Pour une antipsychiatrie politique et efficace

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La psychiatrie doit être questionnée, débattue, critiquée, voir combattue. Texte écrit par une ex-psychiatrisée en colère, mobilisée pour le changement social, mais qui n’en peut plus de voir la question psychiatrique sans cesse enterrée sous le mépris quotidien du reste du monde.

La question de l’état de la psychiatrie est une question complexe, dure à porter sur le plan politique car celles et ceux qui pourraient le faire, sont souvent malades, les mêmes qui devraient avoir un suivi psychiatrique et qui ne l’ont pas toujours pour diverses raisons, et nous sommes trop fatigué.e.s pour pouvoir porter cette problématique seul.e.s.
Nous avons besoin de soutien, du soutien des militant.e.s, du soutien des membres du secteur psy qui voudraient que ça change, du soutien de nos proches.

Au lieu de ça, nous n’essuyons quotidiennement que du mépris, parce qu’à part nous qui vivons la psychiatrie, personne n’a vraiment l’air de comprendre la violence subie, ou fait mine de ne pas vouloir la comprendre.
Parce que nous sommes malades, et que si nous refusons le soin, le prétendu seul soin possible car hégémonique, alors c’est de notre faute.
Tout est de notre faute et nous n’avons rien à dire. Nous sommes malades, et notre parole ne vaut rien. Il faut changer radicalement le regard sur la santé mentale pour pouvoir changer radicalement l’institution psychiatrique, voire la détruire au besoin.
Une personne qui a des accès de folie n’en reste pas moins consciente, et sa parole a de la valeur.

Nous ne voulons pas d’un droit à la parole octroyé par bonté d’âme, par gentillesse, mais nous voulons que le monde entier comprenne cette évidence qui ne devrait même pas être expliquée : malgré notre mauvaise santé psy nous restons conscient.e.s de ce que nous vivons. Nous ne voulons plus risquer la camisole et le rejet social, par peur du fou, à chaque fois que nous parlons de nous.

Nous sommes taré.e.s, malades, fatigué.e.s, mais nous avons des convictions, nous avons des idées, nous vivons le monde. Nous voulons changer la société, et cela passe par changer ou détruire l’institution psychiatrique qui se garde bien de considérer notre parole comme entendable et qui diffuse ce mépris. Parce que nous sommes folles et fous, tout ce qui nous accable ne tient qu’à notre folie. Nous crions en silence parce que les hurlements des autres à notre égard nous étouffe.

L’internement forcé n’est possible qu’à partir du moment où il est considéré que nous sommes « un danger pour nous-même et pour autrui », mais la plupart du temps, c’est à se demander si le danger, c’est-à-dire la peur, que nous inspirons à autrui, n’est pas une manière de nous accuser d’être un danger pour nous-même et ainsi, de justifier notre exclusion sociale.
Nous ne demandons pas l’inclusion, la bonne pensée, nous ne demandons ni l’aumône ni la bonté d’âme, nous exigeons que ce qui ne doit plus être ne soit plus. Nous exigeons que la psychiatrie ne soit plus un lieu où l’on enferme les fous, ni un outil de régulation sociale qui sert à justifier les bons comportements, et la pensée juste, aux yeux de tous-tes. La psychiatrie ne doit plus être un enjeu moral, mais un enjeu de santé, donc politique.
Et parce que la psychiatrie doit être un enjeu politique, nous, psychiatrisé-e-s et ex-psychiatrisé-e-s, en sommes les sujets qui organisons la révolte contre ce qui nous tue.

Combien de fois avons-nous dû servir de cobayes, à tester tous les médicaments possibles car la camisole chimique vaut mieux que la confrontation au danger ? Combien de fois avons-nous dû subir le mépris des administrations, incapables de comprendre les obstacles quotidiens auxquels nous faisons face ? Combien de fois avons-nous traversés vents et marées, allant de structures en structures, de cliniques en cliniques, errant désespérément à la recherche d’un soin ? Combien de fois avons-nous dû subir les remarques déplacées et anti-déontologiques de nos médecins ? Combien de fois avons-nous vu notre santé mentale et physique se dégrader car l’appréhension, la peur, que l’on a envers nous, nous empêche d’accéder à de bons diagnostics ? Et cela encore davantage si nous avons le prétendu malheur d’être femme, non-binaire, homme trans, racisé-e ?

J’entends déjà les critiques et les renvois vers des témoignages sur les « bons » psys mais que l’on comprenne bien que le problème ici, c’est la psychiatrie.
La psychiatrie renferme en elle-même sa propre violence et accueille avec plaisir celle du sexisme et du racisme, la psychiatrie est le reflet de ce qui pourrit dans nos sociétés. Il est enfin temps que cela cesse. Comment ? La question est dure à résoudre, mais il faut au moins pouvoir libérer notre parole sans subir le mépris quotidien des autres.
Nos droits sont bafoués, nos vies ignorées, délaissées, haïes. Il est en temps d’en finir avec cette misère.
Il en va de notre survie, il en va du combat que nous menons pour une société meilleure. Nous ne pouvons décemment pas laisser de côté la question psychiatrique sous prétexte qu’elle est « moins importante » et que « les fous sont malades, il faut les soigner ».

Nous ne laisserons plus cette haine nous pourrir la vie.

Marlène Ducasse.

P.-S.

Prenons contact, construisons quelque chose, détruisons le reste : alterationdutemps@protonmail.ch

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