Après un petit tour de Grand 8 ...

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Du 28 mai au 3 juin s’est déroulé, contre le G8 d’Evian, un village anticapitaliste, alternatif et antiguerre : le VAAAG. Nous y étions et voulions vous faire part de ce que nous avons vécu et ressenti là-bas au sein même du village mais aussi devant les actions qui ont eu lieu. Toutes et tous uni-es contre les « saigneurs du monde » nous avons pu mettre en pratique le slogan revendiqué durant les différents rassemblements : « Union, Action, Autogestion ».

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De la théorie à la pratique...

Le VAAAG présente un bilan mitigé bien que globalement, on puisse se réjouir de son bon fonctionnement. Le caractère autogestionnaire de son organisation a été en grande
partie respecté et la participation plutôt active, même s’il est vrai que certaines personnes ont sacrifié leur nuit à des points d’accueil où les roulements perdaient de leur efficacité. Il faut dire que non loin de là, Manu Chao entrait en scène... Mais grosso modo bonne parti-cipation. D’ailleurs, et c’est un point tout à fait central, les non militant-e-s pouvaient aisément s’approprier les différents espaces, les dynamiser et s’intégrer dans le processus
autogestionnaire.

Le VAAAG organisé en barrios (quartiers) répartis autour de cuisines collectives, s’est présenté comme un espace expérimental de vie collective où s’organisaient ensemble les tâches quotidiennes (cuisine végétarienne/végétalienne, accueil, sérénité...) en assemblées générales de quartier et inter-quartiers organisées chaque matin, mais aussi les débats, qui ont réuni pas mal de monde, les concerts et diverses animations. Le VAAAG a été un lieu riche d’activités, où il était aussi possible de ne rien faire, la difficulté étant de privilégier certains événements sur d’autres. C’est sans doute son caractère éphémère qui obligeait cette concentration d’énergies plurielles.

Les rapports entre les villages ont, eux, montré leurs limites, soit parce qu’ils n’existaient quasiment pas, soit parce qu’ils étaient motivés par des violences symboliques et physiques. C’est sans doute le village féministe non-mixte « le point G » qui en a été l’illustration la plus frappante. Il s’est avéré avoir un rôle double, d’une part libérer un espace de lutte féministe avec comme moyen d’action et de réflexion la non-mixité, d’autre part servir de révélateur du sexisme ambiant. Celles et ceux pour qui la légitimité d’un tel village était bancale, on ne pouvait pas être plus convaincu. En effet, les réactions qu’il a entraînées ont rapidement ressuscité la connasse, mal-baisée et hystérique et révélé un sexisme jamais enterré.

Si le village n’a pas pu enrayer définitivement sexisme et petite chefferie, on peut cependant saluer sa réussite globale.

Alors, violence ou pas ??

Certaines manifestations ont expérimenté des stratégies qui sapent la question violence/non-violence. Par exemple, à Lausanne le dimanche 1er juin, des âmes (exceptionnellement) matinales se sont organisées en « pink & silver bloc » et « black bloc » [1] pour bloquer l’autoroute et les routes menant au port, afin de retarder l’arrivée des délégations à Evian.

Le premier bloc, plutôt festif (rose et argenté, samba, détournement de mobilier urbain, édification de barricades) ouvrait le cortège, tandis que le second s’occupait à provoquer des dommages plus concrets aux fruits du capitalisme et à défendre les barricades. La mobilité, l’autonomie et la solidarité entre les blocs, eux-mêmes constitués de groupes affinitaires, ont permis de combiner diverses tactiques, les unes n’empêchant pas les autres, dans le but d’assurer les blocages. De même, le samedi après-midi, un millier de personnes énervées par la venue du PS à Annemasse se sont réunies pour empêcher ce parti sécuritaire et raciste de prétendre participer à la contestation en tenant un forum sur le G8. Cette fois-ci, l’attaque du lieu de tenue du forum, des affrontements avec les forces de l’ordre ont créé un climat d’insécurité incitant le PS à annuler ce forum et sa participation à la manif unitaire du dimanche.

Quant aux autochtones, lassé-es de l’omniprésence policière (à Annemasse, contingents de CRS déployés surtout dans la banlieue), illes ont manifesté leur solidarité de façon plus active à cette occasion [2]. Les conséquences de ces actions ne se pensent pas en terme de violence mais en terme d’efficacité par rapport au but recherché et de plaisir des manifestant-es à y participer.

De plus, il est grand temps d’accepter que le fait de briser des vitrines et de piller des magasins a un sens politique et doit être pensé comme une stratégie dans la lutte anticapitaliste. Les cibles des casseur-euses en témoignent : stations-services (pétrole, guerre en Irak), supermarchés (société de consommation)... Ces actions peuvent être réalisées sans gêner les autres participant-es des manifestations, ni provoquer systématiquement une intervention policière...Tout dépend aussi de la solidarité des individu-es présent-es. A ce propos, la charte du CHARG [3] invitait les manifestant-e-s à dénoncer à la polices les casseur-euses !

Soutenir la casse, ce ne signifie pas qu’elle n’est pas objet de dérives, elle doit toujours être soumise à réflexion pour garder un véritable sens politique et ne pas se transformer en une pratique viriliste genre gros mâle super héros nique tout.

Quant aux magasins d’Annemasse, Genève et Lausanne qui avaient recouvert leur vitrine à l’aide de grands panneaux en bois (vu à la télé) on a pu s’en servir comme mur d’expression libre pour détourner (« fermeture définitive »), contextualiser (« quel courage ! ») ou sloganiser
 G8 secondes pour vous dire que si ça continue comme ça, ça va péter »)...

De la pratique à la théorie... du spectacle

Rappelons pour terminer que toutes ces actions ont pu être menées sans une répression trop forte parce qu’on a bien voulu nous laisser faire. Jusqu’au dimanche, les flics ont utilisé quasi-uniquement les gaz lacrymogènes lors de leurs interventions, puis, sans doute lassés des ordres contradictoires (minimiser la répression : pas trop de carnage, pas trop d’arrestations) ils se sont énervés lundi et mardi à Genève (balles en caoutchouc et canons à eau) où la répression a été négociée avec des députés socialistes genevois, ce qui a permis à quelques centaines de personnes encerclées par les flics de ne pas être embarquées.
Enfin bref, le spectacle a eu lieu avec ses participant-e-s habituel-le-s et sans doute que le gouvernement français re-doutait qu’une répression trop forte ne remobilise en solidarité les syndicats et la lutte sociale, c’est pas le moment... Donc, après ce petit tour de G8, tout le monde au bercail, pas de grève générale, on reste dans le vague.

Do, Yan et Ma

Notes

[1Lire sur Indymedia « Lausanne des pinks & blacks témoignent et revendiquent », 04.06.2003

[2En filant des bouteilles d’eau, des citrons, ou en rejoignant la manif.

[3Comité Haut-savoyard de Résistance au G8, qui avait négocié les terrains des villages...

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