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En 1983, des jeunes du quartier populaire des Minguettes se révoltent contre les violences policières et font la grève de la faim

Comme en 2010 en centre-ville, comme en 2007, et comme en 2005 dans les faubourgs, les violences subies, le climat de racisme, les quartiers abandonnés de tous et les révoltes étaient d’actualité en 1983 : le 28 mars, après de nouvelles violences policières, 12 jeunes du quartier des Minguettes en ont vraiment marre et entament une grève de la faim.

En 1983, les milices sarkoziennes n’existaient pas encore, pourtant les CRS s’en donnaient déjà à coeur joie dans le quartier des Minguettes : le 21 mars à 8 heures du matin, un groupe de CRS s’introduit dans une tour d’immeuble et jette un lavabo par la fenêtre d’un appartement désafecté, au 9ème étage. Par chance, l’évier ne tue personne mais vient s’écraser aux pieds des habitants qui vont travailler ou accompagnent leurs enfants à l’école. C’est l’événement déclencheur d’une grève de la faim entamée par 12 jeunes habitants du quartier de Monmousseau, qui en avaient marre d’être contrôlés au faciès sans arrêt, d’être harcelés et humiliés par la police. Ces jeunes décideront ensuite de faire la fameuse Marche pour l’égalité de 1983, qui est partie de Marseille avec 30 personnes le 15 octobre, pour arriver à Paris le 3 décembre 1983 avec 100.000 personnes...

Comme aujourd’hui et comme en 2005, les violences policières, le climat de racisme, les quartiers abandonnés de tous et les révoltes étaient d’actualité en 1983.

Lettre des 12 grévistes de la faim, le 28 mars 1983

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La tour du quartier Monmousseau, aux Minguettes, aujourd’hui démolie, où les jeunes ont démarré la grève de la faim...

« Douze jeunes du quartier Monmousseau des Minguettes de Vénissieux ont entrepris le 28 mars une grève de la faim illimitée. Cette initiative a été prise après que se soient déroulés de nouvelles violences aux Minguettes [1] et surtout en fonction d’un climat de plus en plus pesant pour les jeunes d’origine immigrée : résurgence importante du racisme, chômage, dégradation de nos quartiers, impossibilité d’obtenir de nouveaux logements dans l’agglomération lyonnaise, etc.

Ayant pris conscience que chaque fois que nous nous exprimions par la violence nous nous trouvions encore plus réprimés et rejetés, ayant constaté aussi que toutes les discussions qui ont pu être proposées ces deux dernières années [2] n’ont mené à rien, nous avons choisi, en dernier ressort, l’arme non violente de la grève de la faim. Nous espérons de la sorte que l’opinion et les pouvoirs publics comprendront que la volonté de violence n’est pas de notre côté. »

Extrait d’une lettre des mères des grévistes de la faim et des mères des quartiers, le 4 avril 1983

« Les charges, le chauffage et l’eau sont de plus en plus lourds à payer. Nous payons très cher pour un quartier laissé à l’abandon. Nos enfants, grands et petits sont désorientés, ils ne savent plus ou est le bien ni ou est le mal : on nous parle tout le temps d’arranger le quartier mais cela ne vient jamais,
les immeubles sont laissés à l’abandon ou détruits. Tout le monde doit avoir le droit d’habiter où il veut, même les étrangers, même les personnes qui ont moins de ressources. Les chômeurs, ce n’est pas leur faute, ils ont aussi une famille il ne faut pas les refuser.
Quand vous faites cela, vous n’avez pas de coeur.

Nous demandons :
- de rénover les appartements, les tours, les quartiers,
- d’embaucher nos jeunes pour le travail de rénovation,
- de baisser les loyers, les charges, les prix du chauffage et de l’eau.

Ne démolissez pas les tours, donnez les appartements aménagés à ceux qui en ont besoin. Laissez partir ailleurs ceux qui le veulent, donnez leur des logements où il y’en a des vides et des convenables.

Nous aimons notre quartier, nous voulons qu’il s’arrange, faites vite pour nos jeunes qui ont le courage de faire la grève de la faim pour vivre avec le respect et la dignité. »

Comment ne pas comprendre qu’au bout de tant d’années de luttes vaines, de rejet, mépris, de répression féroce et d’assassinats que les jeunes héritiers des quartiers populaires utilisent aujourd’hui des méthodes d’action violentes pour obtenir justice ?

P.-S.

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Notes

[1violences dues à la police

[2Promesses faites après les révoltes des jeunes des Minguettes et les voitures brûlées des "étés chauds" de 1981 et 1982

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