Maurice Vincent, le Gérard Collomb de Saint-Etienne

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Une soixantaine de personnes se sont réunies mardi 22 juillet 2008 à St Etienne, sur les marches de la mairie. Leur but était d’être reçu par l’équipe municipale responsable du saccage de l’habitat des familles Rroms, désormais réunies sous le kiosque de la Place Jean Jaurès.

Une soixantaine de personnes se sont réunies mardi 22 juillet 2008 à St Etienne, sur les marches de la mairie. Leur but était d’être reçu par l’équipe municipale responsable du saccage de l’habitat des familles Rroms, désormais réunies sous le kiosque de la Place Jean Jaurès.

Le rendez vous était donc fixé à 11h hier matin. La veille, le collectif de soutien aux Rroms, réunissant désormais plus de 35 associations et des individus, avait décidé qu’il n’avait pas l’intention de s’expliquer avec le maire sous forme de délégation et que la totalité des gens du collectif rentreraient dans la mairie pour ainsi imposer un débat de fond avec les élus.
Tous et toutes, solidaires des Rroms, ont encore les images de la violente expulsion de l’école de Montplaisir en tête.
A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle : « si on rentre dans le jeu de la délégation, les élus vont laisser trainer les choses et continuer à nous mener par le bout du nez », pouvait-on entendre ici et là.

Mais très vite, le ton est donné, les portes de la mairie sont fermées et un petit groupe d’agents de la police municipale veille depuis l’intérieur du bâtiment. C’est donc le début d’une longue négociation par téléphone entre les adjoints du maire et un membre du collectif.
« Le Maire était ce matin même sur Saint-Etienne métropole pour une réunion et il est actuellement en déplacement sur Paris, nous voulons bien vous recevoir, mais six personnes seulement » leur confie un élu.
« Non, ils veulent nous diviser, il faut qu’ils nous reçoivent tous ! » répondront la plupart des personnes sur les marches. Réponse transmise par téléphone.
Du temps s’écoule un peu, le soleil commence à taper fort.

Pierre Fayol Noireterre, adjoint au Maire et président du groupe PS est en ligne : « d’accord pour vous recevoir mais par groupe de six personnes, établissez une liste de toutes les associations présentes avec le nom et prénoms de chaque responsable et transmettez nous la liste par l’entrée du garage, nous choisirons les personnes que nous recevrons ».
Il faut relever au passage que les élus auraient pu faire déplacer une personne pour venir chercher la liste, mais à l’inverse, ils demandent au collectif de la leur amener.

Malgré quelques désaccords sur le procédé, la liste est finalement établie, elle réunie environ 34 associations.
Il est déjà 12h25, les adjoints du maire continuent de mener le collectif en bateau et l’impatience commence à se ressentir : « ils se moquent de nous ! ».

Monsieur Ferrara, adjoint à la sécurité reçoit la liste et propose à nouveau de recevoir les gens par groupe de six. Le collectif refuse à nouveau et maintien sa position, qui est de permettre a toutes les personnes présentes sur les marches de pouvoir rentrer en mairie pour obtenir gain de cause pour les familles Rroms.

Il est 12h45, presque deux heures d’attente et de négociations. Quelques discutions, notamment sur certains articles de presse, ont lieu durant l’attente « ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas eu de violences durant l’expulsion des Rroms, je les ai vu faire, les policiers n’y sont pas aller de mains mortes non plus », « ce sont les agents municipaux de la mairie qui ont cassé les vitres du squat de Montplaisir, ils ont brulé des pneus à l’intérieur et les policiers n’ont même pas laissé les Rroms récupérer leurs affaires », « il y avait au moins 20 camions de CRS ! ».

On apprendra par ailleurs, que l’ordre à été donné hier de couper l’arrivée d’eau des fontaines de la place Jean Jaurès, pour saper le moral des Rroms et leur rendre la vie plus dure encore.

Marie-Anne Sable, conseillère municipale, se rend sur les marches de la mairie : « si les adjoints du Maire veulent vous recevoir par groupes de six, c’est pour des raisons de sécurité ». Sa prise de parole suscite un tollé : « mais ils nous prennent pour qui ?! », « nous aussi on maitrise les tours de parole en réunion et peut être même mieux que les élus eux-mêmes ! », « il faut toujours que l’on ait à se déculpabiliser de tout, y’en a marre ! », « les problèmes de sécurité c’est des foutaises ! ».

Il est 13h00, même si tout le monde n’est pas unanime sur la question, le collectif accepte d’établir et d’envoyer une délégation à l’intérieur de la Mairie. Ses exigences sont les suivantes :

- des mesures sanitaires d’urgences : rétablir l’eau place J. Jaurès et installer des WC,

- Reloger les familles Rroms dans des habitats décents,

- la condamnation de l’expulsion des Rroms qui est hors la loi, puisque les familles n’ont pas pu récupérer leurs affaires.

La délégation se rend donc sous les arcades et pénètre, entourée de policiers, par la porte du garage.
En attendant, les familles et les autres membres du collectif de soutien aux Rroms retournent peu à peu au kiosque place J. Jaurès. Une quinzaine de tentes ont étés plantées pour la nuit et quelques personnes tiennent une permanence en plein air à une table et proposent aux passants de signer la pétition de soutien.

Comme prévu, une journaliste de France info a fait le déplacement pour relayer l’information au niveau national. L’interview portera sur l’explication et les méthodes de l’expulsion des familles. On pouvait entendre ici ou là des récits de témoignages : « j’ai entendu l’huissier dire : on casse et on mur ! Moi j’exécute les ordres », « les policiers nous interdisaient d’approcher des familles, tout cette ambiance me rappelait les années 40 », « une femme Rroms n’a même pas pu récupérer sa prothèse restée à l’intérieur de l’école où vivaient les Rroms ! ».

Environ une heure plus tard, c’est le retour de la délégation qui ressort de la mairie et vient annoncer un compte rendu plutôt accablant.
« Les élus qui nous ont reçus (Joseph Ferrara, pierre Fayol Noireterre et le directeur de cabinet, ndlr), nous ont fait un véritable copié collé du discours de la préfecture », « il n’y aura pas de relogement, après un délai de trois mois sur le territoire, les Rroms n’ont pas vocation à rester sur le sol français ». « Ils n’installeront pas de WC place J. Jaurès mais ils remettront l’eau, ils nous proposent aussi un terrain vague temporaire vers Montmartre », « le pire c’est qu’ils assument l’expulsion de Montplaisir ! ».

Malgré tout, le collectif tient à rester mobiliser car le nombre de personnes rejoignant les Rroms est croissant. Tout le monde est le bienvenu au kiosque (point d’info permanent), les familles on besoin de soutien.
Une bourse aux vêtements a été organisée en faveur des Rroms.

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