Pétition de Corbas : « briser le silence qui pèse sur les prisons »

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Entretien sur la pétition de 225 détenus de Corbas avec Lionel, membre de l’Observatoire International des Prisons.

Comment vous apparaissent les conditions réelles de détention à Corbas ? On parle d’une prison "inhumaine", froide. Qu’en est-il réellement ?
A propos de la maison d’arrêt de Corbas, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue disait en 2010 ne pas comprendre « comment on a pu imaginer une prison qui cherche à faire taire alors que la réinsertion suppose que l’on parle ». L’année précédente, des mouvements de protestation répétés avaient lieu, réunissant jusqu’à 200 prisonniers en même temps dans les cours de promenades de la prison. Le directeur répondait dans la presse que les protestataires n’avaient aucune revendication. Il pouvait l’affirmer : il dispose du monopole de la parole sur la prison, depuis la prison ; il ne risquait pas d’être contredit. Dans ce contexte de silence imposé, cette pétition, c’est avant tout un acte : la marque d’une volonté de briser le silence qui pèse sur la prison et en particulier sur les prisonniers. On peut ignorer cet acte et encourager de ce fait les autres formes d’expression comme l’agressivité, qui se tourne le plus souvent contre soi-même. Des sociologues ont décrit depuis longtemps que l’absence de lieux et de moyens de conflictualisation entraîne la violence. Espérons que cette parole sera non seulement entendue, mais surtout, prise en compte. Elle appelle une réponse autre que le seul démenti dans les médias et l’administration n’a rien à gagner à nier l’évidence, sauf à vouloir construire le ressentiment de bataillons de prisonniers. Aujourd’hui, c’est le plus souvent quand quelqu’un, entre les murs, a décidé de se réduire au silence, qu’on entend parler de la prison. Alors, cette pétition est une bonne nouvelle.

Le directeur de la prison a répondu dans la presse que l’affirmation qu’il n’y a aucune activité pour les détenus était fausse. Avez-vous eu des informations à ce sujet ?
Lors de sa visite en 2009, le contrôleur avait relevé que moins de 20% des détenus de Corbas avaient accès à un travail. Pour le sport, on peut encore citer le contrôleur : « Environ 300 détenus sont inscrits sur liste d’attente. Sur une moyenne de quatre-vingts détenus par étage, une vingtaine au maximum peuvent être admis aux activités sportives ». Ceci s’explique : « Les difficultés considérables de gestion des flux sur la maison d’arrêt ont un retentissement important sur la pratique du sport. Beaucoup de détenus se présentent en retard aux séances et certains n’ont pas même la possibilité de s’y rendre. Ce phénomène démotive à la fois les moniteurs de sport et les détenus ». Ces difficultés dues à la taille démesurée de l’établissement existent toujours.

225 détenus qui signent une pétition assez longue, cela semble relativement rare. Est-ce que cela arrive régulièrement mais que c’est peu connu ? Est-ce un indicateur de tentative d’organisation collective ?
Une pétition signée par autant de personnes, c’est clairement exceptionnel. Quant aux pétitions de manière générale, difficile de savoir si elles sont régulières. Elles sont en revanche régulièrement réprimées (sanctions disciplinaires, transferts). Par exemple, en janvier 2007, plusieurs détenus de Saint-Quentin-Fallavier (Isère) avaient été punis jusqu’à 20 jours de « mitard » pour un texte pourtant seulement envoyé... au directeur régional de l’administration pénitentiaire.

6 détenus morts ou suicidés depuis le début de l’année à Corbas, avez-vous des informations sur le "climat général" dans la prison ?
Qui parle de 6 morts ? On ne sait rien sur le chiffre des suicides parce que l’administration se garde bien de le divulguer. Mais le décompte macabre n’est guère utile : personne ne nie plus la violence générée par la prison, renforcée par son surencombrement chronique. 810 personnes pour 690 places au 1er août dernier, la situation constitue un record depuis les transferts de « désencombrement » décidés à la fin de l’année 2009. Concrètement, cela signifie que 240 personnes sont détenues à deux dans une seule « place », nombre auquel s’ajoutent les 300 personnes détenues en cellule double. Au total, ce sont environ 540 détenus sur 810 qui ne disposent pas à l’heure actuelle de l’encellulement individuel, principe pourtant posé et régulièrement rappelé par le législateur. La plupart d’entre eux préféreraient pourtant être seuls en cellule et se garantir un minimum d’intimité. En outre, les prisonniers ne peuvent sortir à leur guise au cours de la journée, et se trouvent donc dans une situation d’entière dépendance vis à vis du personnel pendant 22 heures sur 24. Une situation qui ne peut qu’être aggravée dans un établissement ou tous, prisonniers et surveillants, se plaignent de l’impossibilité de se parler.

Une partie de la presse s’est moquée de certaines revendications des détenus... n’y a-t’il pas un mépris ou une méconnaissance des conditions de détention ?
Quand on passe 22 heures sur 24 dans une pièce dont on ne peut sortir que par l’intermédiaire d’un tiers et selon son bon vouloir et sa disponibilité, tout prend une importance considérable, même les choses de la vie qui paraissent insignifiantes à l’homme libre. Pratiquer des loisirs, quels qu’ils soient, c’est lutter contre la solitude et l’ennui, c’est tout simplement trouver un moyen de ne pas succomber sous le poids des portes et des murs.

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