Le « nouveau Gerland », traduction immobilière d’un capitalisme à la sauce cool

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Lancé il y a un moins de 10 ans, le projet de « nouveau Gerland » est le produit phare de la Mairie de Lyon à destination des classes moyennes (l’offre de logements y est relativement abordable). C’est aussi un espace où l’appétit des promoteurs et la récupération capitaliste des alternatives se donnent à voir dans leur plus simple appareil.

40 000 habitant·es en 2025 contre 20 000 en 2005, c’est l’objectif qu’a fixé la Mairie de Lyon pour le quartier de Gerland. Celui-ci est en pleine évolution : les immeubles contemporains y poussent comme des petits pains, l’École de management de Lyon s’y installera en 2022 et des expérimentations qui fleurent bon l’enfumage capitalisto-cool (parfois nommé « disruption ») s’y multiplient.

Le Monde a publié un article baptisé naïvement « À Lyon, le nouveau Gerland est-il "un quartier à vivre ou un quartier à vendre" ? » qui dresse un portrait mitigé de ce grand projet urbanistique et immobilier. Le quartier serait ainsi à la fois un « laboratoire de la mixité sociale », un site où l’on pourrait observer une « obsession de la valorisation foncière » et un endroit où l’on s’ennuie ferme (un intertitre annonce un « manque d’animation »).

En fait de mixité sociale, le quartier est surtout un laboratoire où s’expérimente la récupération par le capitalisme le plus crade de tout un tas d’initiatives plus ou moins critiques, construites par les habitant·es et refusant originalement la logique marchande.

Ici, c’est Bouygues Immobilier qui crée un programme de 649 logements baptisé Follement-Gerland (sic !) où tout semble beau, quoique le paternalisme de l’entreprise soit un peu trop voyant et que les grilles aient fleuri de toute part. Contre la volonté du promoteur, prétend la responsable du programme.

Au milieu de cet « îlot de mixité sociale », un jardin ouvert. « La consigne était : ni barrière ni clôture. On abolit les barrières sociales, on abolit aussi les barrières physiques », résume Véronique Grosjean.
La résidence comprend un « animateur de copropriété », une serre partagée sur les toits, un atelier à vélos collectif, une caisse à outils commune entreposée chez la gardienne, une recyclerie… Une application permet aux habitants de s’organiser entre eux, même si Véronique Grosjean reconnaît que l’appropriation de ces équipements n’est pas évidente : « Nous allons organiser des ateliers pour leur apprendre à s’en saisir.
Si Follement-Gerland se veut un laboratoire d’une nouvelle forme de vie en ville, la résidence est aussi fermée sur elle-même : les dix immeubles sont isolés par des grilles. « On voulait laisser ouvert, répond Véronique Grosjean. Mais les gens se sentaient moins en sécurité. »

Là, on apprend qu’un ponte universitaire de l’ENS voisine, Michel Lussault, aurait préféré une gentrification à la berlinoise, c’est-à-dire douce et festive, à ce gros projet de promoteurs qui rappelle un peu trop à son goût que le capital domine la ville.

« Gerland ne manque pas de diversité sociale et ne connaît pas une évolution à la parisienne. Mais la ville de Lyon a privilégié le modèle d’un développement intensif confié aux promoteurs. Ce quartier est un bon exemple pour voir à quel point l’obsession de la valorisation foncière crée de la banalité standard. On disposait d’un espace avec un potentiel extraordinaire, qui faisait de Gerland la zone “berlinoise” de Lyon. C’est raté. »

Là encore, on découvre que des startupers ont baptisé « La Commune », leur tiers-lieu, l’espace où ils travaillent et vendent de la bouffe, espace qui est censé animer le quartier. Entre deux bouchées d’insectes, on peut y pratiquer le yoga ou... le street art (graffer dans un espace privé donc, soit une démarche vidée de tout son sens et reprogrammée à la sauce marchande). L’anniversaire de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871), lors de laquelle les tenants de l’ordre ont fait massacré 30 000 commundard·es pour permettre au capitalistes de régner à nouveau en maîtres sur Paris, est proche. Profitons-en pour rappeler aux gérant·es de ce lieu du capitalisme cool qu’il est dégueulasse de s’approprier le nom de celles et ceux qui ont lutté pour des idéaux totalement opposés à ceux de réussite et d’entreprise individuelles.

Qu’il construise des immeubles ou des lieux de coworking, le capitalisme ingère tout avec indécence. C’est même à ça qu’on le reconnaît.

Illustration : image de synthèse présentant le révolutionnaire « Follement-Gerland »

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