DU BLASPHÈME...

... Pour que mille foufounettes jouissent et que mille zigounettes s’épanouissent !

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Le 8 décembre, c’est l’occasion pour tout Lyon, de sortir dans la rue pour se balancer des oeufs et de la farine dans la gueule, mettre des petites lumières aux fenêtres que ça fait vachement beau avec toutes ces couleurs qui brillent. Dixit la presse locale.

C’est l’occasion aussi pour beaucoup de faire leur sortie de l’année, de s’endimancher un petit peu pour aller nager dans la foule en délire et pour une fois d’éteindre la télé...
Malheureusement les ensoutanés se sont réveillés et sur fonds d’ordre moral ont redonné à cette fête un caractère nettement plus grenouilles de bénitiers.
Processions aux flambeaux, exhortations à respecter les injonctions meurtrières de Jean Polski, contritions pour nos péchés passés présents et futurs, humilité et hypocrisie s’étalent dans l’odeur douçâtre de l’encens.

Ce 8 décembre nous n’en voulons pas !

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Le 8 décembre c’est l’occasion d’être nombreux à venir manifester notre refus de l’ordre moral, du sexisme, de l’homophobie et notre volonté de nous battre pour un avenir où les homo-trans-bi-hétéros et tous les autres préfixes de sexuel pourront avoir un statut d’existence et soient reconnus en tant que tels, un avenir où les droits des hommes et des femmes seraient égaux, un avenir ou il n’y aurait plus un amour « propre et normal » mais plutôt une libération sexuelle. Vous l’avez compris il ne s’agit pas de venir à un enterrement mais bien de faire la fête et de faire du bruit.

À BAS L’ORDRE MORAL ET VIVE LESDALES (ET TOUS LES AUTRES) !

PLAISIRONS NOSSIRS !

Notes

[1Le cardinal de Bonald avait déjà repoussé la date qui était prévue le 8 septembre 1852, jour du voeu des échevins de Lyon à la Vierge de 1643 pour éviter la peste dans cette ville. Mais les habitants de Lyon en avaient marre d’attendre encore au 12 décembre pour faire la fête. À ce moment-là, à part les Vogues, descendance d’anciennes fêtes païennes, et le 14 juillet, il y avait surtout la religion comme occasions pour faire la fête ensemble.

[2Il y en eu de nombreux, tous très différents les uns que les autres. Merci de donner des témoignages si vous avez participé, ou si vous en avez des tracts.

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  • Le 19 août 2020 à 12:40, par vincent

    Il ne faut pas perdre de vue que les illuminations du 8 décembre sont en premier lieu et avant tout un geste religieux qui marque l’attachement des lyonnais au culte de marie. Comme geste de « résistance », les lyonnais, dans leur riche histoire révolutionnaire nous ont habitués à mieux !!!

    Le 8 décembre marque-t-il la « résistance des lyonnais à l’autorité civile ou religieuse » ?
    Pour pouvoir l’affirmer, il faudrait étayer ce titre et citer quelques sources.

    Le nombre d’ouvrages à la bibliothèque de Lyon qui traite du 8 décembre est très réduit, ce qui permet d’en faire le tour. Gérard Gambier écrit « on ne peut pas négliger la résistance des lyonnais à l’autorité ecclésiastique ». Sans plus approfondir.

    Mais dans le même ouvrage il précise « à l’inverse, de nombreuses études universitaires contestent le caractère spontané des premières illumination en raison de l’organisation préalable de l’inauguration »

    - Ce qui s’est probablement passé le 8 décembre 1852 :

    Le temps était mauvais. Après moult hésitations l’évêché décide d’annuler les festivités du soir, la plupart étant liées à l’illumination de Fourvière. La messe du matin réunissant des milliers de personne a elle été maintenue.
    Il envoie des émissaires pour informer de la décision. Il est très intéressant de noter que plusieurs de ces émissaires furent très mal accueillis dans certaine maison étant accusés d’être des « rouges » et des « révolutionnaire » qui colportaient une fausse nouvelle pour nuire aux festivités !
    l’évêché n’a pas organisé les illuminations, plutôt par crainte que ce ne soit un échec nous rappelle Gambier, néanmoins il les souhaitait. Dujardin et Saunier nous disent : « tous les journaux donnent par ailleurs l’adresse d’un même dépôt de matériel d’illumination (…) quelques placards de publicité figurent dans le numéro de la gazette du 7 décembre »
    Ensuite ce qui c’est passé on ne le sait pas vraiment, sinon, qu’en fin de journée, la pluie a cessée, le brouillard s’est levé, le temps est devenu clair, et par mimétisme, contagion , ferveur populaire, petit à petit les lyonnais ont illuminés la ville et par effet boule de neige tout s’est embrasé. Et çà a été la fête.

    Les mots de « spontanéités » et de « peuple » sont essentiel dans l’analyse, ces mots sont ceux dés le début des ecclésiastiques et des royalistes qui ont vu dans cette scène un petit miracle de la vierge.
    Ils ont directement communiqué avec ces deux mots clefs que l’on retrouve dans toute la presse catholique du lendemain. Pourquoi ? Parce que c’est exactement ce qu’ils voulaient à travers cette fête, à savoir, que le peuple rejoigne la maison de dieu. Ils se sont émerveillés devant la mise en lumière qui rejoignait leur point de vue et leur désir.

    La révolte des lyonnais contre le 8 décembre interviendra plus tard avec les mouvements anti-cléricaux et les débats sur la laïcité.

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