Mobilisation à l’université : à Lyon, opposition à toutes les formes de répression

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Les manifestations de soutien et de solidarité avec les étudiant.e.s montpelliérain.ne.s ont été massives suite aux “événements” du jeudi 22 mars. A Lyon, l’une de ces manifestations a provoqué des réactions institutionnelles renvoyant dos à dos les mobilisations étudiantes et les violences commises par des milices d’extrême droite.
Cette tribune des enseignant.e.s lyonnais.e.s mobilisé.e.s - initialement publiée sur Mediapart - s’oppose à cette délégitimation du mouvement.

Face aux agressions des camarades étudiant.e.s dans l’enceinte de la faculté de Droit rattachée à l’université de Montpellier (UM), nous, enseignant.e.s et chercheur.e.s, revendiquons la légitimité de l’action menée durant la fête du droit à l’université Lyon 2 et son inscription dans le mouvement contre le projet de loi dit “Orientation et réussite des étudiants”. Nous nous insurgeons contre la tentative de disqualification de celle-ci par les instances officielles de l’université Lyon 2 et appelons au soutien de la communauté universitaire. Ce soutien est indispensable pour contrer une répression aux formes multiples.

Les réactions, témoignages de soutiens et d’indignation ont été nombreux et massifs suite aux “événements” survenus jeudi 22 mars au soir à l’université de Montpellier. L’attaque d’une extrême violence, perpétrée par une milice encagoulée pour déloger un amphithéâtre occupé dans le cadre du mouvement contre la sélection à l’université, a suscité une mobilisation dépassant largement la communauté universitaire et académique. A Lyon, ce soutien est réprimé par une entreprise de délégitimation des actions menées.

A l’université Lyon 2 se tenait vendredi 23 mars le Gala de la “fête du droit”, événement d’envergure nationale co-organisé par la “Conférence des Doyens” des facultés de droit des universités françaises. Plusieurs d’entre eux étaient donc attendus, notamment le doyen démissionnaire de la faculté de Montpellier, Philippe Pétel. Celui-ci avait déjà publiquement confirmé son soutien aux assaillants dans des interviews affligeantes accordées à la presse. Philippe Pétel évoque même la possibilité que plusieurs de ses collègues professeurs aient participé, eux aussi cagoulés, aux agressions.

Au lendemain de ces événements, quoi de mieux que cette “fête du droit” pour manifester un soutien aux camarades victimes de la violence fasciste, encouragée par une figure notable de la discipline ? C’est dans ce contexte qu’une mobilisation s’est rapidement organisée, réunissant différents groupes et individus. Une centaine de manifestant.e.s, dont plusieurs enseignant.e.s parmi nous, ont pénétré dans l’amphithéâtre dans lequel se déroulait la cérémonie afin d’interrompre le cours normal des événements. Il s’agissait d’une part d’interpeller les participant.e.s, étudiant.e.s, professeur.e.s, sur les événements de la veille. D’autre part, de demander aux représentante.e.s de la discipline présent.e.s de prendre position officiellement : condamner les événements perpétrés la veille au soir, et les propos du doyen Pétel. Un communiqué, expliquant pédagogiquement les enjeux d’une prise de position, a été lu à la tribune de l’amphithéâtre.

Ces propos ont valeur de témoignage. Ils ne visent ni à donner à la manifestation une interprétation unique, ni à faire des signataires de la tribune les porte-parole exclusifs de cette action menée par plus d’une centaine d’étudiant.e.s et d’enseignant.e.s.

En revanche, nous tenons à rendre compte du décalage entre le déroulé des événements et les prises de positions institutionnelles qui s’en sont suivies. Prises de positions qui participent de la délégitimation et de la répression menée à l’égard du mouvement contre le projet de loi dit “Orientation et réussite des étudiants”.

Alors que les vidéos et les témoignages sur le déroulement des événements à Montpellier s’accumulaient, et que les déclarations de Philippe Pétel suffisaient à elles-seules à une prise de position officielle, les étudiant.e.s et enseignant.e.s mobilisé.e.s à Lyon se sont heurté.e.s à une réaction déplorable de la part du doyen de la faculté de droit de l’université Lyon 2, qui animait l’événement.

Loin du soutien attendu, celui-ci a, d’emblée, joué la carte de la confrontation : “Ce n’est pas vous qui prenez la parole, c’est nous qui voulons bien vous la donner. La démocratie, ce n’est pas l’invective”. Cette fermeté, qui confinait au mépris pur et simple du mouvement collectif, s’est rapidement délitée lorsqu’il s’est agi de prendre position à propos des déclarations du doyen Pétel : de condamnation, ou d’appel à démission il n’y a pas eu, au prétexte qu’il était “trop tôt” pour se prononcer. Curieuse manière de mener le débat, loin de la gravité du contexte, le doyen Protière préfère provoquer les manifestant.e.s en leur rétorquant, sans doute peu familier des mobilisations collectives et en tout cas très loin du sujet : “il est une chose que l’on apprend dans les facultés de droit, crier n’est pas être éloquent, crier n’est pas non plus porter loin le bruit de ses idées [...] et que prendre les outils et les armes de ceux que l’on combat n’est jamais une solution”. Nous affirmons qu’aucune agression n’a été commise par les manifestants ce vendredi à l’université Lyon 2.

Corporatisme ? Mauvaise foi ? Opposition plus générale aux acteurs du mouvement contre la sélection à l’université à Lyon ? Nous rappelons que la faculté de droit de Lyon 2 a été l’une des premières à envoyer ses “attendus” à la plateforme Parcoursup, dont le contenu fait montre de l’élitisme et d’une violence symbolique à l’égard des lycéen.ne.s qui voudraient intégrer la discipline. En tous les cas, cette pusillanimité n’a pas satisfait les manifestant.e.s présent.e.s, qui ont repris leurs slogans et couvert la parole du doyen, en signe de protestation. Nous sommes donc loin “des outils et des armes” utilisés la veille à Montpellier - la comparaison est inacceptable.

Une dizaine de minutes ont suffi pour que le doyen, ayant clairement perdu sa tempérance initiale, décide, de manière unilatérale, de mettre un terme à la fête du droit. Nous insistons sur le fait que le “sabotage” de l’évènement n’était en aucun cas l’objectif initial de la mobilisation. En revanche, force est de constater qu’aucune mention des agressions de Montpellier n’aurait été faite, si la faculté de droit n’avait pas été interpellée à l’occasion de cette action. Alors que les manifestants commencent à quitter l’amphithéâtre, une demi-heure après y être entrés, ils aperçoivent trois camions de CRS, qui avaient déjà été dépêchés.

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communiqué de l’Université Lyon 2 du 24/03

Surtout, nous dénonçons la campagne de discrédit qui met sur un même plan ces mobilisations d’indignation face aux événements de Montpellier et ces attaques fascistes. Ces amalgames s’inscrivent dans une volonté de répression du mouvement et trouvent de multiples relais. En effet, non content de faire peser la responsabilité de l’annulation de la fête du droit sur les manifestant.e.s, à Lyon, le doyen s’est fendu d’un twitt acerbe : “qd le rouge se fait brun ”. Ce dernier ne fait visiblement pas de distinction entre cette mobilisation contre le fascisme à l’université et les agressions survenues à Montpellier. Comme d’autres papiers écrits depuis par des membres de la discipline, ces propos usent de dangereux amalgames. Cette réaction vient à la fois minimiser les agissements fascistes à Montpellier et criminaliser une mobilisation universitaire.

Le rapport entre la “fête du droit”, événement national réunissant des représentants de la filière, et la mise en cause du responsable de la faculté de Droit de Montpellier est également nié par la présidence de Lyon 2.

En effet, dans un communiqué officiel, celle-ci accrédite l’idée selon laquelle l’annulation de la fête du droit serait due à la violence de la manifestation, ce que nous contestons fermement. Mais, pire encore, elle place cette action militante sur un même plan que les agressions physiques commises dans l’enceinte de l’université Paul Valéry, en la désignant comme une “autre forme de violence”. L’appel à la mesure lancé par Lyon 2 ne doit-il pas s’appliquer aussi à ces réactions de surenchère destinées à semer la confusion et à diviser les étudiant.e.s entre elles.eux ?

Devant ce manque de discernement, nous, enseignant.e.s et chercheur.e.s à l’université de Lyon, tenons à réaffirmer la légitimité de ces formes de mobilisation et en particulier l’interpellation des responsables des facultés de droit auprès desquels nous nous attendions d’abord à trouver un soutien.

Les événements de Montpellier surviennent dans le cadre d’un mouvement social qui concerne l’ensemble de la communauté universitaire. Sa répression prend des formes multiples et atteint aujourd’hui un seuil dramatique qui n’a pas sa place en démocratie. Nous appelons les enseignant.e.s et chercheur.e.s à affirmer leur soutien aux étudiant.e.s mobilisé.e.s pour que l’université reste un lieu d’échange et de partage des savoirs accessibles à tou.te.s.

Journée de mobilisation le 3 avril : Manifestation suivie d’une Assemblée Générale à l’université Lyon 2 (site des quais du Rhône)

Premiers signataires : Marie Bellot, Anaïs Bonanno, Lina Cardenas, Jean-Baptiste Devaux, Tanguy Dufournet, Marion Lang, Marie Lauricella, Lucie Laplace, Antoine Lévêque, Christophe Parnet, Clément Perrier, Verena Richardier, Thibaut Rioufreyt, Odile Tourneux, Julie Vaslin, Jérôme Vial, Victor Villain, Béatrice Zani

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