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Les femmes de turquie et du kurdistan ne sont pas seules ! Turkiye’de / kurdistan’de kadinlar yalniz degildir !

Une situation globale qui tend vers toujours plus de répression…

Depuis la mise en échec de l’AKP aux élections de juin 2015, l’Etat turc a décidé de mener une répression sanglante contre les populations kurdes, alévies, arméniennes, l’ensemble des minorités et de criminaliser toute autre opposition : syndicats, organisations de gauche turques et kurdes, féministes, LGBTI, démocrates, défenseurs des Droits de l’Homme, avocat.e.s, universitaires, journalistes. Dans ce contexte, la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 est devenue un prétexte à la mise en œuvre d’une répression encore plus massive et violente. L’établissement de l’état d’urgence permet désormais au Conseil des ministres de gouverner par décret en suspendant l’obligation du respect de la Convention européenne des droits de l’Homme. Au lendemain du 15 juillet, 50 000 fonctionnaires ont été arrêté.e.s et plus de 11 301 enseignant.e.s ont été destitués.e.s de leurs fonctions.

Mais ce sont les populations de l’est du pays, majoritairement kurdes et alévies, qui sont les premières cibles de cette violence. Placées sous couvre-feu militaire durant plusieurs mois, de nombreuses villes de l’Est ont été attaquées, incendiées et détruites, causant la mort de civils et en poussant d’autres sur les routes. Dans un souci de faire taire l’opposition politique au Kurdistan, 28 mairies, dont 24 villes kurdes, ont été placées sous tutelle administrative.

… dont les femmes sont les premières victimes car elles occupent une place centrale dans l’opposition :
• Doublement attaquées, les femmes kurdes, alévies et issues des minorités et des luttes LGBTI, sont pointées du doigt et victimes d’une violente répression.
• De nombreuses femmes journalistes sont arrêtées car travaillant sur le Kurdistan (Zehra Dogan de JINHA, Şermin Soydann de DIHA), et accusées de terrorisme.
• Les femmes politiques du HDP - Parti démocratique des peuples, sont arrêtées et/ou démises de leurs fonctions comme la co-présidente Figen Yüksekdağ et les maires de Diyarbakir et Mardin (seule maire chrétienne).
• Les femmes artistes et intellectuelles sont également criminalisées. Rappelons que la romancière turque Aslı Erdoğan a été arrêtée le 19 août dernier pour ses chroniques dans le journal pro kurde, Özgür Gündem. Maintenue en détention, elle est actuellement accusée de terrorisme.
• De nombreuses avocates, universitaires, militantes de gauche sont démises de leurs fonctions, arrêtées, parfois même assassinées.

Lors de ces arrestations, et alors que la torture s’intensifie depuis l’extension de la période de garde à vue à 3 mois, les femmes sont très fréquemment menacées de viols lors des gardes à vues et durant leur période de détention. On compte de nombreuses victimes d’agressions sexuelles, de viols, de tortures physiques et psychologiques touchant plus particulièrement les femmes des minorités.

Depuis 2014, Erdogan s’attaque aux droits des femmes et des minorités et applique une conception essentialiste du rôle des femmes

Plus largement, c’est l’ensemble des femmes du pays qui sont impactées par cette répression. Les déclarations misogynes à répétition d’Erdogan légitiment les attaques faites à l’encontre des femmes et renforcent le sentiment d’impunité des agresseurs.
• En novembre 2014, Erdogan avait déclaré que le Planning Familial et la contraception ne convenaient pas aux familles musulmanes. Pour lui, l’avortement est un "crime contre l’humanité" et le Planning Familial, une "trahison contre des générations de Turcs".
• A la suite de ses propos, le président turc a exhorté les femmes de son pays à "avoir au moins 3 enfants" sans quoi, leurs vies seraient "incomplètes".
• Lors d’un discours en marge d’un sommet sur la justice et les femmes à Istanbul, Erdogan a estimé que les femmes ne pouvaient pas être naturellement égales aux hommes.

Entre son élection en 2002 et l’année 2009, toutes les violences contre les femmes ont augmenté de 1 400 % en Turquie. Et la tendance n’a fait que s’aggraver avec le temps. Au cours de l’année 2014, au moins 294 femmes ont été tuées en Turquie. Rien qu’en janvier dernier, 27 ont perdu la vie, soit 20 % de plus que l’année précédente. Au moins trois femmes sont tuées par jours (5 406 femmes tuées entre 2002 et 2015. À chaque fois, l’agresseur fait partie de l’entourage direct ou indirect de la victime. Rappelons le féminicide d’Özgecan Aslan, la jeune étudiante Alévie de 20 ans, violée puis tuée à coups de barre de fer par le chauffeur du minibus qui la ramenait de l’université. Son corps brûlé avait été retrouvé dans une rivière de la ville de Tarsus, dans le sud du pays, les mains coupées.

Le 18 novembre 2016, un pas de plus a été franchi, un projet de loi visant à dépénaliser les viols sur mineur.e.s a été voté en première lecture. Ce projet de loi visait à relâcher les coupables d’abus sexuels sur mineur.e.s à condition que l’agresseur épouse sa victime. Cette proposition de loi a provoqué une levée de boucliers en Turquie, où plus de 11 000 enfants ont été reconnus victimes de violences sexuelles en 2014. L’AKP vise par ce projet de loi à la fois à légitimer le mariage religieux mais aussi à libéraliser et à légaliser les violences faites sur les mineur.e.s. Le gouvernement a pour l’instant reculé devant la contestation massive.

Depuis juillet et sous prétexte d’état d’urgence, le gouvernement turc a ordonné la fermeture permanente de plus de 400 associations parmi lesquelles de nombreuses associations de défense des droits des femmes et des enfants : l’Association Vie des Femmes à Adiyaman, l’Association de Recherches Féministes Anka, l’Association Kermesse de Solidarité des Femmes à Bursa, l’Association des Femmes la Gazelle, l’Association des Femmes l’Arc-en-ciel, la KJA, l’Association le Toit des Femmes à Mus, l’Association des Femmes Sélis, l’Association des Femmes à Van. La politique de l’AKP appelle à une violence générale contre les femmes et leurs libertés, la fermeture d’associations de défense des droits des femmes en est encore un exemple.

Les militant.e.s LGBTI sont également victimes de cette atmosphère réactionnaire : rappelons l’assassinat sauvage cet été de la militante trans Hande Kader à Istanbul. Militante active de la cause LGBTI elle était devenue une figure centrale de la communauté après avoir fait face en juin 2015 à la police antiémeute qui tentait d’interdire la Gay Pride d’Istanbul. Récemment, c’est Levent Pişkin avocat des Droits de l’Homme et militant LGBT qui a été arrêté puis relâché. Ce n’est pas la première fois que les mouvements LGBTI sont attaqués, en 2016, les autorités ont décidé de ne pas autoriser la marche des Fiertés à Istanbul pour la première fois depuis plus d’une décennie.

Nous, militantes féministes, syndicats et organisations de gauche dénonçons le silence complice de l’Union Européenne et du gouvernement français face à la politique réactionnaire et répressive menée par la Turquie.

Nous dénonçons également la coopération des services de police européens au travers des opérations policières visant les militant.e.s de Turquie sur le sol européen. Rappelons que le 15 avril 2015, la justice allemande a demandé et organisé l’arrestation de 10 membres de la Confédération des Travailleurs de Turquie en Europe (ATIK) et que lumière n’a toujours pas été faite sur le triple assassinat des militantes kurdes à Paris : Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Söylemez.

• Politiques, journalistes, avocates, militantes, artistes, femmes kurdes / alévies / arméniennes et des minorités, partout en Turquie et au Kurdistan, des milliers de femmes résistent.
• Nous appelons à une solidarité immédiate et internationale avec toutes les femmes en lutte !
• Nous exigeons la libération immédiate des politiques, intellectuelles, journalistes, académiciennes et avocates emprisonnées ainsi que de tous les prisonniers politiques !
• Nous exigeons la réouverture immédiate des associations des droits des femmes, des enfants et des personnes LGBTI !

Rassemblement le dimanche 11 décembre
A 15h30 devant le Consulat Turc
87 rue de Sèze, 69006 Lyon

Des prises de parole seront faites et une lecture d’un texte d’Aslı Erdoğan sera faite par une comédienne.

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Signataires : Planning Familial, Femmes Egalité, Femmes Solidaire, Femmes en Lutte 69, Collectif Solidarité Pinar Selek Lyon, Collectif Lesbien Lyonnais, Lesbian and Gay Pride Lyon, Le Jardin des T, LDH Rhône, Agir pour l’Egalité, Maison de la Mésopotamie, Yeni Kadin Lyon, Charjoum, Association des Droits de l’Homme et de Pir Sultan Abdal de Annecy, Centre Culturel des Alévis de Lyon, Amitiés Kurdes Lyon et Rhône-Alpes, CGT Education, Solidaires Rhône, Sud éducation, UD CGT, FSU, CFDT, PCF, PG69, Ensemble !, Alternative Libertaire, NPA69, CGA Lyon, MJCF69.

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