Oaxaca : David Venegas Reyes est enfin libre !

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Oaxaca

Après 11 mois de détention et quatre jugements en appels gagnés, « El Alebrije », membre de VOCAL et conseiller de la APPO, a été remis en liberté ce mercredi 5 mars 2008.

Mardi 4 mars 2008, 22 heures :

« David a gagné pour la quatrième fois son appel, il est donc libre formellement. Mais la juge de Tlacolula, comme c’est elle qui porte la culotte, a décidé de le retenir prisonnier en toute impunité. Demain rendez-vous à 9h au parc central, d’où partira une caravane pour aller faire du bruit devant le tribunal de Tlacolula. »

Mercredi 5 mars 2008 :

Suivant le rendez-vous envoyé par texto, nous nous retrouvons à 9h au parc, où la caravane se prépare à partir : bombes de peintures, affiches collées sur les plaques des voitures, mégaphone, tout est prêt pour le départ. Un cortège de cinq véhicules se dirige vers Tlacolula, à une vingtaine de kilomètres de Oaxaca, au son des klaxons et des « presos politicos libertad ! », des sourires crispés sur les lèvres.
On arrive à Tlacolula et la caravane tourne et tourne dans ce village tout coloré, les visages sont perplexes...Quelques applaudissements de soutien, encouragés par nos klaxons, des fenêtres qui se ferment à notre passage, on arrive finalement devant le tribunal où, bien au frais dans ses bureaux, la juge « travaille ». Le bruit commence, les affiches collées à vitesse grand V, et l’avocat de David Venegas arrive en courant et en criant : « Ya ! ya ! ». Stop, la juge vient d’envoyer l’ordre de libération, il ne reste plus qu’à payer la caution de 5000 pesos (300 euros), ça ne sert à rien de rester plus longtemps, ça pourrait aggraver les choses.
Au mégaphone, on informe de la situation, on s’excuse pour les fausses infos entonnées avant, mais on rappelle qu’il reste cinq prisonniers du conflit de 2006, et qu’une bonne vingtaine d’autres prisonniers politiques sont toujours enfermés par une justice à douze vitesses. Que, même libre, David Venegas a tout de même subi pendant 11 mois l’injustice de l’État de Oaxaca.
Peu à peu, les visages perplexes et surpris laissent place à de la détente...mais on y croit pas encore réellement. C’est trop loin, ça fait trop longtemps, onze mois, quatre jugements gagnés en appel,... ça semble trop beau, trop « normal », d’être libre quand son innocence est reconnue pour la quatrième fois consécutive. Un jeune, le sourire un peu forcé, propose : « aller, maintenant on va chercher mon père... ». Il se décrispe, sourit à la famille de l’ « alebrije ».

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David Venegas avait été arrêté courant avril 2007 alors qu’il discutait dans un parc de la ville. Parmi toutes les charges de mutinerie, obstruction de la voie publique, incendie ou encore vol de bien public, il est accusé de revendre de la drogue. Il a été obligé de poser pour une photo officielle en possession d’objets « dissidents » mais, ayant refusé de mentir pour servir la corruption d’État, il apparaissait mains derrière le dos, face à de l’herbe et à une revue politique, tout ceci flottant dans l’air, comme par magie. Il a fait appel, quatre fois. Les quatre fois, son innocence a été prouvée et il aurait dû sortir depuis longtemps. Cependant, comme on le sait mieux depuis 2006, le gouvernement a le bras long et brille en matière de trafic d’influence, David était retenu illégalement à la prison de Santa Maria Ixcotel.

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Le cortège se dirige donc vers la prison, le sourire franchement aux lèvres et les yeux fixés sur les montagnes jaunies par la sécheresse...On arrive aux portes du pénitencier sous un soleil magnifique et sous les flashes des mâtons chargés de garder l’entrée, il est 14 heures. Une banderole « Libertad para el Alebrije » est déballée sous les bottes des bleus locaux sous le cri :« eh ! revoilà les capuches ! ». Ils rient jaune et nous demandent prestement de la déplacer.
Au mégaphone, on nous informe qu’une commission est allée chercher les sous pour la caution et que, dans quelques heures, David sera libéré. Nous sommes une petite vingtaine, qui va grossir à vue d’œil au fur et à mesure des heures d’attentes. Des gens arrivent, des gens partent, les flics rigolent.
Comme au bon vieux temps des barricades - me dit-on - on est là, assis à attendre en écoutant la radio, Radio Zaachila (une des seules favorable au mouvement de 2006) : un policier ministériel vient d’être assassiné par 20 balles en début d’après midi. C’est le deuxième en deux mois. On attend ce qu’il vont dire de la libération de David.
D’autres personnes arrivent, on doit être une petite cinquantaine en tout, et la faim commence à se faire sentir, après une heure d’attente. À peine le temps de se dire ça que retentit un : « ese es apoyo si se ve ! » (ça c’est du soutien !) devant l’énorme plat de riz et de tortilla préparé par la voisine, qui nous l’apporte. Une voiture passe et donne à notre radio une minute de stéréo. Elle est applaudie. Les visages s’illuminent sincèrement, maintenant impatients. Le mégaphone nous informe que ce n’est plus qu’une question de minutes. Une minute passe et on nous ré-informe : « je viens d’avoir l’avocat au téléphone, il nous demande surtout que, une fois dehors, David ne se retrouve jamais seul. Il ne faut pas qu’on le laisse une minute, on va le coller comme les mouches à la merde ! »
Rire général et de bon coeur, les gens regardent en l’air, respirant un peu de liberté devant ce lieu d’enfermement. Une demi-heure passe et les fenêtres d’où nous regardent deux fliquettes depuis deux heures se remplissent de plus d’uniformes. L’autre commission qui était rentrée dans la taule arrive, accompagnée de l’ex-prisonnier.
Il est dehors, les gens pleurent de bonheur et s’approche lentement, comme pour se laisser le temps de se remémorer ce moment tant attendu. Maintenant si, les visages s’illuminent pleinement et forment, avec le soleil qui commence à tomber, une lumière tout à fait propice à ce type de moments mémorables et joyeux. Slogans de liberté, cris de joie, pleurs. Les flics se foutent de nos tronches. On s’en fout. La barricade de Brenamiel (celle où David était délégué) est là, minots et anciens, la famille et les amis, la presse...tout le monde est là. La caravane repart, multipliée par trois, au son des klaxons et des « presos politicos libertad ! », de nouveau.

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Car comme l’a rappelé « El Alebrije » à sa sortie de prison, s’il y en a un de moins, la prison est toujours pleine. Avant sa mise en liberté, un comité de prisonniers politiques avait été formé à l’intérieur de la prison, pour continuer la résistance et la dénonciation de l’intérieur. Ce collectif rassemble des processus de peines bien différentes, venant d’histoires plus ou moins vieilles qui n’ont pas forcément de lien direct et affiché avec le mouvement de 2006, mais qui font partie de la même politique d’écrasement des luttes sociales. Dans une interview donnée aux médias autonomes, David Venegas a précisé ce lien formé au fur et à mesure des mois de détention, et a réaffirmé sa combativité à leurs côté, même dehors.

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Hasta que el ultimo salga !
Jusqu’à ce que le dernier sorte !

Presos politicos libertad !

P.-S.

À lire sur le site du CSCPL, le communiqué de Voix Oaxaquègnes Construisant Autonomie et Liberté (VOCAL) et le discours de David Venegas à sa sortie de prison, en français.

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