Après George Floyd, l’idée d’abolir la police gagne du terrain

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Depuis le meurtre de George Floyd, la police étatsunienne est sur la sellette. Sous la pression de la rue, municipalités et États fédérés multiplient les mesures de réforme. Insuffisant pour une importante partie des manifestants : ne croyant pas à la possibilité d’une « bonne police », ils demandent tout simplement son abolition. Professeure assistante en justice criminelle à la California State University (site de Chico), Gwenola Ricordeau milite de longue date pour l’abolition du système pénal. Elle livre ici son analyse sur ce moment inédit.

« Vous arrivez encore à dormir ? », me demandait récemment quelqu’un sur mon compte Twitter. Depuis le début des mobilisations qui ont suivi la mort de George Floyd, je n’ai plus sommeil. Chercheuse [1] et militante abolitionniste depuis vingt ans, je vis dans un pays où la question de l’abolition du système pénal et en particulier de la police n’a jamais été aussi discutée qu’aujourd’hui – et où les mobilisations politiques allant dans ce sens pourraient bien être en train de remporter quelques victoires.

Say their names !

Ces dernières années, les médias ont régulièrement couvert les mobilisations d’ampleur qui ont suivi des meurtres d’hommes noirs, parfois mineurs et souvent désarmés, par des policiers et agents de sécurité généralement blancs. En 2012, il y a eu Trayvon Martin, 17 ans, tué par George Zimmerman, à Sanford (Floride). En août 2014, Michael Brown, 18 ans, tué par Darren Wilson, à Ferguson (Missouri). En novembre 2014, Tamir Rice, 12 ans, a été tué par Timothy Loehmann à Cleveland (Ohio).

Mais toutes les personnes tuées par la police ne se retrouvent pas à la « une » des médias nationaux. En 2017, à Chico, la ville moyenne de Californie du Nord où je réside, la police a tué Desmond Phillips, un jeune Noir ayant des problèmes psychiques. Un drame qui n’a rien d’exceptionnel aux États-Unis.

Il s’agit d’un phénomène de plus vaste ampleur que dans n’importe quel autre pays occidental : chaque année, plus de mille personnes meurent sous les balles de la police [voir encadré 1]. À ce chiffre, il faudrait ajouter le nombre de personnes qui meurent dans les fourgons et les commissariats.

Être victime d’un crime policier – comme être incarcéré – n’arrive pas à « n’importe qui ». Les personnes souffrant de troubles de santé psychiques, celles qui sont en situation de handicap et celles qui sont usagères de produits psychoactifs sont surreprésentées parmi les victimes. Certaines études indiquent même que ces trois catégories de personnes constitueraient la moitié des victimes. L’autre caractéristique des victimes des crimes policiers est raciale : les Noir•es ont trois fois plus de risques d’être tué•es que les personnes blanches. Ce risque est très variable selon les États et même les comtés et, contrairement à un préjugé répandu, il n’y a pas de corrélation entre le niveau de criminalité et le nombre de personnes tuées par la police. Selon le site Mapping Police Violence [2], dans 99 % des cas, ces homicides n’ont aucune suite judiciaire.

Black Lives Matter

George Floyd a été tué le 25 mai à Minneapolis (Minnesota) et les protestations contre les violences policières ont rapidement pris une ampleur sans précédent. L’attention des médias étatsuniens et du reste du monde s’est surtout portée sur le caractère violent et parfois spectaculaire des manifestations et sur les mesures de couvre-feu qui ont été prises. Mais il est également remarquable que des manifestations aient eu lieu dans des villes petites et moyennes, peu habituées aux mobilisations politiques, comme chez moi à Chico où plusieurs rassemblements se sont tenus malgré les mesures de confinement.

Les événements actuels en rappellent d’autres qui avaient également pour ferment le racisme et les violences policières, comme les émeutes de Los Angeles en 1992 après l’acquittement des policiers qui avaient tabassé Rodney King ou celles de Ferguson en août 2014 après la mort de Michael Brown et qui ont contribué à populariser le mouvement Black Lives Matter, lancé l’année précédente.

Néanmoins, par divers aspects, les mobilisations actuelles semblent se distinguer nettement des précédentes. Tout d’abord, beaucoup de personnes blanches semblent découvrir le racisme – et incidemment le racisme de la police et l’ampleur des crimes policiers. Outre leur présence aux rassemblements, les initiatives auxquelles ils et elles prennent part sont multiples : conseils sur les réseaux sociaux pour être de « bons allié•es », appels à soutenir les commerces tenus par des Noir•es et les organisations politiques noires, etc. Par ailleurs, ce mouvement contribue à diffuser une analyse du racisme (notamment dans la police) qui se fait en termes « systémiques » et qui met aussi l’accent sur le suprématisme blanc. Il fait également une large place à l’abolition de la police.

Abolir la police…

Les manifestations ont fait émerger un large mouvement en faveur de la réduction des budgets et du champ d’action de la police. Dans de nombreuses villes, les manifestations ont pris pour mots d’ordre « Defund the police ! » (« Couper les vivres à la police ») ou « Abolish the police ! » (« Abolir la police »). L’abolition de la police est devenue l’objet d’un débat national, alors que cette revendication était, il y a quelques semaines encore, cantonnée à la gauche radicale.

La suite à lire sur : http://cqfd-journal.org/Apres-George-Floyd-l-idee-d-abolir

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