Evacuation du squat Evangelismos (Crète). Les flics jettent une personne depuis le toit

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Le squat Evangelismos à Héraklion (Crète) était une ancienne clinique laissée à l’abandon depuis 1985 quand il a été occupé en 2002. Vingt et un ans d’occupation ont fait de Evangelismos un lieu emblématique du mouvement anarchiste en grèce. Jusqu’à la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2023 où il a été évacué sur fond de campagne des élections municipales et de manigances entre universitaires. C’est donc pour des raisons de stratégie que le compagnon anarchiste Y.S. a choisi de faire sa déclaration en sa qualité de doctorant.

Déclaration de Y.S. témoin de la chute d’un camarade depuis le toit et arrêté lui aussi lors de l’évacuation du squat Evangelismos à Héraklion

« 
Je fais partie des onze personnes qui ont été arrêtées lors de l’opération de police dans le squat Evangelismos au petit matin du samedi 30/09. La chute de A., jeune étudiant de troisième cycle, s’est produite sous mes yeux. A ce moment-là, un policier armé de l’EKAM (unité de police spéciale) me pressait le dos avec son genou, m’empêchant de respirer, alors que j’étais déjà menotté. Les flics des forces spéciales avaient déjà frappé le jeune et ils le traînaient par les cheveux avant de le menotter. Les gens des balcons voisins avaient commencé à protester et à ce moment-là A. s’est retrouvé au bord du toit plat de l’immeuble puis en quelques secondes dans le vide.
Au même moment, bien que j’étais menotté et face contre terre, un flic m’a donné un coup de pied à la tête en me criant à l’oreille "ferme-la parce que toi aussi tu finiras à la morgue". Cet événement terrifiant, la chute d’un homme d’une hauteur de douze mètres alors qu’il portait des menottes, c’est par pur hasard, qu’il n’a pas entraîné sa mort.
En ce moment, A. est hospitalisé à l’hôpital PAGNI car il a les jambes cassées et présente des fractures et des fissures à la colonne vertébrale. Par pur hasard, il est vivant et non paralysé. Pourtant son calvaire a continué, car il a eu le malheur de tomber entre les mains d’un médecin de l’hôpital qui a tenté d’étouffer l’affaire et l’a renvoyé au commissariat. Là, pendant environ dix heures, il est resté immobilisé dans un fauteuil roulant, la directrice adjointe du service prétendant qu’elle était couverte par le bon de sortie de l’hôpital et que sa seule obligation était de ne lui donner que du paracétamol.
Ce n’est qu’après de fortes protestations, treize heures plus tard, que les ambulanciers l’ont transporté à l’hôpital PAGNI où il a été admis. Après des examens complémentaires, l’étendue complète des blessures a été connue.
Je voudrais également souligner quelque chose d’effrayant. Le président de l’Université de Crète, M. Kontakis (à l’origine de l’évacuation du squat), a rendu visite hier à A., qui a de multiples blessures, pour l’informer qu’il sera son médecin responsable et qu’il ne fait aucune discrimination entre ses patients.
On dit que le docteur Mengele avait un beau sourire. Ce n’est pas possible que la personne qui est responsable du fait que le patient a failli mourir, soit en même temps son médecin, contre sa volonté, en position de pouvoir, d’autant plus que l’affaire sera très probablement portée devant les tribunaux. Il est impératif que l’ordre des médecins et les associations étudiantes ainsi que d’autres instances universitaires prennent position.
Par souci de vérité, il y avait aussi une publication sur le site cretalive à propos de l’événement qui a été rapidement supprimé lorsqu’ils ont réalisé la bêtise qu’ils avaient faite. Je dois ajouter que pour le premier incident à l’hôpital concernant la sortie précipité, il y a eu une première intervention de la Fédération des Syndicats de Médecins Hospitaliers de Grèce qui cherchaient à savoir ce qui s’était passé. Peut-être que ces organisations devraient également s’occuper du comportement de M. Kontakis.
Je tiens à informer que moi-même et les dix autres personnes arrêtées avons été libérés sur ordre oral du procureur. Avec moi, un autre doctorant a été arrêté, mais il n’est pas en mesure de s’occuper de l’affaire pour le moment. Je pense qu’il y a une raison. Les chefs d’accusation complets nous seront annoncés dans la semaine après nos interrogatoires.
En terminant ce texte, je voudrais ajouter qu’hier, lors de l’opération de la police contre le local du club sportif autogéré de Tiganiti, j’ai été arrêté alors que je marchais dans la rue par les policiers d’Héraklion qui m’ont dit qu’« ils savent qui je suis ». À ma grande surprise, au commissariat, j’ai rencontré deux autres doctorantes, aussi arrêtées. On peut se poser bien de questions.
L’université, c’est nous et non l’UPIU (Unité de Protection des Institutions Universitaires) [la police des universités], ni les protégés du gouvernement qui ont des postes universitaires. La responsabilité de ce qui s’est passé, mais aussi de ce qui se passera incombe entièrement au président M. Kontakis et au Conseil de l’Université qui a approuvé à l’unanimité l’opération policière contre le squat le 20/07/23.
L’Association des chercheurs et chercheuses et des employé.es de la recherche d’Héraklion (ACCERH), en coordination avec d’autres associations étudiantes et organismes, doit prendre une position claire sur ces événements, car le fascisme vient d’abord pour les autres et ensuite pour nous. »

Y. S.
Membre de l’ACCERH
Doctorant au Département d’ingénierie électrique et informatique à Université grecque de Méditerranée
Membre du laboratoire d’Informatique Biomédicale de l’Ιnstitut de Τechnologie et de Ρecherche

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