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Les voisin·e·s vigilant·e·s à l’avant-garde de la gentrification de la Guillotière

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A la Guillotière, le phénomène de gentrification est de plus en plus oppressant pour celles et ceux d’entre nous qui y vivent. Après les violentes attaques de la mairie et le harcèlement policier, ce sont des habitant·e·s qui souhaitent aujourd’hui prendre leur part du gâteau dans la politique insupportable de gentrification.

Hier, les habitant·e·s de la Guillotière ont pu découvrir dans leurs boîtes aux lettres un courrier nauséabond déplorant une prétendue « augmentation de différents trafics dans le quartier ».
Cette missive exhorte le voisinage à s’adonner à la délation et invite à constituer un front bourgeois pour bouter les pauvres, leur saleté et toutes leurs sales manies hors du quartier de la Guillotière tout en prétendant garantir le respect de la « multiculturalité » de notre cher quartier. Voici l’objet du crime :

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Comme l’indique la lettre, il s’agit de cocher les cases correspondant aux désagréments constatés pour envoyer des réclamation aux adjoint·e·s à la tranquilité publique et propreté (mais qui a voté pour ces types, wesh ?). Nous invitons donc chacun·e à retourner le courrier type au Conseil de quartier après avoir coché la case "autre". Quelques idées de désagréments qui nécessiteraient, selon nous, une intervention :
- messages inconvenants dans les boîtes aux lettres (comme celui-ci)
- délation (aux motifs plus que douteux)
- contrôles au faciès permanents
- présence de bandes organisées et armées ciglées "police"
- ouverture de commerce et bureaux en tous genres, inutiles et excessivement coûteux
- augmentation significative des prix des loyers.
- etc. etc.

Au-delà de l’aspect strictement anecdotique de ce courrier fumeux, il illustre à merveille le phénomène de gentrification rampante à l’œuvre dans le quartier. Le terme de gentrification constituant une parade sémantique pour désigner une réalité nettement plus violente : le refus des riches de cohabiter avec les pauvres, quand bien même ceux/lles-ci occuperaient ce quartier depuis à peu près toujours.

Avant d’être rattaché à Lyon (en1852), le faubourg de la Guillotière était la seule porte d’entrée de la ville depuis l’est. C’est d’ailleurs autour de la place du Pont qu’étaient mis en quarantaine les voyageurs qui arrivaient depuis la route du Dauphiné (actuelle Grande rue de la Guillotière) avant de pouvoir entrer dans Lyon. Le quartier a donc toujours abrité des populations immigrées et de voyageurs/ses.

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Après être devenu lyonnaise (d’abord intégré au 3e puis plus récemment au 7e arrondissement), la Guillotière n’a guère changé de visage puisqu’elle a accueilli les différentes vagues d’immigrations de travailleuses et travailleurs pauvres venus du monde entier (des italiens au début du 20e siècle aux guinéens aujourd’hui). Aujourd’hui, la Guillotière reste l’un des quartiers les plus populaires de Lyon (après le 8e et le 9e) avec un taux de pauvreté autour de 15 %. Mais à l’instar de nombreux autres quartiers populaires des villes françaises, l’arrondissement connaît depuis une quinzaine d’années un phénomène d’exode bourgeois, on pourrait dire le grand remplacement. La part d’ouvriers et d’employés est ainsi passés de 25,4 % en 2009 à 22,5 % en 2014 alors que les cadres et professions intellectuelles qui représentaient 15,5 % de la population totale en 2009 étaient déjà 2,1 % de plus en 2014 [1]. En cinq ans, les effets du grand remplacement sont déjà bel et bien visible.

Outre une augmentation consécutive des prix des loyers, la politique de la ville tente d’opérer un « nettoyage » radical de la ville, en fait véritable opération d’épuration prolétaire et immigrée – on se souviendra particulièrement de la mise en place à l’été 2014 d’un faux chantier place Gabriel-Peri pour chasser les rroms.

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Les contrôles aux faciès, le racisme, le harcèlement policier sont le lot quotidien de celles et ceux qui ont le malheur d’occuper l’espace public et parfois même y gagner leur vie. Les expulsions, les réveils matinaux, les matraquages et les violences policières sont l’ordinaire de celles et ceux que l’état accule à dormir dehors, les sans-papiers et demandeurs·euses d’asile en première ligne. C’est bien de tou·te·s les pauvres, de nous tou·te·s, que les bourgeois·e·s veulent se débarrasser. Ils nous identifient comme leurs ennemi·e·s, sachons nous montrer unies pour mener la contre-offensive.

Face à l’exploitation, au racisme, au capital, nous voulons un quartier solidaire et fier de sa composition sociale. Bourgeois·e·s, hors de nos vies, hors de nos quartiers !

P.-S.

Premiers signataires : Authentique Comité Anti Bourgeois·e·s (ACAB) ; Coordination Anti Gentrification pour l’Expropriation (CAGE)

Notes

[1Statistique insee parues le 12/10/17

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