Quelques bonnes raisons de se lancer dans une campagne nationale contre la construction et la rénovation des centres de rétention

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Empêcher la construction de nouvelles places de rétention est un biais concret pour lutter contre la mise en place du projet de loi Sarkozy sur l’immigration.

L’augmentation des places en rétention et en zone d’attente est la condition nécessaire à l’applicabilité du projet Sarkozy dont une des mesures vise à prolonger le temps de rétention. Le plan de construction et de rénovation (préparé par la gauche sous couvert d’amélioration des conditions de rétention dans le rapport Mermaz) qui se développe aujourd’hui prépare le terrain pour la nouvelle loi sur l’immigration. Cette augmentation du temps d’enfermement ne doit pas être considérée comme une mesure anecdotique mais bien comme une tendance lourde à rejoindre les dispositions les plus répressives de l’espace Schengen (plusieurs mois de rétention renouvelables en Belgique par exemple). Cette homogénéïsation prévue est impossible sans la construction de centres high tech, où tout est fait pour rentabiliser la machine à expulser, avec ce vernis d’amélioration des conditions d’enfermement (contrôlé par la Croix Rouge) qui suffira sans doute à faire taire les associations humanitaires. Empêcher la construction de ces centres, c’est entraver la mise en place de l’ensemble du dispositif européen de gestion des flux migratoires.

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Alors que la lutte frontale contre cette loi ne sera efficace que si les premiers intéressé-e-s, donc les sans-papiers et les immigré-e-s à statut précaire, la prennent en main (comme ça s’est passé en 96 par exemple), il nous semble que la lutte contre les lieux d’enfermement pour sans-papiers est appropriable efficacement par tous et toutes, avec ou sans papiers comme moyen d’action et d’organisation au niveau national pour la liberté de
circulation et d’installation.

Empêcher la construction de nouvelles places de rétention c’est aussi agir concrètement contre le développement de l’univers carcéral.

Quelles que soient les spécificités du statut particulier de la rétention administrative, il ne faut pas oublier qu’il s’agit avant tout d’une forme d’enfermement. A l’heure actuelle déjà, si le temps de rétention est réduit, cette réduction reste le plus souvent théorique : dès le premier refus d’embarquement au cours des 12 jours de rétention, les sans-papiers écopent de 3 mois de prison, le double en cas de récidive, sans parler du fait que l’administration peut choisir de faire directement passer les sans-papiers dans le circuit correctionnel puisque séjourner en France sans titre de séjour est un délit. Par ailleurs de rétention en refus d’embarquement, donc en emprisonnement puis de nouveau en rétention puis expulsion, puis retour de fortune, puis en nouvelle arrestation.... Le parcours classique des sans-papiers comporte le plus souvent un temps réel d’emprisonnement. Le projet de loi Sarkozy confirme cette tendance déjà à l’œuvre.

Ce développement de l’univers carcéral sous la forme de statuts spéciaux qui déclinent l’enfermement sous divers modes (adaptés à la personnalité de chacun-e et au mode de répression qui lui « convient » le mieux) est une logique générale qui se met actuellement en œuvre : prisons spéciales pour les jeunes, bracelet électronique pour certains délits qui jusque là n’étaient pas punis par l’enfermement... à chacun sa prison spéciale. Empêcher la construction des centres de rétention, c’est aussi mettre en échec ce système qui nous veut nous faire vivre dans, sous la menace, ou simplement à côté d’une prison.

Empêcher la construction des centres de rétention, c’est un moyen de s’organiser au niveau national pour la liberté de circulation et d’installation.

Une campagne nationale contre la construction et la rénovation des centres de rétention est l’occasion
d’organiser divers collectifs dont la forme et les modes d’action dépendent des réalités locales et des envies et possibilités des un-e-s et des autres, autour d’un objectif commun. Le caractère national de cette campagne permettrait aux un-e-s et aux autres de trouver de l’écho à leurs initiatives, de travailler en commun pour la recherche d’information (quelles sont les entreprises, architectes, bureaux d’études qui participent à la construction des centres, quel est le mode opératoire...) et faire fructifier les idées diverses expérimentées ici ou là. Ainsi nous proposons le récit des initiatives que nous avons menées à Choisy le Roi et Palaiseau, dans le but que chacun-e y pioche ce qui l’intéresse et que d’autres récits semblables nous permettent de trouver des idées nouvelles et de partager nos expériences. On peut imaginer aussi des actions communes, soit en se déplaçant nombreux-euses quelque part, soit en coordonnant des actions simultanées et décentralisées sur le même type d’objectif.

N’oublions pas que 12 jours de rétention c’est trop peu pour s’organiser dans les centres : plus ce délai est prolongé, plus les révoltes à l’intérieur vont s’y développer. A nous aussi d’être prêt-e à les soutenir et à leur donner l’écho nécessaire à l’extérieur...

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