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Poésie révolutionnaire : les congés d’été

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L’été : cette saison où les corps sèchent plus vite aux rivages

La plage à perte de rien.

On a pensé à tout, on a natté les cheveux pour que le sable ne s’y attache pas trop, on a enduit chaque parcelle de peau d’huile solaire, on a pensé au parasol, à la glacière, on a amené ce livre qu’on ne lira jamais. Heureusement, il fait beau. L’astre grignote avidement la chair qu’on lui offre sans crédit, les glaces coulent sur les mentons goulus et on ne lèche jamais assez vite les boules de parfums qui nous ont pourtant coûté une semaine au bureau. Il y a dans l’air cette douce indécence qui construit les congés payés. On essaie de ne pas y penser, à cette discordance, à cette faille intime dans l’horizon salé qui s’offre à notre regard. Va-t-on voir s’échouer d’autres guenilles que les nôtres ?

Les mômes en maillot s’ébrouent sagement sur la grève, comme de minuscules chagrins bariolés à qui l’on n’a rien dit mais qui savent tout. Pourvu qu’il n’y ait rien sous les douves du château, rien que la pelle verte à pois pourrait heurter dans un coup maladroit.

Les flots amusés se meuvent sous les embarcations de misères, sous les canots gonflables et les planches de surf, peut-être attrapera-t-on un poisson pour rire, juste pour rire. On l’amènera triomphant aux adultes, la gueule toute fendue de fierté, ruisselant comme des pirates. On se fera à moitié féliciter et à moitié sermonner. Parce que c’n’est pas correct. On le relâchera un peu triste dans l’eau vive et on le regardera s’éloigner. On aura l’impression d’avoir un peu peiné maman. Alors on décidera d’être correct, de toujours rester correct. Pourvu qu’le bord de mer ne dégueule rien d’inconvenant.

On ne lira pas les journaux. Pourvu que la rive soit propre à notre retour.

La plage à perte de rien.

Juillet et les corps allongés côte à côte, sans autre tumulte que les reflux timides des vagues noires.

Les mouettes braillent déjà que rien n’était pensé correctement. Que le bois trop léger portait une charge trop lourde, que les enveloppes étaient trop pleines et les ventres trop gonflés. Le soleil a déjà cuit son repas d’indigence et a mis le couvert sur les coquillages de nos congés. Le dénuement est tel que l’eau a ravalé sa chanson pour ne laisser qu’une lourde plainte épicée, juste épicée ce qu’il faut pour que le repas soit correct.

Les gosses ont cette face pâle qui fera la une des journaux, les yeux perdus dans un espoir qu’ils sont les seuls à garder intact, leurs lèvres bleuies figées dans un sourire. Pourvu qu’on atteigne la côte.

On pourrait dire qu’ils ont l’air de dormir mais ce serait déplacé. Quelqu’un peut-être aura l’audace de faire un tableau impoli, de cracher ses convenances heurtées dans un article du Figaro. On fera tourner le spectacle sur la toile, faux tourment après faux tourment et on attendra impatient de chausser ses godasses de ski.

L’été : cette saison où l’odeur des cadavres est plus impudente qu’au dégel.

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