Vague raciste et islamophobe à Lyon et ailleurs (Mise à Jour au 18/11)

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A Lyon comme dans le reste de la France une vague raciste et islamophobe sévit comme cela avait déjà été le cas après les attentats à Charlie Hebdo.

Paris-luttes.info liste ces agressions, dans un article que nous publions ici mis à jour avec nos informations locales.

Nous refusons que la solidarité avec les victimes des attentats et leurs proches soit le prétexte à des actes racistes et islamophobes, comme cela avait déjà été le cas après les attentats à Charlie Hebdo [1]

Nous condamnons l’amalgame entre terroristes et migrants ou réfugiés, encouragé par les mesures démagogiques de l’Etat (comme le contrôle des frontières) tout comme la récupération politique de ces événements tragiques pour effectuer un nouveau tour de vis sécuritaire (loi renseignement bis après janvier, état d’urgence aujourd’hui).

Nous ne nous reconnaissons pas dans l’union sacrée, les discours va-t-en-guerre, et le regain de nationalisme sur lequel surfent les grands groupes de communication (ainsi la déferlante de profils « bleu-blanc-rouge » encouragée par Facebook).

Car ces idées patriotes, islamophobes ou plus largement xénophobes, agitées depuis des mois par la classe politique ont des conséquences qui se traduisent en actes de violence sur le terrain.

A Lyon :

Jessim, 17 ans, a été violemment agressé Samedi 14 novembre par une dizaine d’islamophobes appartenant à la mouvance « identitaire ». Le jeune homme a été frappé sur la place Bellecour vers 18h à Lyon. Selon un communiqué du CRI, le jeune homme a été lynché au sol sur fond de slogans islamophobes tels que « Islam hors d’Europe ». Un passant a réussi à mettre en fuite les agresseurs en lâchant son chien sur le groupe.

Selon les premières analyses médicales, le jeune homme a obtenu 30 jours d’ITT. Il a plusieurs vertèbres brisés, des hématomes et contusions.

Le CRI annonce qu’il va suivre l’affaire, porter plainte et saisir les vidéos de surveillance de la Place Bellecour.

MaJ : Selon le Porte Parole du CRI, La police a arrêté deux des agresseurs et a parlé d’un véritable lynchage. L’avocat qui suit l’affaire est Maitre Gilles Devers

Ailleurs en France :
A Chavanoz (Isère) la mosquée à été tagué dans la nuit du 17 au 18 novembre.
A Marseille, une jeune femme qui portait un hijab [2] reçoit un coup de point et est blessé au thorax par un objet inconnu après avoir été apostrophé sur sa religion le 18 novembre.

A Ermont, des individus ont cherché à mettre le feu à la mosquée Arrahma dans la nuit de mardi 17 à mercredi 18. Ils ont transporté une poubelle jusqu’à l’un des portails d’entrée du lieu de culte et l’ont ensuite incendiée entre trois et quatre heures du matin. Le conteneur a été entièrement détruit et les flammes ont endommagé la grille donnant accès à l’arrière de la mosquée. Le compteur gaz, tout proche, a heureusement résisté. Dans le même temps, le mur d’enceinte a été couvert, sur une quarantaine de mètres, d’inscriptions islamophobes et de croix gammées. Les fidèles ont découvert avec effroi ces dégradations à l’occasion de la première prière du matin.

A Créteil, « une dizaine de croix et marques réalisées à la peinture rouge sang ont été découvertes ce samedi matin (14 novembre), à 5 h 30, par les fidèles musulmans qui se rendaient à la première prière dans la mosquée Sahaba, située à l’angle de la rue Jean-Gabin et de la voie d’accès à la route de Choisy. Apposées sur le sol, les murs, les panneaux d’indication, le menu du restaurant de la mosquée ou encore le parking adjacent, ces croix et marques rouges dégoulinantes n’étaient pas encore sèches lorsque les premiers fidèles sont arrivés à l’aube. » [3]

Dans le reste de la France, plusieurs rassemblements en hommage aux victimes des attentats de Paris ont eu lieu samedi 14 novembre dans l’après-midi, donnant parfois lieu à des tensions.

A Lille, dans le Nord-Pas-de-Calais, où 500 personnes défilaient, une quinzaine de militants du Front national, portant des drapeaux tricolores, ont scandé : "Expulsons les islamistes" et fait éclater des pétards. Plusieurs manifestants les ont alors repoussés, en criant "Dehors les fachos", et les ont hués, avant qu’une quinzaine de CRS s’interposent en formant un cordon de sécurité, selon l’AFP [4].

A Pontivy, dans le Morbihan, le parti d’extrême droite breton Adsav a manifesté contre les migrants, réunissant 150 personnes à Pontivy (Morbihan) au cri de « Breton, ouvre les yeux, ferme ta frontière ! » Un passant d’origine maghrébine a été frappé au sol par un groupe de militants d’extrême-droite. [5]

A Metz, en Moselle, une dizaine de militants identitaires ont perturbé le recueillement d’un demi-millier de personnes devant le monument aux morts avec des pétards, des fumigènes et une banderole proclamant "Expulsons les islamistes" [6].

A Reims, dans la Marne, un groupe d’une dizaine de personnes a perturbé l’hommage aux victimes. Il s’est positionné devant la cathédrale avec une grande banderole sur laquelle on pouvait lire : « On est chez nous islamisation hors de notre nation » en criant et en faisant des saluts nazis. [7]

Nous restons également vigilants sur les actes de violence xénophobes :

A Cambrai, dans le Nord, le conducteur d’une voiture a tiré sur un homme d’origine turque, parce qu’il "avait une couleur de peau qui ne convenait pas au tireur", a indiqué le parquet. [8]

A Barantin, en Seine-Maritime, un kebab a été vandalisé et des pierres ont été jetées sur la voiture de livraison et la vitrine. [9]

Plusieurs mosquées ont également été vandalisées.

A Aubagne, près de Marseille, une tête de sanglier a été accrochée sur les grilles de la mosquée de la ville [10].

A Oloron, dans les Pyrénées-Atlantiques, des tags d’extrême droite faisant référence à la LVF [11], un groupe militaire collaborationniste de la seconde guerre mondiale, ont été écrits sur une boucherie halal et la mosquée de la ville.

A Pontarlier, en Franche-Comté, une croix gammée, et des tags « La France aux Français » et « Libéré la Gaule » ont été découverts sur les murs de la mosquée de la ville, déjà vandalisée à plusieurs reprises dans le passé. Du jambon a aussi été déposé devant le lieu de culte [12].

Ailleurs dans le monde :

Aux Pays-Bas, plusieurs mosquées ont également été la cible d’actes de malveillance, comme à Bergen-op-Zoom et Rosendael.

En Allemagne, un centre d’hébergement pour réfugiés qui devaient ouvrir jeudi a été incendié [13].

A Peterborough, au Canada (Ontario), la mosquée de la ville a été touchée par un incendie, vraisemblablement d’origine criminelle.

Sources : Le Monde, Le Parisien, France Bleu, le Midi Libre, le Républicain Lorrain, l’Est Républicain, Ostsee Zeitung, Europe 1, France 3 ...

Notes

[2un voile qui ne laisse apparaître que le visage

[3Ces actes d’intimidation ont des conséquences, l’article du Parisien précise : « Les activités cultuelles ont été préservées, mais les activités secondaires, comme les cours d’arabe ou de soutien, sont annulés jusqu’à nouvel ordre. »

[4Le dimanche 8 novembre, une manifestation anti-migrants avait déjà eu lieu à Calais, avec drapeaux bleu-blanc-rouge, banderole « non à l’islam », slogans xénophobes et insultes racites envers les passants.

[5Des voisins en ont témoigné sur France Bleu, comme cette commerçante située à proximité des lieux du drame : « non loin de notre magasin, un monsieur d’origine maghrébine a été pris par le col. six personnes l’ont mis à terre. C’était un défoulement sur lui. C’était déchirant, on ne pouvait pas lui porter assistance. Plus loin c’était exactement pareil. C’était de la violence et de la haine. On voyait qu’on était cerné dans la rue principale. Tous les magasins se sont fermés au fur et à mesure. On avait l’impression qu’on était en état de siège. C’était terrible, terrible… C’est une haine, une haine… Il y avait des jeunes mais aussi des quadragénaires. Ils disaient à la police et à la gendarmerie « on va les tuer, ils n’ont rien à faire ici ». Vraiment c’est la haine. » Un autre habitant a témoigné du désarroi des passants et du climat de terreur qui a régné hier dans la petite ville bretonne : « Les gens couraient, les gens criaient, c’était la panique. »

[6Voir les photos 14 à 25 sur la page du Républicain lorrain.

[7Voir l’union

[8Voir l’Express qui publiait aussi cet article sur la montée de l’islamophobie post-Charlie.

[9Lu sur Normandie Actu

[10Voir le Midi Libre.

[11La Légion des volontaires français contre le bolchévisme (dite Légion des volontaires français ou LVF) est créée le 8 juillet 1941, 15 jours après le déclenchement de l’opération Barbarossa (l’invasion de l’URSS par l’Allemagne). Cette naissance est portée par une galaxie de partis collaborationnistes (notamment le RNP de Marcel Déat, le PPF de Jacques Doriot, et le MSR d’Eugène Deloncle). Elle est transformée un an plus tard en Légion tricolore. En 1944 elle est principalement intégrée à la Division SS Charlemagne. La LVF utilisait comme étendard le drapeau tricolore français.

[13Voir le Ostsee Zeitung, en allemand.

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